La rivière Matawin est le lieu où l’accident de rafting est survenu, jeudi.

Noyade en rafting dans la rivière Matawin: onde de choc et questionnements

TROIS-RIVIÈRES — Le Centre d’aventure Mattawin a réagi vendredi à l’accident tragique survenu la veille lors d’une de ses sorties en rafting sur la rivière Matawin, à Trois-Rives, qui a coûté la vie à une Victoriavilloise de 29 ans.

«C’est avec beaucoup d’émotion et de compassion que notre organisation vit l’accident survenu le 9 mai 2019, indique Emmanuel Laferrière, directeur des opérations du Centre d’aventure Mattawin. Toutes nos pensées sont dirigées vers la famille, les proches et les amis de la victime.»

Mary-Linda Arnoux était à bord d’un radeau pneumatique avec trois autres participants et deux guides pour descendre la rivière Matawin lorsque l’embarcation a chaviré. Un autre radeau et un kayakiste accompagnateur étaient de la randonnée coordonnée par le Centre d’aventure Mattawin. Les gens à l’eau ont été récupérés, sauf Mme Arnoux qui aurait manqué à l’appel durant un certain temps avant d’être repêchée. Elle a été transportée à l’hôpital, mais n’a pas survécu. Elle participait à cette sortie dans le cadre d’une activité organisée par l’organisme Répit Jeunesse, de Victoriaville, qui vient en aide aux jeunes de la rue.

Mary-Linda Arnoux

«Malgré tous les efforts de notre organisation et les ressources des services d’urgence et des premiers répondants, il n’a pas été possible de sauver la jeune femme tombée à l’eau après que l’embarcation dans laquelle elle se trouvait se soit renversée», ajoute M. Laferrière. 

Ce dernier assure que les protocoles qui encadrent chaque expédition pour qu’elle soit sécuritaire, comme l’inspection des embarcations, l’explication des méthodes de sécurité et des risques de l’activité aux participants, le protocole de descente de rivière, le plan de gestion des risques et les plans d’urgence, «répondent aux standards de l’industrie et se sont avérés efficaces au fil des ans». 

«Les guides accompagnateurs étaient expérimentés et formés en sauvetage en rivière, ainsi qu’en secourisme et en hydrographie, ajoute-t-il. Il en est de même pour le kayakiste de sécurité les encadrant.»

L’entreprise assure également qu’elle collaborera à l’enquête menée sur le tragique incident.

Le Centre d’aventure Mattawin organisait la descente de rafting de jeudi.

Bien s’informer des risques

L’accident survenu jeudi devrait inciter tous les amateurs de sport extrême à faire preuve de prudence lorsqu’ils s’aventurent en eau vive et à bien s’informer avant de pratiquer l’activité, plaide pour sa part la Société de sauvetage du Québec. Pour éviter un drame, les participants à ce genre d’activités doivent prendre la responsabilité de bien s’informer de tous les risques et des mesures qui sont prises pour y faire face, surtout en période de crue des eaux qui apporte non seulement un volume d’eau impressionnant, mais un débit qui entraîne de la vitesse pour les gens qui sont dans leur kayak ou dans un radeau pneumatique.

«Est-ce que les amateurs de sport extrême veulent vivre cette émotion-là? La réponse est oui. Il y a des amateurs de sensations fortes. Je ne suis pas en mesure de recommander aux gens de ne pas aller sur l’eau. Mais si vous le faites, posez les bonnes questions face à l’encadrement, les risques, ce qui est mis en place pour que les risques soient au minimum. Il ne faut pas se gêner pour poser des questions», mentionne le porte-parole de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins, en soulignant que la responsabilité est partagée entre le participant, le guide et le fournisseur de service.

La même règle s’applique pour les gens qui circulent sur les plans d’eau de façon individuelle. Il faut s’interroger sur ses propres aptitudes à réagir en pareilles circonstances.

Selon la Sûreté du Québec, les participants à la descente de jeudi avaient suivi une formation et portaient les équipements nécessaires.

Une mort à la suite d’une descente d’une rivière en rafting est rare au Québec, probablement moins de cinq depuis les 16 dernières années. Un de ces décès est survenu à Sherbrooke en juin 2004 et le mandat de la descente avait été confié à Rafting Mattawin, connue sous l’appellation Centre d’aventure Mattawin depuis 2005. 

Selon le Bureau de la sécurité des transports du Canada, certaines normes de sécurité n’avaient pas été respectées comme l’omission de tenir un exercice de récupération de personnes à l’eau. Le coroner Yvan Turmel avait pour sa part jeté un doute sur le travail de l’entreprise. Après une évaluation du site, celle-ci avait conclu qu’il n’y avait pas de risque majeur à faire du rafting sur la rivière Magog. Le coroner avait affirmé que le rapide où est survenu l’accident était excessivement dangereux et impropre à toute activité de navigation.

Choc thermique

La température de l’eau joue un rôle majeur lorsque des gens s’y retrouvent. La température actuelle d’un cours d’eau comme la rivière Matawin tourne autour de 4 degrés Celsius. Une personne a une minute pour contrôler sa respiration, car le froid crée de l’hyperventilation qui peut entraîner la perte de conscience.

Des embâcles peuvent aussi se former sur les cours d’eau. Le volume d’eau peut entraîner la création d’un tourbillon qui va aspirer la personne vers le fond, ajoute M. Hawkins.

«Est-ce une question d’équipements? De facteur humain? Il y a plein d’éléments auxquels on n’a pas de réponse. Et malgré certaines circonstances où on essaie de tout prévoir, il peut y avoir d’autres facteurs contributifs. Quand on parle d’activités récréatives, on prétend, à la Société de sécurité, que la majorité des noyades sont évitables. En sport nautique, huit décès sur 10 sont attribuables au fait que les personnes ne portaient pas ou portaient mal la veste de flottaison. Donc, il y en a deux sur 10 qui la portaient et ça a quand même amené le décès», mentionne M. Hawkins, qui a une pensée pour la victime, mais aussi pour sa famille, les participants et les guides qui étaient de la descente.

Selon le rapport de 2018 du Bureau du coroner sur les noyades au Québec, 21 % des noyades concernent des gens âgés de 20 à 34 ans et 41 % des noyades surviennent dans une rivière, selon les données compilées de 2011 à 2015.