Un paquet de lingettes jetables dans les toilettes (flushable wipes)

Marketing trompeur: Les Ami(e)s de la Terre réclame une enquête sur les lingettes jetables dans les toilettes

OTTAWA - L’organisme environnemental Les Ami(e)s de la Terre Canada demande au Bureau de la concurrence d’enquêter sur une étude récente qui prouverait qu’il n’existe pas de lingette «jetable dans les toilettes».

«C’est l’écoblanchiment le plus scandaleux que j’ai vu depuis très longtemps», a déclaré Beatrice Olivastri, la PDG des Ami(e)s de la Terre.

L’organisation, qui est représentée par des avocats d’EcoJustice, dépose une demande d’enquête auprès du Bureau de la concurrence, citant une étude récente de l’Université Ryerson portant sur 23 lingettes étiquetées «jetables dans les toilettes». Les chercheurs ont constaté qu’aucune d’entre elles n’était à la hauteur de cette affirmation.

Deux des produits «jetables dans les toilettes» se sont partiellement désintégrés dans les égouts; 21 d’entre eux ne se sont pas désintégrés du tout.

Certains ont pris six chasses d’eau simplement pour disparaître dans les toilettes.

Bronwyn Roe, avocate chez EcoJustice, a dit que la loi sur la concurrence oblige le bureau à lancer une enquête s’il reçoit une plainte d’au moins six personnes. La plainte dans cette affaire soutient que les entreprises impliquées utilisent des pratiques de marketing trompeuses.

La plainte réclame une amende de 10 millions $ pour chaque produit vendu sous une fausse prétention de pouvoir les jeter aux toilettes, y compris des lingettes pour bébé, des lingettes humides pour adultes et enfants plus âgés, des tampons et des lingettes de brosse de toilette, des revêtements de couches et des sacs pour crottes de chien.

Une partie du problème réside dans le fait qu’il n’existe pas de norme unique quant à la signification du mot «jetable». Selon Mme Olivastri, une norme a été créée par une association internationale de services publics et de professionnels de l’eau, mais une autre a été développée par les sociétés qui fabriquent les produits.

Elle ajoute que les entreprises profitent du désir de commodité des consommateurs pour proposer des produits dont les acheteurs pensent à tort qu’ils se décomposeront une fois jetés aux toilettes.

L’étude de Ryerson a testé 101 produits différents. Les seuls qui se sont complètement désintégrés après avoir été jetés étaient des variétés de papier hygiénique - qui, d’après l’étude, n’étaient même pas étiquetées comme étant jetables dans des toilettes.

Les lingettes à usage unique sont devenues le fléau des réseaux d’égouts municipaux, obstruant les canalisations et entraînant des millions de dollars en dommages et coûts de nettoyage chaque année.

Barry Orr, un inspecteur des services de surveillance et de contrôle des égouts de la ville de London, en Ontario, et l’un des auteurs de l’étude, estime que les municipalités canadiennes dépensent au moins 250 millions $ par an pour éliminer les obstructions dont les lingettes seraient le principal responsable.

Mme Olivastri prétend plutôt que la nouvelle estimation est que les municipalités dépensent 1 milliard $ pour remplacer le matériel d’égout endommagé.

Les lingettes, dont plusieurs contiennent de grandes quantités de plastique, se coincent dans les tuyaux et collectent la graisse, davantage de lingettes et d’autres saletés. Le résultat: des amoncellements gigantesques de graisses (appelés «fatbergs» en anglais) qui ne se désintègrent pas d’eux-mêmes.

L’année dernière, la BBC a découvert que les lingettes à usage unique étaient à l’origine de 80 pour cent des obstructions dans les égouts britanniques. À Charleston, en Caroline du Nord, en novembre dernier, des plongeurs ont dû nager dans 30 mètres d’égouts non traités pour extraire des blocs de lingettes géants hors du système d’égout. En janvier, des responsables de Bradenton, en Floride, ont pointé du doigt des lingettes après l’éclatement d’une conduite d’égout de 45 centimètres; plus de 300 000 litres d’eaux usées non traitées se sont déversés dans un ruisseau voisin.

Dans la station balnéaire britannique de Devon, plus tôt cette année, les opérateurs du secteur de l’eau ont découvert un «fatberg» de 64 mètres de long de lingettes humides et de graisses congelées dans les égouts, et il faudra au moins huit semaines pour le retirer.

À LIRE AUSSI : Un autre «fatberg» découvert dans les égouts au Royaume-Uni

Mme Olivastri prévient que les lingettes qui ne se bloquent pas dans les égouts aboutissent dans les cours d’eau.

«Les gens les attrapent à la place du poisson», a-t-elle déclaré.

Elle rappelle que le papier hygiénique est la seule chose que les gens devraient jeter aux toilettes.