Cette semaine encore, le rôle du Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada a été souligné dans une enquête sur un réseau de trafiquants à Calgary qui a permis la saisie de plusieurs drogues, dont du fentanyl, d'une valeur de plus de 4 millions $.

Lutter contre le fentanyl grâce à la guerre au blanchiment d'argent

L'agence canadienne qui traque le blanchiment d'argent collabore aussi avec les corps policiers dans la lutte contre le fentanyl, en retraçant les mouvements illégaux de fonds des trafiquants.

Barry MacKillop, directeur intérimaire du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE), a confirmé jeudi que l’agence avait transmis à ses partenaires des renseignements liés au trafic de ce dangereux opioïde de synthèse, qui fait des ravages dans les rues de certaines villes canadiennes.

Cette semaine encore, le rôle du CANAFE a été souligné dans une enquête sur un réseau de trafiquants à Calgary qui a permis la saisie de plusieurs drogues, dont du fentanyl, d’une valeur de plus de 4 millions $.

L’agence tente de retracer les mouvements de fonds liés au blanchiment d’argent ou au terrorisme en traitant chaque année des millions de renseignements en provenance des institutions financières, des compagnies d’assurance, des courtiers en valeurs, des entreprises de transfert de fonds, des courtiers immobiliers et même des casinos.

En entrevue jeudi, M. MacKillop a précisé que le CANAFE travaillait depuis des mois avec la police et les entreprises pour traquer les opérations douteuses afin de dégager des signes communs de trafic de fentanyl. « Notre défi, c’est d’identifier les indicateurs spécifiques au fentanyl, par opposition à l’héroïne, à la cocaïne ou tout autre type de drogues. » Or, les sources géographiques de ces diverses drogues diffèrent, et les autorités ont ainsi identifié la Chine comme la source principale d’opioïdes importés au Canada.

M. MacKillop admet par ailleurs que le CANAFE a transmis à d’autres agences certaines informations liées à l’évasion fiscale, mais ces renseignements ne sont pas « nécessairement liés » aux « Panama Papers » ou aux « Paradise Papers ». C’est l’Agence du revenu du Canada qui analyse cette somme de documents, et c’est elle qui décidera si le CANAFE peut être utile, précise M. MacKillop.

Canadiens radicalisés

En matière de lutte au terrorisme, le CANAFE a notamment joué un rôle dans l’enquête sur Kevin Omar Mohamed, un Ontarien qui a plaidé coupable à une accusation liée au terrorisme après s’être rendu en Syrie dans le but avoué de joindre le djihad. Or, des dizaines de ressortissants canadiens partis faire le djihad au Moyen-Orient pourraient rentrer au pays alors que Daech (groupe armé État islamique) bat de l’aile. Le CANAFE pourrait par exemple signaler le réveil soudain d’un compte bancaire jusque-là dormant, indique M. MacKillop.

L’an dernier, les institutions financières s’étaient engagées à accorder la priorité à la détection du blanchiment d’argent pour lutter contre la traite des personnes à des fins de prostitution. Le CANAFE a ainsi reçu des entreprises canadiennes environ 2000 déclarations d’opérations douteuses liées à ce projet « Protect », ce qui représente une augmentation de 400 % par rapport à l’année précédente à ce chapitre. « Les déclarations ont été transmises par l’ensemble des grandes banques et un certain nombre d’entreprises de services monétaires », indique le rapport de l’agence.

Le rapport annuel du CANAFE, déposé au Parlement jeudi, indique qu’il a reçu l’an dernier 10,5 millions de déclarations d’« opérations importantes en espèces », et près de 126 000 déclarations d’« opérations douteuses », sur un total de 24,7 millions de déclarations d’opérations financières diverses. L’agence note une hausse de 10 % du nombre de déclarations d’« opérations douteuses » par rapport à l’année précédente.

L’agence a transmis 2015 « communications de renseignements financiers » aux forces policières et aux organismes de la sécurité nationale en 2016-2017, pour les aider dans leurs enquêtes. Il s’agit d’une hausse de 24 % par rapport à l’année précédente. De ces 2015 communications, 68 % étaient liées au blanchiment d’argent et 23 % au financement des activités terroristes et aux menaces pour la sécurité du Canada ; 9 % des communications étaient liées à tous ces secteurs en même temps.

Ces renseignements sont notamment transmis à la Gendarmerie royale du Canada et aux autres corps policiers, mais aussi au Service canadien du renseignement de sécurité.