Le palais de justice de Québec
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Mère coupable de négligence criminelle pour avoir laissé sa fille à un pédophile

Marie* a laissé son voisin de 58 ans, Carol Pelletier, entretenir une liaison qu’elle savait malsaine avec sa fille de 10 ans. La mère a été déclarée coupable de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles à son enfant.

L’histoire de Pelletier, un homme de Lotbinière condamné à six ans de pénitencier pour des gestes répétés d’agression sexuelle sur une enfant qu’il avait pris pour «conjointe», avait déjà énormément choqué.

Elle prend une dimension encore plus troublante lorsqu’on comprend que pendant plus de deux ans, la mère de la victime a laissé la relation se poursuivre et l’a facilitée, même si elle se doutait qu’il pouvait y avoir des échanges sexuels entre l’adulte et l’enfant.

Marie, mère de cinq enfants, a connu Carol Pelletier lorsqu’elle a emménagé en Mauricie à l’été 2015. L’homme était concierge de l’immeuble où la petite famille habitait. Sa fille de 10 ans s’est mise à passer le plus clair de son temps au logement de Pelletier, qui la nourrissait, l’habillait et l’aidait à l’école.

Pelletier a commis les premiers gestes d’abus sexuels sur l’enfant à l’automne 2015. Ils n’ont plus cessé jusqu’en avril 2018, allant des attouchements jusqu’à la relation sexuelle complète. L’enfant était très attachée à l’homme et n’a jamais dénoncé les abus.

Un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse à l’été 2016 a mené à une interdiction de contact entre Pelletier et l’enfant.

Marie a déménagé dans la région de Chaudière-Appalaches. Elle a laissé Pelletier continuer à visiter sa fille, recommandant à l’homme de se stationner plus loin pour éviter d’alerter la DPJ.

Carol Pelletier va finir par habiter près de chez Marie. Les abus sexuels se poursuivent, dans la chambre de l’enfant et dans la voiture de l’homme. À une occasion, Marie va reconduire sa fille à la voiture de Pelletier, garée sur le stationnement d’une meunerie, et va la rechercher une heure plus tard. 

Pelletier sera arrêté en avril 2018 après que la jeune sœur de la victime ait filmé des attouchements. Lorsque Marie a vu les images, elle a appelé la police.

La jeune victime, aujourd’hui une adolescente, a des difficultés comportementales et d’apprentissage. Elle souffre d’une grande anxiété, au point de s’arracher sourcils et cheveux.

Aveuglement volontaire

Marie, 30 ans, avait d’abord été accusée d’agression sexuelle par le biais de la complicité. La procureure de la Couronne Me Mélanie Dufour a finalement choisi de porter une accusation de négligence criminelle causant des lésions, estimant que la mère a fait preuve d’un grand aveuglement volontaire. «Madame a omis de protéger sa fille et a manqué à ses obligations, a noté Me Dufour. Un parent raisonnable placé dans cette situation n’aurait jamais permis ces contacts-là.»

Devant la cour, Marie a commencé par dire que si elle avait été témoin des abus sexuels, elle aurait dénoncé bien avant. «Trouviez-vous ça normal qu’un homme de 58 ans passe du temps dans la chambre d’une enfant de 10 ans?», insiste le juge Jean Asselin de la Cour du Québec. 

Marie va finalement admettre qu’elle avait des doutes sur la nature de la relation et plaider coupable à l’accusation de négligence criminelle.

Les représentations sur la peine auront lieu à l’automne.

La jeune victime est placée dans une autre famille depuis le début des procédures. Ce placement pourrait devenir permanent.

* Prénom fictif pour protéger l’identité de la victime.