«Je suis prêt à me battre, mais je ne peux pas le faire quand d’autres gars peuvent offrir un congé de TVQ ou de TPS», affirme Peter Simons.

Peter Simons critique le nouvel accord de libre-échange

«On continue de dériver dans la mauvaise direction!»

La nouvelle entente qui remplacera l’Accord de libre-échange nord-américain a fait grincer des dents au cours des derniers jours plusieurs propriétaires d’enseignes canadiennes dans le monde du commerce de détail.

Parmi eux, Peter Simons, copropriétaire et président de la chaîne de vêtements du même nom, qui s’explique bien mal cette décision.

Il faut dire que depuis des mois, l’homme d’affaires tente de sensibiliser les gouvernements sur l’importance de soutenir les industries locales face aux géants du Web comme Amazon. Aujourd’hui, c’est Ottawa qui a signé une mesure qu’il juge «inéquitable».

Dans le nouvel accord de libre-échange États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) annoncé cette semaine, les consommateurs canadiens verront leur facture diminuer lorsqu’ils achèteront en ligne au sud de la frontière. Les taxes et les frais de douane ont été revus. 

En fait, le seuil minimal sans frais de douane passera de 20 $ à 150 $ et les taxes de vente canadiennes ne seront plus imposées lors d’un achat sous les 40 $. Auparavant, cette marque était fixée à 20 $.


« Je ne pense pas que la classe politique comprenne l’impact. J’espère qu’on va le réaliser avant que trop de dommages soient faits »
Peter Simons

Réaliser l’impact

«Je pense qu’ultimement, les gens vont être forcés de réaliser que la douane et les taxes de vente (TPS et TVQ) ont besoin d’être cueillies à la pointe de la consommation. Présentement, je ne pense pas que la classe politique comprenne l’impact», avance M. Simons, avec émotion. «J’espère qu’on va le réaliser avant que trop de dommages soient faits», poursuit-il.

Selon le patron de l’entreprise québécoise, Ottawa a probablement «sacrifié» cet élément de l’accord pour d’autres aspects. Il concède que les négociations n’ont pas dû être de tout repos pour trouver un terrain d’entente pour plusieurs industries.

Il tient à préciser qu’il est toujours prêt à affronter de nouveaux adversaires, qu’il ne demande pas de faveur, mais pour y parvenir, il souhaite un duel à armes égales.

«Je suis prêt à me battre, mais je ne peux pas le faire quand d’autres gars peuvent offrir un congé de TVQ ou de TPS», dit-il. «Parfois, nous sommes à quatre pattes devant la technologie. Le dieu, ce n’est pas la technologie, c’est le citoyen. Il faut se réveiller et décider comment on veut financer nos projets de société», poursuit-il.

Sacrifices?

Pourquoi nous ne diminuerions pas aussi nos taxes en ligne pour avoir les mêmes règles pour les consommateurs canadiens? Et pourquoi dans son magasin, les clients n’auraient-ils pas le droit à un congé de taxes pour des transactions sous les 40 $? s’interroge-t-il.

 «Je dépense 100 000 $ pour m’assurer que la collecte de la TVQ et de la TPS se fasse comme il se faut à travers 12 800 municipalités aux États-Unis avec des lois différentes. Je m’organise», avance l’homme d’affaires. «On me donne comme argument que ce n’est pas efficace d’avoir des taxes de vente en dessous des commandes de 40 $. Dans mon magasin, mon système est automatisé. Si c’est 1 $ ou 1000 $, la collecte des taxes demande le même effort», ajoute-t-il.

Bien que cet aspect de l’entente pourrait sembler alléchant pour plusieurs consommateurs, M. Simons demande tout simplement dans quel genre de société les citoyens souhaitent vivre. 

À long terme, «seront-ils prêts à sacrifier des projets comme le troisième lien, le tramway ou la santé et l’éducation de leurs enfants pour un congé de taxes?»

En septembre 2017, M. Simons avait également déploré l’entente entre le gouvernement fédéral et le géant américain Netflix. Ottawa avait alors choisi de ne pas imposer de taxes à la compagnie de diffusion.

Petit soulagement

Cette semaine le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) s’est dit soulagé de constater que le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada prévoit des mesures moins importantes que ce qui avait été rapporté dans les derniers mois. Il faut dire que les États-Unis souhaitaient que le Canada hausse son seuil de minimis jusqu’à 800 $.

L’organisation a toutefois dénoncé l’iniquité qui persiste entre les deux pays. Selon le CQCD, le gouvernement du Québec perd annuellement près de 158 millions $ en raison de la non-­perception des taxes en ligne sur les biens tangibles.

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