Un couple dans la cinquantaine a été trouvé sans vie dans cette résidence du secteur Sainte-Flore, à Shawinigan.

Panne funeste à Shawinigan

TROIS-RIVIÈRES — Cinq cas probables d’intoxication au monoxyde de carbone dont deux morts, des milliers de personnes sans électricité, des résidences pour personnes âgées évacuées, des écoles fermées, des gens isolés: la tempête qui s’est abattue pendant près de trois jours sur la Mauricie et le Centre-du-Québec a eu des impacts majeurs. Le pire fut sans nul doute la mort de Rénald Dupont et Linda Déziel qui ont succombé à une intoxication au monoxyde de carbone, mardi, vers 23 h 45, dans leur résidence du secteur Sainte-Flore, à Shawinigan.

«Selon les premiers éléments de l’enquête, on parle de morts accidentelles au monoxyde de carbone. Il y a eu des pannes de courant dans le secteur. Une génératrice a été allumée dans le garage. C’est ce qui aurait possiblement causé le décès des deux personnes», explique le sergent Marc Tessier, porte-parole de la Sûreté du Québec.

La dame aurait contacté le 911 après avoir trouvé son conjoint inanimé, mais elle se serait elle-même effondrée avant l’arrivée des secours. Ils ont été trouvés dans le garage de la résidence avant d’être conduits au centre hospitalier où leur décès n’a pu qu’être constaté.

Rénald Dupont et Linda Déziel qui ont succombé à une intoxication au monoxyde de carbone, mardi, vers 23 h 45, dans leur résidence du secteur Sainte-Flore, à Shawinigan.

Des enquêteurs et un spécialiste en scène de crime de la Sûreté du Québec ont passé la maison au peigne fin. «L’enquête démontre qu’il n’y a aucun élément criminel, aucune trace de violence sur le corps des victimes», précise le sergent Tessier.

Ces deux décès ont causé une onde de choc, au supermarché IGA de Shawinigan, où Rénald Dupont dirigeait les opérations depuis six ans.

Rénald Dupont dirigeait les opérations du supermarché IGA de Shawinigan depuis six ans.

Des caissières en larmes, des emballeurs à la mine basse qui s’efforçaient de sourire aux clients, l’ambiance était plutôt lourde à l’intérieur du grand magasin de la rue Trudel.

La propriétaire de l’endroit, Séléna Baril, peinait à retenir ses larmes. Dans un court entretien avec Le Nouvelliste, elle n’a pas hésité à dire que son entreprise venait de perdre un très gros morceau.

«Tout le monde l’aimait», a-t-elle dit avant d’éclater en sanglots.

Il faut dire que la femme d’affaires très impliquée dans la communauté shawiniganaise côtoyait M. Dupont depuis plus de dix ans. Après avoir joint l’équipe de l’entreprise familiale, il a rapidement gravi les échelons avant de se voir confier le poste de directeur du magasin.

«Nous passions nos journées dans le même bureau. Je disais souvent qu’il était mon bras droit et mon bras gauche. Je perds plus qu’un directeur, je perds un ami», a confié Mme Baril sur un ton très émotif.

Par ailleurs, il semble que Mme Déziel ainsi que d’autres membres de cette famille lourdement éprouvée travaillaient également pour la famille Baril.

La neige était trop lourde pour les fils électriques mais pas pour Réjean Cloutier qui déneigeait sa galerie alors que les employés d’Hydro-Québec envahissaient sa cour arrière.

«Nos deux familles sont très proches», a-t-elle poursuivi.

Les voisins aussi étaient sous le choc en apprenant le décès du couple. L’une d’elles a confié sous le couvert de l’anonymat qu’il s’agissait de deux personnes aimables et très appréciées. Il semble d’ailleurs que le couple avait acquis la génératrice le printemps dernier après une autre panne d’électricité.

De plus, des proches des deux victimes sont accourus sur les lieux du drame en milieu d’avant-midi mercredi. Les yeux rougis par les pleurs, ils étaient visiblement très ébranlés.

