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Cette séquence filmée est la seule qui montre Florence Barbour dans les bras de Robert Crellin. L’histoire de ces deux personnages avait ému la planète.
Cette séquence filmée est la seule qui montre Florence Barbour dans les bras de Robert Crellin. L’histoire de ces deux personnages avait ému la planète.

Naufrage de l’Empress of Ireland: des images convoitées par le Site historique maritime de la Pointe-au-Père

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
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Perdues puis retrouvées plus de 100 ans après leur réalisation, les images tournées le surlendemain du naufrage de l’Empress of Ireland intéressent le Site historique maritime de la Pointe-au-Père, à Rimouski, qui présente une exposition sur le naufrage du 29 mai 1914. Parmi ces images, la séquence présentant la jeune Florence Barbour dans les bras de son sauveteur pourrait ajouter un élément inédit à la collection du musée qui possède déjà un objet de la fillette, une des rares enfants à avoir survécu à la tragédie.

«On a un objet intéressant, qui est un petit jonc qui nous avait été donné par la famille [de Florence Barbour], raconte le directeur du musée. On a un peu son histoire. Donc, d’avoir une image de film, c’est génial!» Le musée Empress of Ireland avait reçu un don en 1980 identifié du nom de Florence Barbour, décédée en 1978. «L’histoire est connue et le jonc de Florence Barbour est là depuis la naissance du Musée de la mer à l’époque, précise Serge Guay. C’est un objet qu’on va éventuellement mettre en valeur parce qu’on vient de retrouver des images.»

Bien que des photos de Florence Barbour et de son sauveteur Robert Crellin existent, c’est la première fois qu’il est possible de les voir bouger, de voir leurs émotions et de constater l’attachement qu’ils avaient l’un pour l’autre dans un extrait de journaux d’actualités filmées. C’est une séquence qui ne dure que 10 secondes, mais qui est émouvante.

Selon le directeur du Site historique maritime de la Pointe-au-Père, Serge Guay, la séquence filmée de Robert Crellin et de Florence Barbour est très intéressante pour la collection du musée Empress of Ireland.

Avant que l’historien de la photographie Sébastien Hudon de Québec réussisse à mettre la main sur ces images dans une vente aux enchères britanniques, il avait été informé de l’existence de celles-ci par le journaliste Greg Nesteroff du Nelson Star en Colombie-Britannique. «C’est comme ça qu’on a su que ces images-là étaient recherchées.»

Une histoire qui avait ému le monde entier

L’histoire de Florence Barbour et de son parrain Robert Crellin, que les médias de l’époque avaient présentée comme un héros, avait ému le monde entier. Âgée d’à peine 8 ans, Florence avait été sauvée des eaux glaciales par cet homme, un mineur de Silverton, en Colombie-Britannique. Crellin soutenait la famille Barbour, dont il était le voisin, depuis le décès du père de famille dans un accident de travail survenu un an auparavant. Robert Crellin et la famille Barbour étaient d’origine britannique.

Robert s’était embarqué à bord de l’Empress of Ireland avec Sabena Barbour et ses deux filles, dont Florence. Une fois en Angleterre, Robert devait épouser Sabena. Selon M. Nesteroff, Florence n’a pas mentionné ce projet de mariage dans ses mémoires. Peut-être n’a-t-elle jamais été informée?

En 1914, les médias et leur public s’étaient attachés à l’enfant qui se retrouvait orpheline puisque sa mère et sa sœur avaient péri dans le naufrage. L’opérateur de la caméra, dont on ignore le nom, avait capté Crellin réconfortant sa filleule devant le Château Frontenac à Québec. Un article du 20 juin 1914 du Bisbee Daily Review, en Arizona, écrivait: «C’est une enfant séduisante et brillante, bien que les marques de terreur et de chagrin causées par la nuit du désastre soient visibles sur son visage».

Le texte expliquait également que l’oncle et la tante de Florence, George Roseware et Harry Hellen, qui vivaient en Arizona, avaient l’intention, le moment venu, d’amener leur nièce chez eux pour l’élever puisqu’elle n’avait plus de parents proches. Cependant, les deux grands-mères de l’enfant ont demandé la garde. Finalement, Florence est partie vivre chez sa grand-mère paternelle, en Angleterre, «à la grande consternation» de la fillette, selon le journaliste Greg Nesteroff. «Elle voulait que Crellin, qu’elle appelait oncle Bob, l’élève.»

Deux passagers extraordinaires

Pour M. Nesteroff, Florence et Robert sont deux des passagers les plus extraordinaires du navire. «Elle s’est accrochée à lui dans les eaux glaciales du fleuve Saint-Laurent jusqu’à ce qu’ils atteignent un canot de sauvetage, puis il s’est mis à sauver d’autres personnes.» Si ce héros est tombé dans l’oubli, c’est peut-être parce qu’après la tragédie, il a continué en Angleterre et s’est enrôlé dans l’armée au début de la Première Guerre mondiale.

Le journaliste du Nelson Star ignore si Crellin et sa filleule se sont revus ou s’ils sont restés en contact. Selon lui, l’information demeure ambiguë dans les mémoires de Florence. Elle écrit que son parrain a épousé une femme de Cumberland, en Angleterre, et qu’après la guerre, ils sont retournés vivre au Canada. Robert et Margaret Crellin ont eu deux fils et une fille. «Personne ne saura jamais à quel point je voulais retourner avec lui, là où j’avais tant de bons souvenirs», écrit Florence Barbour dans ses mémoires. Celle-ci est revenue en Colombie-Britannique en 1964 pour visiter Silverton, soit 50 ans après la catastrophe. Crellin était décédé depuis 20 ans.

Pour visionner les images où on voit, à la fin, Florence Barbour dans les bras de Robert Crellin: ici.