Louis-José Houde joue le rôle d'un menteur compulsif dans la nouvelle comédie d'Émile Gaudreault.

«Menteur»: le «Mozart de la bullshit» ** 1/2

CRITIQUE / Les films d’Émile Gaudreault sont à l’été ce que sont des plats comme la tourtière à l’hiver : une recette simple qui offre du réconfort. Le réalisateur des Père en flic renoue avec Louis-José Houde pour une histoire abracadabrante à propos d’un menteur compulsif— le «Mozart de la bullshit» — dont la mythomanie va conduire la Terre sur le bord de la 3e Guerre Mondiale. Rien de moins.

L’amusante prémisse de Menteur débordait de promesses, qui ne seront pas entièrement comblées. En cette ère post-factuelle, des moines bouddhistes craignent que «celui-qui-ment-comme-le-vent» provoque un dérèglement mondial en altérant la réalité.

Il s’agit d’un Québécois à l’imagination particulièrement fertile en matière d’excuses : Simon Aubert (Houde). Ce cadre d’une avionnerie, dont le frère jumeau Phil (Antoine Bertrand) est président du syndicat, prononce un mensonge de trop à la veille d’une importante rencontre avec une délégation russe dont le contrat permettrait de sauver l’usine de la fermeture.

Ce qui provoque l’apparition d’un monde parallèle, à la réalité altérée (les fameux multivers), dans lequel les mensonges de Simon se concrétisent, les petits comme les grands. Son frère devient l’homme le plus malchanceux de la planète; sa patronne, une alcoolique finie (Geneviève Schmidt); la blonde de son jumeau (Anne-Élisabeth Bossé) tombe en amour avec lui, etc.

Le scénario rythmé se veut un prétexte à des scènes comiques où chacun peut livrer son numéro, dont certains s’avèrent hilarants, notamment ceux de Bossé et Schmidt. Sans parler de la courte apparition de Denise Filiatrault en intarissable chauffeuse Uber.

Évidemment, la comédie légère est un véhicule construit sur mesure pour Louis-José Houde, qui nous fait son numéro habituel en jouant… du Louis-José Houde. C’est sympathique et il répond à la demande populaire, mais je ne dois pas être le seul à trouver que ça devient lassant et redondant.

Heureusement, Antoine Bertrand assure dans un rôle physique qu’il embrasse avec beaucoup d’allant, changeant un peu la dynamique. Entre les deux, Catherine Chabot est une véritable révélation.

Il faut beaucoup de présence et de charisme pour tenir tête à la forte personnalité du duo. Dans la peau d’une ex-toxicomane dépendante affective qui cherche la guérison dans l’abstinence et un emploi de traductrice, l’actrice de théâtre est aussi pétillante que charmante.

Les comédiens volent le spectacle à une réalisation sage et sans imagination qui abuse du champ / contrechamp et des plans de réaction. Menteur est platement filmé et surligné.

Et au final, Gaudreault et ses coscénaristes Sébastien Ravary et Eric K. Boulianne n’ont pu résister à l’envie du prévisible tout est bien qui finit bien, sans conséquence. En ouvrant toute grande la porte à une suite.

Nul doute qu’avec le succès que remportera Menteur — grâce à sa distribution toutes étoiles et le bouche-à-oreille —, un deuxième long métrage se concrétisera d’ici une couple d’étés.

Au générique

Cote: ** 1/2

Titre: Menteur

Genre: Comédie fantaisiste

Réalisateur: Émile Gaudreault

Acteurs: Louis-Josée Houde, Antoine Bertrand, Geneviève Schmidt, Anne-Élisabeth Bossé

Classement: Général

Durée: 1h50

On aime: la formidable distribution. Quelques numéros hilarants.

On n’aime pas: la finale dégoulinante. Louis-José Houde qui fait du Louis-José Houde.