En plus de ces deux décès, trois autres personnes ont été hospitalisées en Mauricie après avoir aussi été victimes d’une intoxication au monoxyde de carbone. De plus, sept personnes dont l’état nécessite l’utilisation d’un appareil de soutien respiratoire ont dû se rendre dans un centre hospitalier en raison des pannes d’électricité.

La Sécurité civile, plusieurs municipalités et autres intervenants étaient littéralement sur un pied d’alerte, mercredi. Des refuges ont même été ouverts à certains endroits alors que les pannes de courant se multipliaient et perduraient parfois depuis plus de 24 heures.

«Notre priorité, c’est la sécurité des gens. On veut s’assurer que l’ensemble des intervenants puissent travailler ensemble et venir appuyer les municipalités. On veut que tout le monde se parle, que tout le monde s’échange l’information pour que les municipalités et la population reçoivent l’aide nécessaire rapidement», explique Sébastien Doire, directeur régional de la Sécurité civile.

D’ailleurs, la Mauricie était la région la plus affectée par les pannes de courant dans la province, mercredi. «La Mauricie et le Centre-du-Québec représentent ensemble plus de la moitié des pannes et des clients affectés au Québec. On en a partout à l’exception du Nord-du-Québec, mais la grosse majorité est en Mauricie, en Montérégie et au Centre-du-Québec», expliquait, en matinée, Élizabeth Gladu, conseillère en relations avec le milieu chez Hydro-Québec. En matinée, plus de 40 000 clients de la société d’État étaient privés d’électricité en Mauricie et au Centre-du-Québec. C’est Shawinigan et la MRC de Maskinongé qui étaient les plus durement touchées. D’ailleurs, les établissements scolaires étaient fermés au Centre-de-la-Mauricie, mercredi.

Quelque 130 équipes de monteurs d’Hydro-Québec étaient à pied d’œuvre dans la région. Les pompiers de plusieurs municipalités ont également eu du pain sur la planche. Par exemple, à Shawinigan, les pompiers ont répondu à plus de 80 appels en 34 heures. Au bilan de 22 h, Hydro-Québec rapportait toujours que 4172 clients étaient privés d’électricité en Mauricie, dont 541 à Shawinigan et 3025 dans la MRC de Maskinongé.

La neige très lourde est à l’origine de la plupart de ces pannes. Il faut dire que, selon Environnement Canada, Trois-Rivières a reçu de 30 à 35 cm de neige au cours des derniers jours. À Shawinigan, on parlait d’une quarantaine de centimètres.

Plusieurs arbres ou branches se sont abattus sur des routes, isolant des résidents. C’était le cas notamment de résidences du chemin du Lac des Îles et du Lac Héroux, à Saint-Boniface. Même chose à Saint-Mathieu-du-Parc où en plus des pannes, les communications téléphoniques et cellulaires étaient coupées. Des pompiers et des policiers ont patrouillé le secteur pour s’assurer que les citoyens n’étaient pas en difficulté et des équipes s’affairaient en soirée à rétablir les télécommunications.

Des villages complets étaient privés d’électricité, mercredi, c’était le cas notamment pour Saint-Boniface, Saint-Élie-de-Caxton, Saint-Jean-des-Piles et Lac-aux-Sables.

Plus de 40 000 personnes étaient privées d’électricité en Mauricie et au Centre-du-Québec mercredi matin. Une centaine d’équipes d’Hydro-Québec étaient à pied d’oeuvre.

M. Doire invite les gens à ne pas hésiter à contacter leur Municipalité s’ils ont besoin de se réfugier au chaud ou de se rendre directement dans les endroits prévus à cet effet. De plus, il rappelle d’être prudent concernant les systèmes de chauffage d’appoint ou l’utilisation de génératrices. «On demande aux gens de s’assurer que leur génératrice n’est pas dans un lieu fermé, de se doter d’un détecteur de monoxyde de carbone et de s’assurer de faire inspecter leur appareil de chauffage d’appoint par des gens qualifiés.»