Francine Ruel est de passage dans la région afin de rencontrer les lecteurs à la bibliothèque de Roberval, jeudi, à 17h. L’auteure traitera de son dernier écrit, Anna et l’enfant-vieillard, un roman qui raconte l’histoire d’un fils itinérant et l’impuissance d’une mère.

L’impuissance apaisée de Francine Ruel

À la fin du mois de septembre dernier, Francine Ruel était de passage au Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Son plus récent livre, Anna et l’enfant-vieillard, était sur les tablettes depuis quelques jours seulement. Rares étaient alors les personnes qui connaissaient l’histoire de son fils qui vit dans la rue. En livrant son histoire, elle espérait atteindre son garçon. Quatre mois plus tard, ce dernier n’a toujours pas lu l’écrit, mais plusieurs milliers de lecteurs l’ont fait et ont été touchés par son histoire.

L’auteure, mais surtout la mère qui est assise devant la journaliste, est quelque peu différente quatre mois après une première rencontre. La peine est toujours visible lorsqu’il est question de son garçon, mais Francine Ruel semble plus légère. Une petite lueur s’est rallumée au fond de son regard bleu.

Anna et l’enfant-vieillard a été écrit dans le but avoué de rejoindre son enfant. Un fils pour qui le bonheur semble impossible à atteindre. L’auteure espérait lui rappeler l’enfant merveilleux qu’il était.

Après six mois de silence, Francine Ruel a revu son fils, juste avant Noël. Elle a pu remettre le livre à celui qui est maintenant un homme dans la quarantaine. Mais il ne l’a pas lu.

« Je pense qu’il n’en est pas capable. J’ai un fils plus lent. Il faut apprendre à respecter son rythme », affirme-t-elle.

Le roman a tout de même apaisé quelque peu la douleur de la mère et surtout, son sentiment d’impuissance.

« Maintenant, je ne suis plus toute seule. On est énormément de parents à vivre ça. Le chagrin ne partira pas. La peine est toujours là. Mais le livre a permis d’apaiser des choses. »

Le livre a atteint nombre de personnes. « On pensait que ça pouvait toucher, mais comme ça, c’est formidable. »

Il a aussi permis de parler d’itinérance et des ravages de la drogue.

Francine Ruel est une femme d’action, de solutions. Avec son roman, elle a l’impression de faire quelque chose. « Il faut en parler. C’est ce que je fais. J’ai ouvert la porte. »

Dans son livre, elle raconte l’enfance de son garçon, puis l’accident qui a changé sa vie. À 18 ans, il a été victime d’un tireur, tout à fait gratuitement, alors qu’il se trouvait avec sa copine à Montréal. Il porte encore les marques des nombreux projectiles qui ont atteint son corps.

« Ce grave accident l’a jeté à terre et il n’a pas été capable de s’en sortir. Des enfants naissent avec des ressorts sous les talons pour rebondir. Pour d’autres, les ressorts poussent plus tard et pour d’autres encore, ça n’arrive jamais. Je suis obligé d’apprendre à vivre avec ça. »

Depuis la sortie de l’écrit, les témoignages abondent. Ceux reçus au Saguenay–Lac-Saint-Jean habitent encore l’auteure. « Ce sont les premiers témoignages que j’ai reçus. Je me souviens de cette mère dont le fils s’est enlevé la vie. Et de cette femme à qui la fille ne parlait plus depuis quatre ans et qui devait se rendre au parc pour voir ses petits-enfants », raconte-t-elle encore émue.

Anna et l’enfant-vieillard a valu son lot de surprises à son auteure. Avant les Fêtes, il s’était déjà écoulé à plus de 56 000 copies. Un succès comme il s’en fait peu au Québec. L’histoire romancée de Francine Ruel trône parmi les titres les plus vendus au Québec.

Rapidement, une boîte de production a approché l’auteure pour en acheter les droits. « On ne sait pas encore s’il y aura une série ou un film », souligne-t-elle. Une chose est certaine: celle qui a déjà écrit des scénarios pour la télévision et le cinéma s’impliquera dans le processus.

Ainsi, elle continuera d’avancer. « Je ne suis pas du genre à abdiquer. Je prends les choses en main, mais je ne peux rien faire si mon fils ne veut pas. Je lui ai dit qu’en 2020, je souhaite seulement qu’il ait une place où il sera en sécurité avec un minimum de confort. »

L’auteure assure qu’elle n’a plus d’attentes. Ça évite les déceptions, sans anéantir l’espoir. « Il est sur le bord de changer, je crois... »

Francine Ruel participera à une rencontre d’auteure jeudi, à 17 h, à la bibliothèque de Roberval. Une séance de dédicace est prévue à compter de 18 h.