Au second incendie, la résidence de la rue Champlain, à Bromont, est une perte totale: les dommages sont estimés à près de 2,9 millions de dollars.

Maison détruite par les flammes: un électricien montré du doigt

Une entreprise granbyenne en électricité devra payer 2 335 000 $ en dommages-intérêts à l’assureur d’une famille bromontoise pour compenser les dommages engendrés par un incendie ayant vraisemblement été causé par la négligence d’un de ses employés.

S.C.E. Électrique Inc., une entreprise située sur le boulevard industriel à Granby, était poursuivie par Chartis, l’assureur des sinistrés.

Vers 8 h 15, le 4 janvier 2013, un représentant de S.C.E. Électrique Inc. s’est rendu à la luxueuse résidence occupée par une famille composée d’un couple et de leurs deux filles, afin de sécuriser temporairement les lieux environ quatre heures après qu’un incendie y soit survenu.

Les pompiers de la municipalité de Bromont avaient conclu qu’un court-circuit avait provoqué le sinistre dans la pièce du sous-sol où se trouvait le panneau électrique. Vu l’intervention rapide des sapeurs, les dommages de ce premier incendie ont été limités et minimes.

Vingt-quatre heures après la visite de l’électricien, le couple réintègre sa demeure de la rue Champlain. Il quitte un peu plus tard en matinée faire une course et, à son retour, la maison est à nouveau en feu. Cette fois-ci, la résidence est une perte totale : les dommages sont estimés à près de 2,9 millions de dollars.

Chasse au coupable

Selon Chartis, cette importante perte ne pouvait être que le fruit de la négligence du travailleur, qui n’aurait pas procédé aux vérifications nécessaires avant de rétablir le courant. L’assureur soumet également l’avis d’un ingénieur, qui attribue le second incendie à une surcharge.

S.C.E. Électrique Inc. niait pour sa part toute responsabilité devant la juge Michèle Monast. « Elle plaide que les travaux exécutés par son préposé ont été faits conformément aux règles de l’art et de la prudence en tenant compte des demandes faites par l’assurée et de la qualité de l’installation électrique qui se trouvait sur les lieux », peut-on lire dans la décision rendue le 23 mai dernier.

Elle fait valoir que les travaux effectués le 4 janvier étaient temporaires et qu’il était entendu que l’employé devait revenir trois jours plus tard pour finaliser le tout, notamment parce que les installations en place n’étaient pas conformes : on y aurait trouvé des « branchements faits de façon artisanale » et une prise de courant multiple sur laquelle était branchés « beaucoup trop d’appareils énergivores » pour sa capacité.

La défenderesse a également fait valoir que les sinistrés avaient un lourd passé criminel et des liens avec le crime organisé pour étoffer son argumentaire.

Qui plus est, l’entreprise alléguait que les assurés eux-mêmes pourraient avoir volontairement provoqué l’incendie. Cette hypothèse est détaillée par le rapport d’un autre expert, engagé par S.C.E. Électrique Inc.

Cette dernière plaide également qu’elle n’a pu préparer une défense adéquate en raison du manque de collaboration du couple bromontois et de son assureur.

Crédibilité

Le fil détaillé des événements relevé par la cour, de même que l’analyse approfondie des rapports soumis par les experts des deux parties, a fait conclure à la juge Monast que l’hypothèse de la demanderesse était plus crédible.

« [L’électricien] a donc commis une faute et la défenderesse, qui est sa commettante, est responsable des dommages qui en ont résulté », tranche la magistrate.

Ce faisant, S.C.E. Électrique Inc. s’est vue condamnée à payer l’assureur une somme de 2,335 millions de dollars avec intérêts, en plus de lui rembourser les frais de justice et les honoraires de l’expert, une facture d’un peu moins de 65 000 $.

«Ça n’a juste pas de bon sens», dit le propriétaire de S.C.E. Électrique

Le propriétaire de S.C.E. Électrique, Steve Côté, fulminait lorsque La Voix de l’Est lui a appris lundi le verdict de la juge Michèle Monast concernant la poursuite de Chartis, l’assureur des sinistrés. Pour l’homme d’affaires, il n’y a aucun doute que des démarches pour contester le jugement seront entamées sous peu. « Ce n’est pas vrai que [mon entreprise] va être reconnue coupable d’une faute que l’on n’a pas commise, a-t-il clamé. Ça n’a juste pas de bon sens. »

M. Côté évoque qu’il s’agit possiblement d’une fraude de la part du propriétaire de la maison détruite par les flammes. À tout le moins qu’il y a eu négligence de sa part, ce qui a engendré le sinistre. « Quand on s’est rendu sur place la première fois [après le début d’incendie maîtrisé], il y avait plein de matériel électrique sur place. Il y avait une surcharge sur une “multiprise”. Le kit parfait pour que ça passe au feu. Donc, c’est quelqu’un qui faisait faire des travaux ou les faisait lui-même », a-t-il relaté.

Le dirigeant de S.C.E Électrique a par ailleurs une confiance inébranlable envers son employé mis en cause dans cette affaire. « Mon employé a une trentaine d’années d’expérience. [...] Il a pris toutes les précautions nécessaires. Il a débranché tous les fils du panneau électrique, sauf certains circuits que le [propriétaire] a demandé à être raccordés. »

M. Côté émet également des réserves au sujet de la compétence de l’ingénieur embauché par la partie adverse. Bien qu’il concède que la juge ne soit pas experte en électricité puis dans ce type de sinistre, le chef d’entreprise n’en revient tout simplement pas que sa compagnie soit condamnée à verser plus de 2,3 millions de dollars en dommages-intérêts. « Je ne comprends vraiment pas que la juge puisse venir à la conclusion que S.E.C est coupable. » Jean-François Guillet