La ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a visité les installations de Rio Tinto dans le cadre du règlement du litige sur la surtaxe sur les exportations d’aluminium et d’acier aux États-Unis. Elle était accompagnée du directeur exécutif de la division Atlantique de la multinationale, Gervais Jacques.

Levée des tarifs: une victoire d’équipe, dit Freeland

Pendant les moments difficiles des tractations avec le gouvernement américain sur les tarifs de l’aluminium et de l’acier décrétés par le président Donald Trump, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, pensait au jour où elle pourrait rencontrer les travailleurs de ces industries pour leur annoncer la levée de ce qu’elle considère toujours comme une décision injuste.

De passage aux installations de Rio Tinto à Jonquière, jeudi, la ministre a affirmé vivre enfin «ces moments dont elle rêvait» alors qu’elle a eu l’occasion de rencontrer des travailleurs, des représentants syndicaux et des dirigeants des usines de la multinationale au Saguenay. Elle a assuré avoir toujours été consciente de l’inquiétude des milliers de familles de la région découlant de l’imposition des tarifs.

En point de presse, la ministre libérale a tenu à saluer le support des sénateurs républicains, qui ont affiché ouvertement leur opposition à ces tarifs sur le métal canadien. Donald Trump, il faut le rappeler, a eu recours à l’article 232 de la loi américaine sur le commerce international, qui autorise le président a imposé de lourds tarifs douaniers en évoquant des questions de sécurité nationale.

Après avoir souligné l’appui des sénateurs, la titulaire des Affaires étrangères a fait état des grands principes qui ont permis au Canada de passer à travers cette crise. «Le Canada est demeuré uni. Les syndicats, les entreprises et les provinces ont fait front commun», a-t-elle souligné.

La ministre a enchaîné en comparant le comportement du Canada à celui d’une formation sportive qui a su déployer un jeu d’équipe tout en conservant une grande discipline. «Pour mois, il s’agit d’une négociation difficile, mais je suis toujours demeurée positive puisque j’étais convaincue que nous avions raison.»

Chrystia Freeland affiche une très grande satisfaction puisque dans un contexte difficile avec les Américains, le Canada a obtenu l’abandon des surtaxes sur l’acier et l’aluminium, sans, en contrepartie, devoir accepter des quotas à l’exportation pour ces produits. Elle a assuré avoir eu beaucoup de pression pour accepter ces quotas, qui sont jugés illégaux en matière de commerce international à moins qu’un pays les accepte sur la base d’une négociation.

Interrogée sur le risque de l’imposition d’une nouvelle taxe sur l’aluminium dans un contexte d’augmentation de la production au Canada, Chrystia Freeland a réitéré qu’il n’y avait plus de surtaxe et que le Canada avait rejeté les quotas. Elle ne s’est pas aventurée sur l’impact de cette disposition de l’entente sur des projets d’augmentation de production, comme Alma 2, les deux dernières phases du projet AP60.

Il est difficile pour la ministre de prendre des engagements à long terme sur les relations commerciales avec les États-Unis. Elle attire l’attention sur l’article 232, qui existe toujours et dont le président peut se servir pour décréter des taxes sur des produits étrangers. Elle ne veut pas s’ingérer dans la politique d’un autre pays, tout en maintenant que le nouvel accord nord-américain donnera un accès au marché américain de l’ordre de 2 G$ sur une base quotidienne.

Chrystia Freeland a tenu à souligner l’apport de l’ex-patron de la papetière Produits forestiers Résolu (PFR) Richard Garneau pendant la période de négociation. Le spécialiste des pâtes et papiers a été un joueur important auprès de l’industrie de l’acier en raison de sa vaste expérience des litiges commerciaux avec les États-Unis.

Bois d’oeuvre

La ministre des Affaires étrangères a abordé l’autre litige commercial qui perdure avec les Américains, soit celui du bois d’oeuvre canadien. Cette dernière reconnaît l’importance de l’industrie forestière pour le Québec et soutient que le gouvernement canadien fait les efforts nécessaires pour résoudre ce problème.

Elle précise que le litige sur le bois d’oeuvre diffère de celui de l’aluminium et l’acier. Il relève plus spécifiquement des modalités commerciales habituelles. Le Canada mise donc sur les mécanismes légaux du traité de libre-échange et de l’Organisation mondiale du commerce pour remporter cette bataille.

