«Quand on fait la balance des inconvénients [...], on pense qu’il faut signer l’entente», a indiqué François Legault.
«Quand on fait la balance des inconvénients [...], on pense qu’il faut signer l’entente», a indiqué François Legault.

Nouvel accord de libre-échange: «Inquiet» pour l’aluminium, Legault appuie tout de même l’entente

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — Le premier ministre du Québec veut savoir pourquoi Ottawa a réussi à mieux protéger l’acier, mais pas l’aluminium, dans la nouvelle version de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).

Cette question, le premier ministre du Québec entendait la poser à Justin Trudeau dès mercredi après-midi alors qu’un appel téléphonique entre tous les premiers ministres du pays était prévu.

M. Legault, malgré son inquiétude pour l’aluminium, ne remet cependant pas en question son appui à l’ACEUM.

«Et moi et l’Association de l’aluminium disons que malgré ça, quand on fait la balance des inconvénients [...], on pense qu’il faut signer l’entente», a tenu à souligner le premier ministre qui poursuivait son voyage en Californie, mercredi.

«Mais ça me déçoit, disons, de voir qu’on a réussi à faire un gain avec l’acier, mais pas avec l’aluminium», a ajouté M. Legault. Et la sortie de M. Legault à Sacramento n’y change rien.

Mardi, les trois pays ont signé à Mexico la nouvelle entente qui, selon l’Association de l’aluminium du Canada et selon le Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, nuira à l’industrie québécoise.

À Ottawa, le gouvernement libéral compare cette version à l’ALENA qu’elle remplace. Or, dans l’ALENA, il n’y avait pas de garantie pour l’aluminium. L’ACEUM s’assure que 70 % des matériaux utilisés dans la fabrication des automobiles sont de source nord-américaine. Mais alors qu’on définit clairement, pour l’acier, comment établir l’origine des matériaux, ce n’est pas le cas pour l’aluminium.

Au Québec, on croit que ce silence permettra au Mexique de continuer à importer son aluminium de Chine et d’ailleurs.

La vice-première ministre, qui pilote ces négociations depuis des mois, a tenté d’expliquer pourquoi l’acier a pu être protégé davantage que l’aluminium.

«La cible la plus importante pour moi, c’était de trouver [...] un accord qui permettra la ratification», a précisé Chrystia Freeland.

«En route [vers] cette cible, j’ai essayé de trouver encore des moments gagnants pour le Canada et on a trouvé quelque chose qu’on a ajouté. En même temps, la chose la plus importante, c’est la grande cible», a-t-elle dit, lors d’un point de presse à la sortie de la réunion du caucus libéral.

Un «sacrifice»

En après-midi, aux Communes, ces explications ne suffisaient pas à faire taire l’opposition. «Pendant 10 ans, le Canada s’interdit de protéger l’aluminium comme il le fait de l’acier», a lancé le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet qui a parlé de «sacrifice».

Les députés bloquistes, élus dans les régions où l’on retrouve les alumineries, ont repris, en écho, ces reproches.

«Pourquoi le premier ministre utilise encore le Québec comme monnaie d’échange dans les accords internationaux?» a demandé Mario Simard.

«Plutôt que de faire croire que tout va bien, est-ce que le premier ministre est capable de penser deux minutes aux travailleurs de l’aluminium parce que l’inquiétude, dans ma région, elle est bien réelle», s’est plaint Alexis Brunelle-Duceppe.

Les conservateurs, même s’ils n’ont pas encore décidé s’ils voteront pour ou contre la ratification de l’accord, n’ont pas voulu être en reste.

«Le premier ministre a laissé tomber nos travailleurs», a accusé Richard Martel.

«Gain net»

Face à toutes ces critiques, Justin Trudeau a maintenu qu’il y avait là «un gain net» pour le secteur de l’aluminium québécois. 

Pas besoin, donc, d’aide fédérale pour ce secteur; le premier ministre n’envisage pas un programme quelconque d’indemnisation comme celui dont profitent les agriculteurs soumis à la gestion de l’offre.

Les bloquistes, après une lecture d’une partie de l’entente, sont plus décidés que jamais à voter contre la ratification.

«Quiconque voterait contre cet accord [...] est en train de voter contre les travailleurs en aluminium au Saguenay et ailleurs au Québec et au Canada», de l’avis de Justin Trudeau.

La ministre Freeland a offert aux députés de l’opposition une séance d’information sur le nouvel accord. Elle assure qu’ils y trouveront de bonnes nouvelles pour tous les secteurs de l’économie canadienne, y compris l’aluminium.

«La ratification du nouvel ALENA sera très bonne pour tout le Canada parce que toute l’incertitude dans notre commerce avec les États-Unis sera finie», a-t-elle argué.