Jean-Yves Duclos et Mélanie Joly

Monsieur Duclos, en une décision vous avez déçu plus de 600 000 personnes

POINT DE VUE / Ma fille Émilie a eu le courage de dénoncer publiquement une aberration concernant les prestations d’assurance-emploi-maladie. Elle n’a obtenu aucune réponse.

Elle aurait voulu participer au récent débat à Québec. Elle aurait voulu demander au ministre et candidat libéral Jean-Yves Duclos, la raison pour laquelle il s’entêtait à la laisser en mode survie, elle et tous les autres aux prises avec une importante maladie. Tous savent qu’un cancer colorectal métastatique de stade 4 ne se guérit pas en 15 semaines.

Quinze semaines. C’est la durée maximale durant laquelle Émilie touchera des prestations. Ensuite, elle devra composer avec un combat contre le cancer et une vie pleine de défis, notamment sur le plan financier, contre laquelle elle se croyait protégée par le filet social auquel elle avait pourtant contribué toute sa vie et qui disparait après 15 semaines.

Absente, troisième traitement oblige d’un protocole qui durera au minimum 6 mois, Émilie m’ayant chargé de vous poser la question, je me suis donc présenté au dernier débat auquel vous avez participé afin d’obtenir des réponses. Après tout, c’est vous qui, au sein du gouvernement de Justin Trudeau, étiez responsable des modifications au régime d’assurance-emploi, poste que vous sollicitez à nouveau.

Surpris, vous avez reconnu que la loi était archaïque et inchangée depuis 1971. Durant un instant, j’ai eu de l’espoir pour ma fille de 30 ans.

Puis, je me suis souvenu que vous étiez bien au fait de la situation qu’ont dénoncé 600 000 personnes dans la plus importante pétition au Canada initiée par Mme Marie-Hélène Dubé (15 semaines.ca) que 7 projets de loi proposant une période de couverture plus adéquate ont déjà été déposés.

Monsieur Duclos croyez-vous raisonnable que luttant contre une récidive agressive, Émilie puisse même envisager de retourner travailler avec le sourire et toute l’efficacité qu’on lui connaissait?

En 2012, les députés libéraux, incluant Justin Trudeau, avaient tous appuyé le dépôt d’un projet de loi qui demandait à ce que les semaines de prestations maladie passent de 15 à 50. Puis, rien. 

Certes, vous allez agir, puisqu’à la page 86 de votre programme, on voit votre «intention» d’augmenter à 26 le nombre de semaines «d’assurance emploi maladie grave». Le tout sur une seule ligne et sans autres explications. Je vous ai demandé de convaincre vos collègues pour qu’ils redonnent leur appui aux «50 semaines» comme en 2012. 

Laconiquement, mais avec un brin d’émotion nécessaire à la situation, vous avez parlé de la position de votre gouvernement de privilégier 26 semaines de prestations maladie «dans le souci d’une politique d’écoute, d’évolution et d’amélioration». Mais de quelles améliorations parle-t-on alors qu’une étude commandée récemment par votre propre gouvernement est venue confirmer que le programme de 50 semaines était viable et autofinancé? 

En le lisant on y constate que 77 % des citoyens malades qui n’auront pas réussi à se guérir en 26 semaines, seront laissés à eux-mêmes. La maladie, on n’y peut rien. Mais les conditions dans lesquelles on la combat, on peut les améliorer.

Au lendemain du débat, je n’ai pu expliquer à ma fille pourquoi vous, votre chef et tous les députés libéraux l’avaient laissée tomber, elle et des dizaines de milliers d’autres citoyens. 

J’ai raccroché le téléphone avec Émilie en me promettant de poursuivre mes démarches pour faire changer les choses. 

Chère Émilie, tes amis-es, ta famille, et même des gens qui ne te connaissent même pas, nous ne te laisserons pas tomber. 

Je parle au nom des 600 000 personnes qui ont signé la pétition depuis 10 ans. Ils auront eux aussi l’occasion le 21 octobre de faire sentir tout le poids de leur insatisfaction.