Ai-Da et son concepteur, le marchand d’art Aidan Meller, ainsi qu'une oeuvre du robot artiste, à Oxford, en Grande-Bretagne, mercredi

L'Université d'Oxford expose le «premier robot artiste» au monde [PHOTOS]

LONDRES - Ai-Da est présentée comme «l’une des artistes les plus exaltantes de notre époque». Son essence la distingue toutefois de ses pairs : Ai-Da est un robot, doté d’intelligence artificielle.

Cette technologie lui permet de créer des oeuvres et l’université d’Oxford, en Angleterre, expose ses premiers travaux du 12 juin au 6 juillet.

«Elle est totalement algorithmique... totalement créative», a expliqué à la presse mercredi son concepteur, le marchand d’art Aidan Meller tandis que l’artiste-robot, vêtue d’une blouse de peintre et coiffée d’une perruque brune, le croquait.

«Ce n’est pas juste une imprimante très chère: on ne sait pas ce qu’elle va réaliser», souligne-t-il. Quarante-cinq minutes plus tard, c’est son visage qui apparaît sur la toile, esquissé par des coups de crayon habiles.

Pour travailler, Ai-Da utilise ses «yeux», des caméras qui capturent ce qui se trouve devant elle. Puis un ordinateur interne, et sa technologie d’apprentissage automatique, traduisent les informations emmagasinées en coordonnées qui lui permettent de reproduire une image.

D’autres croquis d’Ai-Da ornent les murs de la galerie d’art tenue par Aidan Meller. Il y a aussi des tableaux colorés et des sculptures, mais ces oeuvres ont été réalisées par des humains à partir des esquisses d’Ai-Da.

Car Ai-Da ne peut, pour le moment, tenir avec son bras robotique que certains types d’outils, comme les crayons à papier, mais pas les pinceaux.

Un aperçu des composantes de l’artiste-robot Ai-Da, présenté à la presse à Oxford, en Grande-Bretagne, mercredi

«L’esprit de son époque»

Aidan Meller a commencé à rêver d’Ai-Da il y a huit ans et l’a nommée d’après la pionnière anglaise de la science informatique, la mathématicienne du XIXe siècle, Ada Lovelace.

Le dénominateur commun entre tous les grands artistes est d’avoir su «capter l’esprit de leur époque», a-t-il justifié : au XXIe siècle, cet esprit s’incarne, selon lui, dans l’intelligence artificielle.

La conception de ce projet a débuté en 2017 et s’est achevée en avril, avec l’aide d’Engineered Arts, une entreprise en robotique de Cornouailles, et des chercheurs des universités d’Oxford et de Leeds.

Ils lui ont donné l’apparence d’une femme, comme le souhaitait M. Meller : pour ce directeur de galerie, les mondes de l’art et du code manquent de femmes.

Ai-Da «est une persona, un avatar, elle est fiction, elle est réelle», s’enthousiasme-t-il.

Même si Ai-Da dépend de la technologie, sa production est aussi «hautement créative», assure M. Meller. «Elle est dotée d’incroyables technologies et de compétences pour produire des oeuvres remarquables, innovantes», insiste-t-il, pointant que pas un seul de ses travaux n’est identique.

Discret sur le coût total du projet, M. Meller a indiqué que la vente des oeuvres d’Ai-Da avait permis son financement : l’intégralité des pièces a déjà été cédée pour un million de livres (1,7 million $CAN).

Le visage d'Ai-Da
Ai-Da ne peut, pour le moment, tenir avec son bras robotique que certains types d’outils, comme les crayons à papier.
Une esquisse représentant le mathématicien britannique Alan Turing réalisée par Ai-da
Une huile intitulée «Bee-Shattered Space», peinte par Ai-Da