Le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour a encore impliqué le premier ministre François Legault et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet.

Pas de loi spéciale pour l’ABI

Bécancour — Pendant que le premier ministre du Québec rejetait mercredi l’idée d’une loi spéciale pour mettre fin au lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, son ministre Jean Boulet clarifiait par écrit son hypothèse de règlement auprès des parties.

«Le Parti libéral dit: le gouvernement ne doit pas intervenir, mais nous suggère de faire une loi spéciale dans une entreprise privée. De janvier 2018 jusqu’au 1er octobre 2018, ils n’ont rien fait, maintenant, ils nous accusent de ne pas avoir trouvé une solution dans un conflit privé. Ils veulent faire une loi spéciale! Qu’ils aillent discuter de ça avec les Métallos», a répondu François Legault à une question posée en ce sens par le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand.

Au préalable, celui-ci avait invité le chef du gouvernement caquiste à profiter de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs pour reconnaître que son ingérence avait nui à la crédibilité de son ministre et à la résolution du conflit.

«J’ai dit tout simplement ce que je pense, la vérité. On a un problème actuellement quand on regarde le coût de la main-d’œuvre dans certaines entreprises manufacturières, qui est plus élevé qu’aux États-Unis. Je pense qu’il va falloir faire un appel aux syndicats, incluant aux Métallos, pour être plus raisonnable. Dans le cas d’ABI, le salaire moyen est de 92 000 $ par année. Ça fait partie des 9 % des personnes les mieux payées au Québec», a lancé M. Legault, qui a évoqué de nouveau la question des libérations syndicales et du fonds de pension.

Or, Pierre Arcand lui a demandé pourquoi refusait-il de reconnaître qu’il est allé trop loin dans ce conflit en prenant position pour l’employeur. «Il m’est arrivé de parler de certains employeurs pour dire que, dans certains cas, ils exagéraient, je vais continuer de le faire. Quand un syndicat exagère, je pense que c’est mon devoir de le dire. Par contre, dans une entreprise privée, ça sera aux travailleurs, aux employés de décider. C’est un conflit privé, donc les employés auront à voter s’ils acceptent ou non la proposition de l’employeur. Donc, en bout de ligne, ce sont les employés qui vont décider, mais je pense que de donner une indication, c’est le rôle d’un gouvernement», a rétorqué le premier ministre.

Mercredi, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité a écrit à la présidente-directrice générale de l’ABI, Nicole Coutu, ainsi qu’au président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, pour leur transmettre des clarifications à l’hypothèse de règlement.

Dans les deux correspondances, dont Le Nouvelliste a obtenu copie, M. Boulet précise que si les parties adhèrent à l’hypothèse de règlement, l’employeur retirera le grief patronal de 19 millions de dollars intenté contre le syndicat.

Le député de Trois-Rivières mentionne également le rappel complet des salariés sur une période de six mois. «Cependant, à défaut d’atteindre cet objectif, la compagnie s’engage à rappeler un minimum de 85 % des salariés dans les 6 premiers mois et 100 % des salariés avant 7 mois et 14 jours», peut-on lire. De plus, l’employeur versera au syndicat une indemnité forfaitaire hebdomadaire de 635 $ pour chaque salarié non rappelé après le délai de six mois.

Enfin, son ministère, par l’entremise de ses différents programmes, accompagnera ABI dans l’élaboration et la diffusion de programmes de formation qui seront offerts aux salariés lors de leur rappel au travail. Ainsi, le ministère pourrait couvrir les frais de la préparation et de la diffusion de la formation. Il pourrait également payer jusqu’à concurrence de 20 $ de l’heure par salarié pour la formation.

Vendredi, Clément Masse ira parler du lock-out aux quelque 400 membres du syndicat Unifor réunis durant trois jours à Trois-Rivières en conseil québécois.

«Le premier ministre n’aurait pas dû s’afficher. Je trouve que c’est très maladroit. Il peut avoir une opinion personnelle, mais d’émettre publiquement que ces gens-là sont dans le trèfle jusqu’aux genoux... Je pense qu’il y a des problèmes sérieux de relations de travail. Ce qui a été mis sur la table en termes de protocole de retour au travail est irrespectueux», a indiqué le directeur québécois fraîchement réélu, Renaud Gagné.

Celui-ci trouve dommage qu’Alcoa «profite de l’argent des Québécois» en raison de la fameuse clause de force majeure. «Ça n’a aucun sens de dire qu’un lock-out, c’est un Act of God. Comment un gouvernement peut-il tolérer une situation comme ça? Comment une entreprise comme Alcoa peut-elle bénéficier d’exclusions d’amendes de ne pas acheter cette électricité-là? Il y a un déséquilibre, comme c’était dans le cas de Delastek», a-t-il ajouté.

D’ailleurs, ce dernier croit que le dossier de l’ABI «devrait finir en arbitrage de convention collective» pour que les gens retournent au travail, «un peu comme ça s’est passé dans Delastek».

«On aurait souhaité que ça arrive une année plus tôt dans Delastek. Pourquoi attendre trois ans avant de procéder? Dans Delastek, on a poussé jusqu’à ce que ça arrive et on va accompagner les gens d’ABI qui nous ont supportés en solidarité dans les conflits antérieurs. C’est sûr qu’on va appuyer tous les travailleurs qui sont attaqués par des multinationales», a conclu M. Gagné.