L'enquête est toujours en cours en Nouvelle-Écosse pour tenter de comprendre les circonstances de la tuerie qui a fait 22 victimes en fin de semaine dernière.
L'enquête est toujours en cours en Nouvelle-Écosse pour tenter de comprendre les circonstances de la tuerie qui a fait 22 victimes en fin de semaine dernière.

Nouvelle-Écosse: la cavale meurtrière aurait commencé avec une dispute conjugale [VIDÉO]

HALIFAX — Le tueur qui a fait 22 morts en fin de semaine en Nouvelle-Écosse venait vraisemblablement d’agresser sa conjointe, a confirmé la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui a établi vendredi une chronologie des événements.

Le surintendant de la GRC Darren Campbell a indiqué en conférence de presse à Halifax que cette violence conjugale «avait pu être un catalyseur» dans la tuerie qui a suivi sur 90 km. Il a aussi précisé que le tueur, Gabriel Wortman, 51 ans, était depuis longtemps en liaison avec cette femme.

M. Campbell, officier des services de soutien pour la GRC en Nouvelle-Écosse, a confirmé que la femme s’était enfuie samedi soir du domicile conjugal à Portapique et qu’elle avait passé la nuit cachée dans les bois, alors que le tueur commençait à tirer sur des voisins et à incendier des maisons.

D’autres sources affirment que la femme avait déjà été battue et aurait même été ligotée.

Dimanche matin, à l’aube, la femme est sortie de sa cachette et elle a appelé le 9-1-1 pour informer les enquêteurs que Wortman était en possession d’une réplique de véhicule de la GRC et qu’il portait un uniforme de la police fédérale, a déclaré vendredi M. Campbell. La police a également appris alors que le suspect «était en possession de plusieurs armes à feu, dont des pistolets et des armes longues».

M. Campbell a aussi précisé vendredi qu’une victime par balle a indiqué aux policiers samedi soir qu’il avait été tiré depuis un véhicule qui ressemblait à une auto-patrouille.

D’abord Portapique

Les policiers arrivés sur les lieux à Portapique samedi soir ont trouvé «plusieurs personnes mortes, dont certaines gisaient sur la chaussée». Plusieurs bâtiments étaient «déjà complètement engloutis par les flammes», dont la maison et le garage du suspect, qui ont brûlé, a déclaré M. Campbell.

La GRC a confirmé plus tôt mercredi que le suspect avait réussi à s’échapper du périmètre, mais les policiers ne l’ont réalisé que vers 7 ou 8 heures du matin dimanche, lorsque la conjointe a révélé des détails sur la fausse voiture de police et l’uniforme de policier.

Au total, 13 personnes ont été tuées dans la région de Portapique.

Plus tard dimanche matin, la police a commencé à recevoir des appels de la région de Glenholme, à environ 60 km de Portapique. C’est là que Wortman a tué deux hommes et une femme avant de mettre le feu à une maison. Deux de ces victimes étaient connues du tireur, a déclaré M. Campbell vendredi.

L’agresseur s’est ensuite approché d’une autre résidence dans la région de Glenholme, où il a frappé à la porte, mais les gens n’ont pas répondu et il est reparti. Les occupants ont ensuite appelé la police et ont confirmé que le suspect était muni d’une arme d’épaule et conduisait ce qui ressemblait à une auto-patrouille.

La cavale se poursuit

Dans la région de Wentworth, le suspect a abattu une femme qui marchait sur le bord de la route vers 9 h 30 dimanche matin. À Debert, vers 10 h, il a «intercepté» sur la route un véhicule et abattu le conducteur; il a fait la même chose un peu plus loin sur la route.

Pendant que la GRC poursuivait ses recherches, l’agent Chad Morrison avait pris des dispositions pour retrouver sa collègue Heidi Stevenson sur les routes 2 et 224, au sud de Shubenacadie. M. Morrison a vu s’approcher ce qui semblait être une auto-patrouille de la GRC, mais il croyait que c’était sa collègue qui arrivait au rendez-vous, a déclaré M. Campbell. Wortman a alors ouvert le feu, et l’agent Morrison a subi «plusieurs blessures par balle». Il a pu alors quitter la scène dans son véhicule et il a prévenu son répartiteur. Le policier se remet depuis de ses blessures chez lui.

