Mort d’un homme refusé au CLSC de Paspébiac: le coroner enquête

GASPÉ ­— Le Bureau du coroner enquête sur la mort d’un homme refusé au CLSC de Paspébiac le soir du 23 novembre. Son investigation a lieu malgré l’enquête interne du CISSS de la Gaspésie, qui conclut que le décès n’a rien à voir avec l’absence d’un médecin de garde pendant la nuit et que le patient était mort plusieurs minutes avant l’appel des ambulanciers au CLSC.

L’équipe médecin-infirmières a pris la bonne décision de les diriger vers l’hôpital de Maria, à 30 minutes de route de plus, indique le rapport publié jeudi et signé par deux cadres du CISSS.

«Hors de tout doute, ils ne pouvaient pas le sauver de toute façon avec le plateau technique qu’ils avaient à Paspébiac», a déclaré la pdg du CISSS, Chantal Duguay.

Les normes du ministère de la Santé prévoient une présence médicale de 12 à 16 heures par jour au CLSC de Paspébiac, ajoutent les auteurs, deux cadres du CISSS. Toutefois «l’historique est d’offrir des services médicaux 24 heures par jour». 

Mme Duguay a garanti cette présence constante d’un médecin pour l’avenir. Une recrue s’installera en janvier dans la Baie-des-Chaleurs, pour pratiquer principalement à Paspébiac.

L’investigation de la coroner Renée Roussel «vise à éclaircir les causes probables et les circonstances de ce décès», indique le Bureau du coroner.

Des paramédicaux, des médecins et le député péquiste de Bonaventure réclamaient une enquête indépendante.

Le CISSS n’était pas au courant hier de l’investigation de la coroner. Son rapport indique même «qu’aucune enquête du coroner n’est prévue». 

Une enquête indépendante n’est pas utile, selon le CISSS. «Je ne pense pas que les conclusions pourraient être différentes. Ça viendrait confirmer que les décisions ont été les bonnes», dit Mme Duguay.

Réactions

«Le vrai enjeu demeure : aura-t-on, oui ou non, un médecin 24 heures sur 24, sept jours sur sept, dans l’avenir? Si quelqu’un fait une crise de cœur et sa conjointe l’amène, on ne répondra pas?» a réagi le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy. La nuit, seuls les patients en ambulance seront reçus au CLSC de Paspébiac, a indiqué le CISSS.

Le rapport n’analyse pas le délai d’arrivée des paramédicaux, qui attendent les appels chez eux, et non dans l’ambulance. Ils ont atteint le domicile du patient 12 minutes après l’appel au 911. 

«Si on avait des ambulanciers prêts à réagir à la minute même, on augmenterait les chances de survie», croit M. Roy.

«On trouve déplorable que ça ait pris un tel événement pour amener une couverture médicale en tout temps», dit Pier Luc Bujold, président du Syndicat des infirmières, infirmiers auxiliaires et inhalothérapeutes de l’Est-du-Québec (SIIIEQ).

Le rapport était prêt depuis le 29 novembre, mais a été retenu le temps que «l’équipe ministérielle en prenne connaissance», a déclaré Mme Duguay. «Nous avons réagi en chambre et nous n’ajouterons rien d’autre», a indiqué l’attachée de presse du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

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LA NUIT FUNESTE

Dans la nuit du 23 au 24 novembre, un homme de Bonaventure, âgé de 74 ans, a souffert d’un arrêt cardiorespiratoire vers 23h13. Les paramédicaux ont fait des manœuvres de réanimation dès leur arrivée à 23h25. 

Lorsqu’ils ont appelé au CLSC à 23h45, l’équipe d’un médecin et de cinq infirmières les a dirigés vers l’hôpital de Maria, à 57 kilomètres de route comparativement à 22 kilomètres pour Paspébiac.  Ils sont arrivés à minuit 29 à l’urgence de Maria, où le décès a été constaté. 

Aucun médecin de garde n’était présent de minuit à 8h au CLSC, une situation survenue 28 fois entre le 1er juin et la mi-novembre.