Marie-Ève Lingard, qui travaille dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée depuis deux ans et demi, a même avoué qu’elle avait eu des signes de burnout l’an dernier.

Peur, pleurs, maladie: des employées en santé brisent le silence

«Je suis épuisée... en vous parlant, j’en tremble...» Ces paroles prononcées mardi par Christine Simard, assistante infirmière chef au département de psychiatrie de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, en disent long sur le climat qui règne dans le réseau de la santé.

Mme Simard accompagnait plusieurs collègues du Syndicat des professionnels en soins de la Capitale-Nationale qui avaient décidé de présenter leur situation au conseil d’administration du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Capitale-Nationale.

Du personnel épuisé, en détresse, non formé, inexpérimenté, beaucoup de blessures sur des «codes blancs» (alerte concernant un patient violent), Mme Simard a raconté courageusement son quotidien, ajoutant comme plusieurs autres qu’elle avait toujours peur des représailles pour avoir brisé la «loi du silence».

«Je suis épuisée... en vous parlant, j’en tremble...» a témoigné Christine Simard, assistante infirmière chef au département de psychiatrie de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus.

En entrevue avec Le Soleil, sa collègue Geneviève a même refusé de donner son nom de famille en dénonçant la violence dont elle a été victime avec une clientèle de plus en plus lourde, parfois des patients ayant eu un comportement criminel avec un diagnostic psychiatrique.

«En 2017, j’ai été victime d’une prise d’otages, j’ai été séquestrée... Il y a une hausse de la violence verbale et physique. On se fait offrir un "coup de poing sur la gueule" ou on se fait dire "Je vais te retrouver sur Facebook!"» déplore-t-elle, ajoutant que l’employeur l’oblige tout de même à porter en permanence le badge indiquant son nom.

Plusieurs membres du Syndicat des professionnels en soins de la Capitale-Nationale ont présenté leur situation au C.A. du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Capitale-Nationale, mardi soir.

Burnout

Marie-Ève Lingard, qui travaille dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée depuis deux ans et demi, a même avoué qu’elle avait eu des signes de burnout l’an dernier. «Chaque quart de travail, je pleurais avant ou je pleurais après...», a-t-elle avoué. «Émilie Ricard [NDLR : l’infirmière qui a exposé sa situation sur Facebook la semaine dernière], l’année passé, c’était moi...»

«Aujourd’hui, on s’ouvre parce que le monde est prêt à en entendre parler, nous avons un peu moins peur de parler. Mais normalement on a la crainte de se mettre à risque si on parle. Quand on demande de l’aide, c’est souvent pris comme un signe de faiblesse», poursuit Mme Lingard.

Patricia Lajoie, présidente du Syndicat, a pour sa part expliqué que plusieurs travailleurs devaient profiter de l’assurance-salaire ou prendre une retraite hâtive en raison de ces situations. «On a 200 quarts de travail en temps supplémentaire depuis le début de l’année 2018 dans un seul CHSLD!» a-t-elle lancé.

Linda Lapointe, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la Santé, a pour sa part expliqué au Soleil que ce sont 30 millions $ qui ont été versés en assurance-salaire dans la Capitale-Nationale en 2016-2017, une hausse de 20 %.

Michel Delamarre, pdg du CIUSSS de la Capitale-Nationale, a promis d’aborder la question du rehaussement des postes dans la négociation locale qui vient de débuter et aussi d’être plus agressif côté recrutement.

Réponse «plate»

Tant Mme Lajoie que Mme Lapointe n’ont pas été convaincues par les réponses de Michel Delamarre, pdg du Centre intégré, qui a promis d’aborder la question du rehaussement des postes dans la négociation locale qui vient de débuter et qui a aussi promis d’être plus agressif côté recrutement.

«C’est une réponse un peu «plate». Nous étions prêts à discuter sur le rehaussement depuis le 30 mai, ça aurait pu être fait plus tôt», affirme Mme Lajoie. «Le problème n’en est pas un de recrutement», reprend Linda Lapointe. «Nous en recrutons, du personnel, mais nous leur donnons seulement des horaires de deux ou trois jours par semaine et on les laisse sur appel, leur demandant d’entrer à la dernière minute», conclut-elle.