Mariana Mazza a remporté l'Olivier de l'année

Mariana Mazza remporte l'Olivier de l'année

MONTRÉAL — Sans surprise, l’affaire Rozon était prédominante au gala des Olivier, dimanche soir, sans toutefois que l’ancien patron du Groupe Juste pour rire soit nommé une seule fois. Les humoristes ont cependant réussi à se détacher quelque peu de la controverse pour faire place au rire.

Tel que promis, l’humoriste François Morency a ouvert le 19e gala des Olivier en attaquant de front le sujet controversé de l’année dans le domaine de l’humour.

En soupirant, M. Morency a raconté à la blague qu’il appelait le gala des Olivier son «burn-out annuel». L’année dernière, François Morency avait dû gérer une controverse sur un numéro de Mike Ward et Guy Nantel qui avait été censuré au gala.

Après avoir enchaîné des commentaires décapants sur des photos d’enfance de ses collègues, plus sérieux, François Morency a pris le temps de saluer les victimes qui ont porté plainte contre leurs présumés agresseurs cette année. Il a été longuement applaudi.

L’humoriste François Bellefeuille, qui est allé cueillir le prix du meilleur vendeur pour son premier spectacle solo, a quant à lui annoncé qu’il allait vendre son Olivier aux enchères et qu’il allait égaler le montant pour verser les profits au Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS).

François Bellefeuille a annoncé qu'il mettrait son Olivier aux enchères et qu'il remettra l'argent aux Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. Il invite Juste pour rire à égaler le montant.

Il a aussi profité pour dire que Juste pour rire égalerait également le montant — même s’il ne leur en avait pas encore parlé!

«Mais quand c’est dit live à télé, c’est difficile de dire non après», a-t-il lancé.

Par ailleurs, Mariana Mazza, qui partait en tête des nominations, est finalement repartie avec le prix le plus prestigieux de la soirée, celui de l’Olivier de l’année.

Le jeune humoriste Julien Lacroix s’est aussi illustré, remportant entre autres le prix de la découverte de l’année. Celui qui s’est surtout fait connaître sur le Web a également gagné dans les catégories de la capsule ou du sketch web humoristique de l’année et du numéro de l’humour de l’année, pour «Lettre à mon ex».

«Je travaille vraiment fort, j’ai un parcours un peu atypique, pis là de me rendre là... L’industrie te dit que ça existe ce genre de parcours là, de commencer sur le Web, de ne pas être dans les cinq prochains, de ne pas faire l’école de l’humour...», a-t-il confié en salle de presse.

L’humoriste Pierre Hébert s’est également démarqué pour son spectacle Le goût du risque, qui avait reçu de fort bonnes critiques. Il a reçu le prix du spectacle d’humour de l’année, et son metteur en scène, Charles Dauphinais, a également été récompensé.

Dans un discours émotif, il a raconté qu’il avait tenu à monter sur scène même quand sa conjointe enceinte était hospitalisée.

Il a terminé son discours avec une touche d’humour en disant qu’il a finalement bien fait de poursuivre sa tournée, qui a été récompensée.

L’humoriste Simon Leblanc est également reparti avec une statuette, celle de l’auteur de l’année qu’il a partagée avec Olivier Thivierge. En 2014, l’humoriste avait été sacré découverte de l’année.


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«SOUFFLER TOUS ENSEMBLE»

En ce climat morose dans le milieu de l’humour, les artistes présents au gala des Olivier dimanche soir voulaient d’abord rire, même s’il est inévitable que le sujet soit abordé pendant la soirée. Voici les réflexions de quelques-uns d’entre eux qui ont foulé le tapis rouge avant la cérémonie, présentée à la Maison de Radio-Canada, à Montréal.

Philippe-Audrey Larrue St-Jacques:

«Avec tout ce qu’on a vécu récemment, de souffler tous ensemble, juste essayer de rire un peu, ça va donner l’occasion de se retrouver et de rire, ce qui n’a pas été le cas souvent dans les dernières semaines [...] Il n’y a pas tant de blagues à faire sur ça [l’affaire Rozon], ce dont on peut rire, je pense, c’est des conséquences dans le milieu, mais pas ce qui est arrivé. J’espère que ça va être bien fait et qu’on va penser aux victimes.»

Pierre Hébert:

«C’est un gala, il faut que ce soit festif. Il s’est passé des choses un peu dures, là, fêtons. On est rendus à un moment où on peut fêter. On est un peu plus lousses [...]. J’ai l’impression que les affaires qui étaient importantes, qui étaient dures, on est allés au fond de ça, on n’a pas été en superficialité. Ça se peut que ce ne soit pas fini, pis tant mieux, on ira jusqu’au bout. Mais là, je pense qu’on prend une petite pause pour fêter.»

Virginie Fortin:

«Le milieu est dans une drôle de tempête, mais je ne trouve pas qu’elle est si malsaine, cette tempête-là, je pense qu’elle est nécessaire. Là, on a l’impression que le milieu s’écroule, et qu’il est fragmenté, mais je ne trouve pas que c’est une si mauvaise chose qu’on se déhomogénéise, que les gens à l’intérieur d’un même milieu ne soit pas d’accord avec d’autres gens d’un même milieu.»

Julien Lacroix:

«Je pense que ça vaut la peine de dénoncer ce qui s’est passé, et puis, ce n’est pas fini, espérons-le, parce qu’il faut que d’autres choses sortent [...] Je pense que François [Morency, l’animateur] va faire une vraiment bonne job, je pense qu’il va percer l’abcès assez rapidement, espérons que ce soit un gala festif, c’est quand même l’humour qu’on fête.»

Cathy Gauthier:

«J’ai l’impression que ce sera une belle soirée somme toute, c’est sûr qu’ils vont en parler, mais en même temps, je pense que c’est important de crever l’abcès en partant, on ne peut pas passer sous le silence ce qui s’est passé, qui a été plus que majeur cette année.»

Fabien Cloutier:

«On a parlé du mauvais, pis tant mieux, il fallait en parler. Que la prise de conscience soit là, qu’elle soit importante et qu’elle se poursuive... c’est le positif qui va rester de ça.»