Pas de peine minimale pour un jeune autiste

Envoyer en prison un jeune autiste vulnérable comme Sacha-Emmanuel Grenier pour punir son crime de leurre informatique n’apportera rien de positif, tranche la juge Chantale Pelletier de la Cour du Québec. «Ni à la société, ni à l’accusé».

Lorsqu’il avait 19 ans, Sacha-Emmanuel Grenier, autiste de haut niveau, a communiqué à répétition sur Internet avec deux adolescentes de 13 ans. Une centaine de fois, Grenier demandera aux jeunes filles de lui transmettre des photos d’elles nues ou de se masturber devant la webcam. Il les menace de couper les liens si elles refusent.

Confronté par la mère d’une victime, le jeune homme de Châteauguay dans la région de Montréal se dénonce à la police, avoue son crime et envoie une lettre d’excuses. Submergé par les remords, Grenier s’enferme dans sa chambre pendant des mois. «Je ne sais pas comment je vais vivre en sachant tout le mal que j’ai causé», disait le jeune homme, devant le tribunal. 

Il a plaidé coupable, entrepris une thérapie et, depuis trois ans, ne s’est pas approché du web. 

Intimidation en prison

Devant le profil si particulier de son client, aujourd’hui âgé de 22 ans, l’avocate de la défense Me Florence Boucher-Cossette a réclamé que les peines minimales consécutives de six mois (12 mois au total) ne s’appliquent pas dans son cas car elles seraient exagérément disproportionnées.

La juge Chantale Pelletier lui a donné raison. L’accusé accepte maintenant son diagnostic d’autisme et suit une thérapie, note la juge. Il ne présente aucune déviance sexuelle et a le support de ses parents.

La personnalité de Sacha-Emmanuel Grenier, comme celle des autres autistes, le rend sujet à être victime d’intimidation en détention, fait remarquer la juge Pelletier. «Il n’apparaît pas nécessaire d’ajouter davantage d’intimidation à celle dont il a été victime au cours de son existence», estime la juge. 

Sursis de peine

La juge a refusé la demande d’absolution conditionnelle de la défense et a plutôt choisi de surseoir au prononcé de la peine et de placer le jeune homme en probation durant trois ans. Il devra aussi faire 200 heures de travaux communautaires et sera inscrit au registre des délinquants sexuels à perpétuité.