«Il n’a jamais voulu le pogner, surtout pas à la tête, a dit Me Jean-François Lambert, de la défense. Le coup de gâchette est arrivé ben trop vite.»
«Il n’a jamais voulu le pogner, surtout pas à la tête, a dit Me Jean-François Lambert, de la défense. Le coup de gâchette est arrivé ben trop vite.»

Meurtre de Jacques Choquette: plan ou accident?

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Stéphane Blanchard avait-il planifié de tuer l’entrepreneur en construction Jacques Choquette le soir du 3 novembre 2016, à Eastman, ou il l’a atteint par erreur?

Deux théories s’affrontent dans ce procès pour meurtre prémédité où les parties ont livré leurs arguments finaux, vendredi.

À la défense, Me Jean-François Lambert a invité le jury à privilégier le version livrée par l’accusé de 38 ans en cour, et non celle qu’il avait donnée lors de son interrogatoire policier en 2018.

«On ne peut pas écarter sa version des faits et garder juste la première [déclaration], a affirmé Me Lambert. Analysez l’homme qui est devant vous. Ça se peut-tu, ce qu’il vous raconte?»

Lors de son interrogatoire policier, M. Blanchard a indiqué que le plan consistait à mettre fin aux jours de M. Choquette sur un rang isolé et qu’il avait été payé avec 5000 $ de marijuana pour le faire.

Une dette entre la victime et un ami commun, qui était présent lors du crime, serait à l’origine du différend. Il a également reconnu avoir fait des aveux à deux personnes de son entourage.

«Le but était de l’abattre [NB: Jacques Choquette] et Stéphane Blanchard était la personne désignée pour le tuer parce qu’il possède des armes à feu», a insisté Me Émilie Baril-Côté, de la poursuite.

En cour, l’accusé a plutôt soutenu que le rendez-vous fixé était uniquement destiné à «faire peur» à Jacques Choquette en tirant un coup de carabine à côté de lui. Mais nerveux et se sentant menacé par cet ami commun, il a alors tué Jacques Choquette d’une balle dans la tête.

«Il n’a jamais voulu le pogner, surtout pas à la tête, a dit Me Lambert. Le coup de gâchette est arrivé ben trop vite.»

Selon la défense, il n’y avait «pas de plan de tuer personne ce soir-là». Son client, un homme de peu de mots, n’est d’ailleurs pas le genre à en avoir. «Je le dis en tout respect, Blanchard n’est pas le crayon le plus aiguisé de la boîte.»

Il reconnaît que l’accusé a menti, mais pose la question «à quel moment?». À son interrogatoire policier, Stéphane Blanchard «venait d’avouer un meurtre; le reste, ça n’a pas beaucoup d’importance».

«Lorsqu’on y regarde de plus près, ça fonctionne, a dit Me Lambert. Le doute doit bénéficier à l’accusé. Ça, c’est un verdict d’homicide involontaire.»

«Hésitant et évasif»

Pour sa part, la Couronne a convié le jury à rejeter la version donnée par l’accusé à son procès, rappelant que M. Blanchard était «souriant et détendu» lors de sa rencontre avec le policier — où il avait accepté de faire une déposition complète et assermentée — alors qu’il a été «hésitant et évasif» en contre-interrogatoire à son procès.

L’accusé, Stéphane Blanchard, lors de son interrogatoire policier en 2018.

«A-t-il menti aux policiers ou s’est-il libéré d’un lourd secret?, a demandé Me Émilie Baril-Côté. Pourquoi avoir fait une déclaration des plus incriminantes?»

À l’été 2016, l’accusé, criblé de dettes et sans emploi, «a besoin d’argent», a souligné la poursuite. L’offre qui lui est faite de tuer Jacques Choquette contre 5000 $ était «alléchante». Même il a été déçu que le paiement ait été fait en drogue, qu’il a dû vendre lui-même par la suite.

L’ami commun devenu menaçant, M. Blanchard le connaissait depuis plusieurs années, a dit Me Baril-Côté. Il aurait pu s’enfuir à tout moment. Et si le but n’était que de faire peur à la victime, pourquoi l’accusé a-t-il utilisé son arme la plus vieille et la seule qui n’était pas enregistrée? Et pourquoi l’avoir chargée avec deux balles?

Finalement, comment a-t-il pu atteindre la victime par inadvertance alors qu’il aurait pu tirer n’importe où autour de lui ou dans les airs?

«Le but était de l’abattre [NB: Jacques Choquette] et Stéphane Blanchard était la personne désignée pour le tuer parce qu’il possède des armes à feu, a déclaré Me Baril-Côté. Tout était prévu.»

La victime, Jacques Choquette.

Les registres téléphoniques déposés en preuve par la poursuite illustrent d’ailleurs que l’accusé, l’ami commun et un autre homme accusé dans cette affaire — ceux-ci doivent subir leurs procès séparés en 2021 — avaient échangé 306 communications au début de novembre 2016. «Cela vous amène-t-il à croire qu’il y a eu complot?»

Le juge André Vincent, de la Cour supérieure, doit donner ses directives aux jurés lundi matin, après quoi ils entameront leurs délibérations.