Saïd Namouh

Libération refusée à Saïd Namouh

Toute forme de libération a été refusée à Saïd Namouh en raison du risque qu’il représente pour la société. Au terme des audiences qui ont eu lieu mercredi, la Commission des libérations conditionnelles du Canada a en effet refusé de lui accorder une libération conditionnelle ou une semi-liberté en raison de sa criminalité jugée toujours très préoccupante, de son potentiel de violence très important, de son comportement en milieu carcéral et d’un faible potentiel de réinsertion sociale.


Surnommé le terroriste de Maskinongé, Saïd Namouh avait été déclaré coupable de complot en vue de commettre un attentat, de participation aux activités d’un groupe terroriste et de facilitation de ces activités, et d’extorsion par association. Les faits étaient survenus entre les mois de novembre 2006 et septembre 2007 à Maskinongé et à Trois-Rivières. 

Il faisait non seulement la promotion du djihad par Internet pour le Global Islamic Media Front mais il préparait également un attentat suicide en Allemagne ou en Autriche. Lors de son arrestation en 2007 à Maskinongé, il était d’ailleurs sur le point de quitter le Canada pour aller rejoindre ses co-conspirateurs afin de mettre son plan à exécution. 

Condamné à la prison à vie, il était devenu éligible à une libération conditionnelle en septembre dernier. Âgé maintenant de 45 ans, il s’est donc présenté mercredi devant la Commission pour tenter d’obtenir sa libération. 

Or, l’ensemble des informations contenues à son dossier tendent à démontrer que le risque de récidive serait inacceptable pour la société. 

En se basant sur un rapport psychologique daté du 17 octobre 2017, où il est question entre autres de sa «perception d’injustice perpétrée par les pays occidentaux envers les musulmans du monde», les commissaires indiquent: «Votre adhésion à des valeurs véhiculées par des groupes terroristes nécessite une grande prudence. Votre engagement à ces groupes témoigne d’une propension et d’un potentiel à tuer d’innocentes victimes au nom d’une idéologie. Plus inquiétant encore, à ce stade-ci de votre sentence, est le faible niveau de motivation et de responsabilisation que vous démontrez face à votre criminalité.»

Lors de son audience, il s’est même présenté comme une victime du système de justice pénale canadien, et ce, même s’il a abandonné les procédures d’appel en 2013. Il a notamment expliqué en long et en large les atrocités vécues par le peuple somalien qui seraient, selon lui, des victimes des gestes criminels du gouvernement américain. «La Commission comprend que vous demeurez dans la justification de vos délits et que vous n’éprouvez aucuns remords à ce stade-ci de votre sentence, ce qui est très préoccupant. La Commission comprend par vos propos que vous soutenez par vos arguments que l’impérialisme demeure l’ennemi à combattre et qu’il s’agit d’une guerre», ont écrit les commissaires. 

La nature et la complexité de ses délits ont même fait en sorte qu’il n’a pu intégrer aucun programme structuré en prison puisque ceux-ci n’étaient pas adaptés à sa dynamique particulière. Un placement dans un contexte de groupe a également été exclu en raison de ses croyances extrémistes et de l’importance accordée par les Services correctionnels canadiens à contrer la radicalisation dans ses pénitenciers. 

Comme alternative à l’intervention collective, la possibilité qu’il puisse bénéficier d’un suivi individuel avec un psychologue a été envisagée pour finalement être écartée par le manque de connaissances et de formation des psychologues sur son type de criminalité. De toute façon, il a refusé de participer à une entrevue avec une psychologue pour la confection d’un rapport destiné aux autorités sous prétexte que celle-ci était islamophobe. 

On note également que Namouh a commis plusieurs manquements dans le cadre de son incarcération comme le refus de respecter les directives et d’entrer dans une cellule. Il aurait lancé un grille-pain parce qu’il était mécontent de la réponse d’un infirmier. Il a aussi été placé en isolement préventif à quelques reprises à la suite d’une altercation physique avec un autre détenu et pour menace envers la famille d’employés. On lui reproche également des refus d’ordre, un retard au compte officiel et d’avoir prié dans un bureau. 

En janvier 2017, il a commencé à participer en individuel au programme Stratégie d’Intervention basé sur la motivation, ce qui lui aurait permis d’approfondir certains facteurs ciblés à son plan correctionnel. 

Par contre, il a eu peu de rencontres avec son équipe de gestion de cas. Il persiste dans sa victimisation et la minimisation des gestes commis. À leurs yeux, il demeure toujours le même individu qu’au début de sa sentence avec ses valeurs antisociales.

Notons en terminant que Saïd Namouh est soumis à une mesure d’expulsion depuis le 21 mars 2013.