Le Propecia est l'un des deux médicaments ciblés par l'action collective.

Médicaments anti-calvitie: action collective autorisée

MONTRÉAL — Une action collective vient d’être autorisée au Québec par la Cour d’appel pour indemniser des hommes ayant pris des médicaments pour prévenir la calvitie, mais qui se sont retrouvés avec des problèmes érectiles persistants, parmi d’autres troubles.

Dans un jugement rendu jeudi, la Cour d’appel a donné le feu vert à l’action collective, qui avait été refusée par la Cour supérieure en décembre 2016.

Le recours est dirigé contre Merck Canada et Merck Frosst Canada, qui ont mis en marché les médicaments Propecia et le Proscar, qui sont disponibles sur ordonnance d’un médecin. Le Proscar sert principalement au traitement de l’hypertrophie de la prostate et l’autre, à celui de la calvitie. Ils contiennent le même ingrédient actif, soit la finastéride. Il est allégué dans l’action que des médecins prescrivent le Proscar pour la calvitie.

Ce recours cherche à obtenir un dédommagement pour tous les Québécois qui se sont fait prescrire l’un des deux médicaments avant le 18 novembre 2011, et qui ont développé l’une de ces conditions qui ont persisté après l’usage: dysfonction érectile ou sexuelle, baisse de libido, troubles éjaculatoires, rétrécissement des parties génitales et difficulté à atteindre un orgasme, parmi d’autres.

La Cour d’appel infirme ainsi la décision de la Cour supérieure, car cette dernière aurait imposé un fardeau trop lourd au représentant du groupe, Camilo Baratto. Le banc de trois juges estime que la Cour supérieure s’est de plus positionnée sur le débat scientifique portant sur le médicament et ses effets, sans avoir à le faire à ce stade: le débat doit avoir lieu, mais pas au stade de l’autorisation du recours.

M. Baratto avait commencé à prendre du Proscar pour sa calvitie en octobre 2008 — alors qu’il n’avait que 25 ans — en coupant les comprimés pour se rapprocher de la dose de ceux du Propecia. Il affirme avoir cessé le traitement un mois après l’avoir débuté parce qu’il commençait à ressentir des effets indésirables comme une baisse de libido, des troubles éjaculatoires et érectiles, de l’anxiété et des symptômes de dépression.

L’homme dit encore souffrir, à ce jour, de certains de ces effets secondaires.

Il convient que la monographie du médicament listait ces problèmes comme de possibles effets secondaires, mais soutient qu’il n’était pas indiqué qu’ils pouvaient persister après avoir cessé de le prendre, une faute de Merck, juge-t-il. D’ailleurs, il plaide que les deux entreprises pharmaceutiques avaient modifié les monographies dès 2008 en Suisse, mais qu’elles ne l’ont pas fait au Canada avant novembre 2011. Cette date sert donc de ligne de démarcation entre ceux qui peuvent ou non se joindre à l’action.

Il réclame une somme d’au moins 100 000 $ pour tous ses problèmes. Quant à ceux qui se joindront au recours, la somme reste à déterminer, mais 10 000 $ sont demandés pour chacun d’entre eux à titre de dommages punitifs.

Les avocats du cabinet Trudel Johnston & Lespérance, qui ont institué l’action, se sont dits heureux de la décision de la Cour d’appel, mais n’ont pas voulu commenter plus.

Dans un courriel transmis vendredi, Merck Canada s’est dite en désaccord avec l’analyse juridique faite par la Cour d’appel, sans toutefois préciser sur quelle base.

L’entreprise pharmaceutique a souligné que la décision rendue jeudi ne remet aucunement en cause les affirmations faites à l’égard de ses médicaments ni leur innocuité. «Merck Canada appuie sans réserve l’innocuité et l’efficacité de Propecia et de Proscar et elle défendra sa cause devant les tribunaux en se fondant sur des données médicales et scientifiques fiables», est-il écrit.