Depuis 1980, a conclu la ministre, le Canada a toujours eu gain de cause dans les litiges sur le bois d’oeuvre.

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FREELAND DISCUTERA AVEC PENCE À OTTAWA

SAGUENAY — La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, profitera du passage du vice-président américain Mike Pence, à Ottawa la semaine prochaine, pour discuter de leurs processus respectifs de ratification de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Elle a fait cette déclaration lors d’une visite à Saguenay, jeudi, devant des travailleurs d’une aluminerie de Rio Tinto, quelques jours après l’abandon par le gouvernement américain des tarifs sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium.

«Nous allons expliquer ce qui se passera, les intentions de notre gouvernement, ici, chez nous au Canada. Ce sera intéressant pour nous d’écouter ce que le vice-président va dire concernant le processus de ratification aux États-Unis», a-t-elle affirmé.

La ministre Freeland, qui ne s’est pas mouillée sur le début du processus législatif de ratification au Parlement canadien, considère que Mike Pence a été un allié dans les négociations d’un nouveau traité de libre-échange nord-américain.

«Il a été dès le début un leader qui comprend l’importance du commerce international de l’ALÉNA pour les États-Unis et le Canada», a ajouté Mme Freeland, rappelant qu’il s’était fait le défenseur d’un traité «gagnant-gagnant-gagnant» entre les trois pays signataires de cette nouvelle version de l’accord économique.

Mike Pence arrivera à Ottawa jeudi prochain. Chrystia Freeland veut aussi aborder la question du Venezuela avec le vice-président, en plus de parler de la Conférence sur les réformes en Ukraine qui aura lieu à Toronto du 2 au 4 juillet.

Marché américain

Devant les travailleurs de l’aluminium saguenéens, Mme Freeland s’est félicitée que l’industrie métallurgique regagne un accès sans contraintes au marché américain, même si elle ne pouvait écarter l’imposition de nouveaux tarifs dans le futur.

«Beaucoup d’autres pays dans le monde doivent payer ces tarifs pour faire des exportations aux États-Unis. Toujours comme partenaire commercial le plus important pour les États-Unis, le Canada a un accès privilégié au marché américain.» Stéphane Bouchard, La Presse canadienne

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LES TENSIONS AVEC LA CHINE INQUIÈTENT

Le vent de la tempête souffle fort en provenance de la Chine, alors que les producteurs de canola, dont certains du Saguenay–Lac-Saint-Jean, craignent l’avenir, sans parler de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui tire des revenus névralgiques de son association avec des établissements d’enseignement chinois avec quatre programmes d’enseignement répartis sur le territoire.

Avant d’aborder la crise, la ministre Chrystia Freeland a tenu à réitérer tout l’appui du gouvernement fédéral aux deux ressortissants canadiens mis en état d’arrestation par le gouvernement chinois après l’arrestation de la fille de l’un des fondateurs de la multinationale Huawei.

La ministre des Affaires étrangères a assuré être consciente des répercussions économiques de cette situation. Elle est toutefois demeurée prudente puisque les litiges commerciaux avec les pays autres que les États-Unis relèvent d’un autre ministère.

Le père de Chrystia Freeland, originaire de l’Alberta, est lui-même un producteur de canola.

Elle affirme que le Canada à un très long historique de relations avec la Chine. Le Canada, précise la ministre, a la réputation d’être un pays patient dans ce genre de situation. Elle fait sienne une déclaration du premier ministre Justin Trudeau à la sortie d’une réunion du cabinet: «Nous ne participerons pas à l’escalade, mais nous ne reculerons pas.»

Relations «glaciales»

L’ambassadeur de la Chine au Canada affirme, dans un discours publié jeudi, que les relations bilatérales entre les deux pays sont maintenant «à leur plus bas» depuis l’établissement des relations diplomatiques il y a de cela plusieurs décennies.

Lu Shaye a déclaré qu’il était attristé de constater que les relations entre le Canada et la Chine sont «glaciales». «Pour des raisons évidentes, les relations sino-canadiennes actuelles font face à de sérieuses difficultés et sont à leur plus bas depuis que les deux pays ont établi des relations diplomatiques», mentionne une copie du discours de M. Lu.

Il exhorte le Canada à considérer le développement de la Chine d’une manière «juste et objective» et à respecter ses préoccupations. Avec La Presse canadienne