Certains enfants vivent bien avec leur lieu de vie, posent peu de questions sur leur séparation avec leurs parents.

« Moi j'ai besoin d'une famille »

Le matin de la visite de La Tribune à Val-du-lac a été un matin difficile à l’unité de l’Arc-en-ciel, l’une des deux unités qui hébergent des petits au centre de réadaptation pour la jeunesse. Un matin chaotique où les consignes les plus simples, comme celle de mettre un chandail et des chaussettes avant de sortir de sa chambre, n’ont pas pu être respectées.

Pour Maxime*, la matinée a été particulièrement difficile. Maxime devait voir son papa ce matin-là. Il avait hâte. Il s’ennuyait. Il ne l’avait pas vu depuis longtemps. Pourtant, peu après son réveil, son éducatrice a eu la lourde tâche de lui annoncer que la visite avait été annulée.

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Des enfants à apprivoiser

« Il était fâché contre moi. Ce ne sont pas des situations faciles », dit l’éducatrice spécialisée Joannie Girard en secouant la tête doucement.

Cris, pleurs, insultes, coups. Il n’était pas encore 9 heures que, deux fois déjà, les agents d’intervention étaient venus voir le garçon pour l’amener à se calmer en toute sécurité.

Une des éducatrices de l’équipe a reçu un coup si violent qu’elle a eu les yeux dans l’eau instantanément.

« Les enfants explosent rapidement. Des fois, tout va bien, et trente secondes après, il y a un enfant qui explose. Quand on travaille avec les adolescents, c’est différent. On sent la situation changer. On peut prévoir plusieurs crises. Mais pas avec les petits... » précise Patrick Dussault, chef de service aux unités Arc-en-ciel et Rivage.

Les éducateurs qui travaillent avec les enfants ont aussi leurs bons et leurs mauvais jours. Certaines journées sont particulièrement difficiles. Pas toujours facile de ne pas se laisser atteindre par ces petits êtres qui cachent beaucoup de colère et de fureur.

« Hier, j’ai fini de travailler à 23 h et je commençais à 6 h 45 ce matin. Comme j’ai un bébé qui se réveille beaucoup durant la nuit, disons que je suis pas mal fatiguée aujourd’hui. Tantôt, j’ai expliqué à un des jeunes que nous avons tous des batteries. Quand il me traite de « crisse de chienne », c’est certain que ça vide ma batterie plus vite », image l’éducatrice spécialisée Mélanie Blaisel.

Peu après, deux garçons commencent à faire le bruit du coq. Un autre se joint au groupe. Bientôt, plusieurs petits coqs commencent à chanter dans l’unité. Mais ils sont vite interrompus par une éducatrice spécialisée qui les ramène au calme.

« Quand on connait notre groupe, on sait que ce genre de situation est à haut risque de dégénérer. On a deux jeunes garçons explosifs dans l’unité, et ça ne serait pas long avant qu’ils veuillent tous les deux s’arracher la tête, littéralement... » fait savoir Patrick Dussault.

« Dans les unités des petits, il y a beaucoup d’amour-haine entre les jeunes », soutient Patrick Dussault.

Un enfant qui s’ennuie

Jonathan* est le plus jeune résident du centre de protection de la jeunesse de Val-du-lac. Du haut de ses huit ans, il est parmi ceux qui posent le plus de questions sur son placement en centre jeunesse. Certains vivent bien avec leur lieu de vie, posent peu de questions sur leur séparation avec leurs parents. Mais pas Jonathan. Il s’ennuie. Il ne veut qu’une chose : une famille. Il y a d’ailleurs des éducatrices qu’il appelle « maman ».

« Moi j’ai besoin d’une famille. J’aimerais ça avoir une famille », dit-il à la journaliste. Du haut de ses huit ans, on le croirait pourtant plus jeune. « Affectivement, il est aussi petit que son âge », image Patrick Dussault.

Jonathan est allé en famille d’accueil chez un membre de sa famille. Malgré tout l’amour qu’elle lui portait, la tâche s’est avérée trop lourde pour elle. « C’est un enfant qui serait toujours accroché à nos pantalons. C’est très exigeant », dit M. Dussault.

Il y a aussi Francis*, 12 ans, qui vit dans la même unité depuis bientôt cinq ans. Il adore la chasse et la pêche. Son grand-papa lui fait d’ailleurs cadeau des revues auxquelles il est abonné. « Je les ai toutes lues. Les articles qui m’intéressent, je les ai tellement lus que je les connais par cœur! »

Le garçon est assis derrière une table. Il a un casse-tête de 500 petits morceaux devant lui. Il est patient. « J’aime ça faire ça. Ça me calme. Il est difficile, mais je suis bon. Il y a un éducateur qui m’a pas mal aidé à faire le contour », dit-il.

D’ailleurs, pendant la présence de La Tribune sur son unité, il est calme et a envie de discuter.

Pourquoi un petit garçon comme celui-ci ne se trouve dans une famille d’accueil, un milieu beaucoup plus normalisant qu’un centre jeunesse?

« On souhaite lui trouver un milieu d’accueil. Mais ça va prendre un milieu compréhensif qui va savoir conjuguer avec ses accès de colère. Il peut exploser », soutient Patrick Dussault.

« Quand il est question de placer un enfant dans une famille d’accueil, il faut aussi tenir compte des familles biologiques. Si les parents ne sont pas d’accord pour que leur enfant aille dans une autre famille, ça peut créer des conflits de loyauté vraiment importants pour l’enfant », ajoute M. Dussault.


*Tous les prénoms des enfants ont été changés pour protéger leur identité.