La colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure, la plus grosse en Amérique du Nord, a atteint un plafond de 60 000 couples en 2009. Depuis, elle évolue en dents de scie.

Nichées fructueuses pour les fous de Bassan de l’île Bonaventure

PERCÉ — La reproduction des fous de Bassan de l’île Bonaventure a bien réussi cet été, après plusieurs années difficiles. Près des deux tiers des œufs pondus (64 %) dans la colonie ont produit un oiseau prêt à l’envol, alors que le taux de succès avait plongé aussi bas que 8 % en 2012. Les fous ont pu se gaver de capelan et de maquereau, présents en abondance près de Percé.

« Le capelan a roulé sur beaucoup de plages pendant longtemps. Les fous n’avaient pas à se déplacer. Il y avait de la nourriture en abondance, proche. Ça a donné un bon départ «, relate Jean-François Rail, biologiste au Service canadien de la Faune.

En juillet, le capelan descend en profondeur et devient inaccessible aux fous. Le maquereau et le hareng prennent le relais comme garde-manger. Ces deux espèces ont montré des signes de faiblesse ces dernières années.

Mais bonne nouvelle, en 2018, « il y a eu beaucoup de petit maquereau de 15 centimètres et moins dans l’alimentation des fous», indique M. Rail. Lui et son équipe collectent la matière régurgitée par les fous et l’analysent.

GPS

Les scientifiques munissent certains fous de GPS pour étudier leurs déplacements. Cette année, « ils restaient dans la baie des Chaleurs, parfois jusqu’à la baie de Miramichi «, rapporte M. Rail. C’est un trajet banal pour ces oiseaux marins, qui ont l’habitude de voler 300 kilomètres pour se nourrir. 

Rien à voir avec l’année 2012, où ils devaient parcourir le double, soit 600 kilomètres en moyenne, et parfois jusqu’à 1000 ou 1500 kilomètres pour se nourrir et rapporter de quoi manger à leur rejeton.

Cette année-là, moins d’un poussin sur dix œufs (8 %) était encore vivant quatre à cinq mois après la ponte pour s’envoler du haut des falaises de l’île. 

Le succès de reproduction était demeuré bas de 2013 à 2017, avec des valeurs oscillant entre 36 % et 50 %. Pour que la colonie demeure stable, environ 67 % des nids doivent produire un poussin prêt à l’envol. De 1976 à 2009, une période où la colonie était en croissance, ces taux variaient de 72 % à 77 %.

La colonie de l’île Bonaventure, la plus grosse en Amérique du Nord, a atteint un plafond de 60 000 couples en 2009. Depuis, elle évolue en dents de scie. Le décompte le plus récent, en 2017, a recensé 48 260 couples. La colonie se trouve sur le territoire du parc de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, géré par la SÉPAQ.