L’offre des employés de GCM est la meilleure, dit le séquestre de la firme PwC

Plus simple, plus facile à négocier, un financement mieux attaché bien qu’incomplet; l’offre d’achat des coopératives des employés des six journaux de Groupe Capitales Médias est meilleure que celle de l’entreprise Métro Média, estime le séquestre Christian Bourque de la firme PwC.

L’associé responsable de la restructuration chez PwC Christian Bourque a présenté mercredi matin au juge Daniel Dumais de la Cour supérieure les deux offres reçues au terme du processus pour trouver un repreneur aux journaux de Groupe Capitales Médias (GCM), dont fait partie Le Soleil, placés sous la protection de la Loi sur la faillite depuis le 19 août.

Comme le gouvernement caquiste, le séquestre qui a examiné les offres et les finances du groupe recommande au tribunal d’autoriser la vente au collectif d’employés du Soleil, de La Tribune, du Nouvelliste, du Droit, du Quotidien et de La Voix de l’Est.

Christian Bourque privilégie cette offre notamment car, selon lui, les négociations seront nécessairement plus faciles avec des employés copropriétaires.

Dans le projet de coopérative, tous les abonnements déjà payés par les lecteurs (4,7 millions $) sont honorés intégralement. Le collectif des employés arrive avec un montage financier de 15 890 000 $ et un plan d’arrangement avec les créanciers. Ce plan prévoit la constitution d’un fonds de 250 000 $ pour payer les réclamations.

Le séquestre Christian Bourque a précisé au juge que le financement des coopératives de journaux, à la hauteur d’environ 21 millions $, n’est pas encore complété. 

Le Mouvement Desjardins, approché pour être investisseur, a confirmé publiquement mardi qu’il n’embarquait pas dans le projet. Les artisans du projet de coopératives se donnent encore un mois pour ficeler le montage financier. 

Le porte-parole du comité de création des coopératives, le journaliste Louis Tremblay du Quotidien de Saguenay, fait remarquer que Desjardins n’était pas la seule institution financière approchée pour faire une contribution de 1 à 2 millions $.

«En ce moment, il y a des discussions avec d’autres institutions financières au Québec pour remplacer Desjardins et que les Fonds des travailleurs maintiennent leur participation (d’environ 3 millions $), indique Louis Tremblay. On devrait avoir des réponses assez rapidement.» 

Les Fonds de travailleurs et une autre banque québécoise ont analysé le plan d’affaire des coopératives et l’ont estimé assez solide pour qu’elles veuillent agir comme prêteur, remarque le journaliste du Quotidien.

Plus de conditions

Métro Média, un propriétaire de journaux expérimenté, présentait lui un financement avec une marge de crédit bancaire de 9 millions $. L’offre d’achat de Métro Média comportait plus de conditions et assumait moins de passif, note le séquestre.

L’entreprise Métro Média prévoyait des mises à pied. L’offre des coopératives d’employés comporte aussi une certaine attrition, avec principalement la fermeture d’une imprimerie à Sherbrooke.

Les deux offres prévoient la terminaison des régimes de retraite à prestation déterminée pour les 1200 membres (900 retraités et 300 employés actifs). Cette terminaison surviendrait aussi avant Noël. Le séquestre a indiqué que la fin des régimes à prestation déterminée ferait économiser environ 4 millions $ par année aux nouvelles coopératives.

Tout dépendant de la fluctuation des taux d’intérêt, les membres des régimes devront assumer un déficit de solvabilité d’environ 25 %. Les retraités verraient alors leurs rentes diminuées de la même proportion.

Les offres prévoient aussi la fin du régime d’assurance collective pour les retraités.

Le juge Daniel Dumais a pris l’analyse de l’offre et du plan en délibéré. Il rendra sa décision d’ici vendredi.

L’accord d’Investissement Québec

Le plan sera soumis aux créanciers à la mi-décembre. Avec ses prêts de 15 millions $, Investissement Québec est le principal créancier de GCM. L’avocat mandaté par IQ a confirmé au tribunal que le bras financier du gouvernement appuyait l’offre retenue par le séquestre. Le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a déjà indiqué que le gouvernement ne s’attendait pas à retrouver sa mise.

Confrontés à l’érosion des revenus publicitaires au profit des géants mondiaux du Web, les six journaux de GCM perdent encore à l’heure actuelle entre 150 000 et 200 000 $ par semaine.

Les revenus sont toutefois plus élevés et les dépenses plus faibles que ce que le séquestre anticipait. GCM a des liquidités jusqu’en janvier.

En date du 11 novembre, le passif du Groupe Capitale Médias est de 45,5 millions $ pour un actif beaucoup plus faible de 16,3 millions $.

Pour faciliter l’accès au nouveau programme de crédits d’impôt sur la masse salariale des travailleurs de l’information, le séquestre demande à la Cour de lui permettre de conclure la transaction selon la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies plutôt qu’avec la Loi sur la faillite. Les coopératives évaluent que le nouveau programme de crédits d’impôt leur amènera entre 5 et 6 millions $ annuellement.

Les retraités présents

Une douzaine d’employés retraités du Soleil étaient présents pour la présentation du syndic. Leur représentant, le journaliste Pierre Pelchat, a rappelé au juge que les retraités réclament la préservation de leurs rentes passées, qui sont pleinement capitalisées et ne nécessitent pas de cotisation de l’employeur. «On comprend que pour le futur, c’est un régime trop coûteux, convient M. Pelchat. On ne veut pas se créer de faux espoir, mais on a encore quelques semaines pour trouver des solutions.»

Une des solutions, dit le porte-parole des retraités, serait que l’ancien employeur Power Corporation se porte garant du régime de retraite jusqu’à l’extinction du déficit de solvabilité, à la faveur d’une hausse des taux d’intérêt.

Les retraités attendent présentement des avis juridiques pour savoir quels sont les recours possibles.

Au cours des prochaines semaines, les conventions collectives des employés devront être rouvertes pour prévoir la terminaison des régimes de retraite. Tel que le prévoit la loi, les employés actifs auront à voter sur les changements.

L’audition pour faire homologuer le plan d’arrangement aura lieu le 18 décembre.