Le tireur a ensuite croisé sur la route 2 le véhicule de l’agente Stevenson et il l’a emboutie. Wortman a alors tué la policière, avant de prendre son arme de service et ses munitions. Il a ensuite tué un automobiliste qui passait par là et a pris son VUS argent pour se diriger vers le sud sur la route 224. Il s’est ensuite arrêté dans une maison sur le bord de la route, où il a abattu une femme qu’il connaissait, a indiqué le surintendant Campbell.

Il a ensuite retiré son uniforme de policier, chargé ses armes dans la Mazda de cette victime et s’est dirigé vers le sud, jusqu’à une station-service à Enfield, à environ 90 km au sud de Portapique. C’est là que le tueur a été repéré par un policier de la GRC, qui l’a abattu à 11 h 26 dimanche matin, a indiqué M. Campbell vendredi.

Un homme «très jaloux»

John Hudson, qui connaissait Wortman depuis environ 18 ans, a raconté que l’homme était parfois ouvertement contrôlant et qu’il était très jaloux. «Je ne l’ai pas vu frapper (sa conjointe) ou quoi que ce soit, mais je sais qu’ils se disputaient.» Lors d’une de ces chicanes, il aurait chassé la femme de la maison mais aurait retiré les pneus de son véhicule pour l’empêcher de partir.

M. Hudson a déclaré que son voisin avait acheté aux enchères des véhicules de police d’occasion, qu’il a bricolés par la suite dans son garage.

La police a déclaré que le tireur avait agi seul en fin de semaine, mais les enquêteurs tentaient toujours de déterminer si quelqu’un l’aurait aidé auparavant.

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LE CANADA REND UN HOMMAGE VIRTUEL AUX VICTIMES DE LA PIRE TUERIE DE MASSE

Une veillée en ligne incluant des hommages préenregistrés et des pièces musicales saluant la mémoire des 22 personnes décédées dans une tuerie la fin de semaine dernière en Nouvelle-Écosse a commencé vendredi avec une prestation au violon de la plus jeune victime du massacre.

Les résidents de la Nouvelle-Écosse ont passé la semaine à recueillir des hommages enregistrés de personnalités publiques, dont le premier ministre Justin Trudeau, le premier ministre Stephen McNeil et la gouverneure générale Julie Payette.

La violoniste de la Nouvelle-Écosse, Natalie MacMaster, s'est enregistrée en harmonie avec une vidéo d'Emily Tuck, âgée de 17 ans, jouant la valse In Memory of Herbie MacLeod, publiée sur Facebook un mois avant que l'adolescente ne soit tuée avec sa mère et son père à Portapique.

Emily Tuck était l'une des 22 personnes qui sont décédées samedi et dimanche lorsqu'un homme armé déguisé en policier de la GRC et au volant d'une réplique d'un véhicule de patrouille a mis le feu et a tiré sur ses victimes sur 90 kilomètres dans le nord de la Nouvelle-Écosse.

Dans son message, M. Trudeau a déclaré que les personnes tuées, parmi lesquelles une policière de la GRC et une enseignante, représentaient ce qu'il y a de mieux au Canada et que le pays pleurait avec leurs proches.

Mme Payette a lancé les hommages en exprimant son chagrin face à la violence et en soulignant que la veillée devait avoir lieu en ligne alors que les Canadiens combattent «l'autre ennemi invisible», la pandémie de COVID-19 qui a restreint les rassemblements physiques.

Les musiciens George Canyon, Jenn Grant et Reeny Smith ont également enregistré des performances musicales au cours d'un événement de 90 minutes diffusé en ligne et par CBC-Radio-Canada, CTV et plusieurs stations de radio. La Presse canadienne