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Une lettre qui aurait été lancée dans une bouteille à la mer par une passagère du Titanic, Mathilde Lefebvre, fait actuellement l’objet d’analyses très sérieuses de la part de chercheurs de l’UQAR.
Une lettre qui aurait été lancée dans une bouteille à la mer par une passagère du Titanic, Mathilde Lefebvre, fait actuellement l’objet d’analyses très sérieuses de la part de chercheurs de l’UQAR.

Lettre du Titanic: un canular, croit un muséologue

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
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À la lecture d’un texte du Soleil de jeudi portant sur une bouteille contenant une lettre qui pourrait provenir du Titanic, le muséologue André Kirouac a eu une sensation de déjà-vu. 

Au début des années 2000, il avait reçu, pour analyse, une bouteille et un message trouvés au Nouveau-Brunswick. La lettre disait provenir du passager d’un navire en train de couler, torpillé par les Allemands en 1942. «C’était faux, mais tellement bien fait», se souvient l’ancien directeur du Musée naval de Québec en souriant.

À l’été 2003, le Musée naval de Québec avait présenté une exposition sur la bataille du Saint-Laurent au Musée de la Gaspésie à Gaspé. «Il y avait notamment beaucoup de détails sur les torpillages», décrit l’homme qui a oeuvré au Musée naval de Québec de 1997 à 2021. 

Un an ou deux plus tard, André Kirouac a reçu un appel de la mairie de Lamèque, l’informant qu’une bouteille avait été trouvée sur la plage, dont le goulot avait été cassé afin de récupérer le message qui y gisait.

«On trouvait que c’était un merveilleux hasard que ça arrive un an ou deux après la présentation de notre exposition», lance-t-il. Pour lui, la composition du message ressemblait à celle de la lettre qui dit provenir du Titanic et qui est actuellement étudiée par des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

«C’était un marin qui s’appelait Joseph Gagné et qui disait que son bateau venait d’être torpillé sur le fleuve Saint-Laurent, le 20 juillet 1942, raconte M. Kirouac. Il disait que si quelqu’un trouvait sa lettre, de prévenir sa famille à Lévis.» Cette date correspond au torpillage du Frederika Lensen.

«Ce bateau-là était une vedette de notre exposition. Il donnait beaucoup de détails de l’endroit où il était et où le bateau coulait. Il disait qu’il lançait une bouteille à la mer et que si quelqu’un la trouvait, de contacter ses parents qui demeuraient à Lévis, si mes souvenirs sont bons.» Selon lui, les gens de Lamèque étaient persuadés que c’était vrai.

Un an de recherche

L’équipe du Musée naval a communiqué avec le bureau des anciens combattants de la marine marchande à l’Île-du-Prince-Édouard.

«Il y avait plein de Joseph Gagné qui s’étaient enrôlés dans la marine marchande pendant la guerre, se rappelle le nouveau retraité du Musée naval de Québec. Mais, on ne pouvait pas vraiment retracer les navires. Du point de vue historique, ça se tenait.»

Le muséologue André Kirouac croit que la lettre provenant prétendument du Titanic est un canular.

C’est en analysant la calligraphie que des doutes ont émergé.

«On trouvait qu’un jeune marin à bord d’un bateau de cette époque écrivait drôlement bien. L’âge n’y était pas, mais sur les bateaux de marine marchande, on estimait qu’il avait 16 ou 17 ans.»

André Kirouac suggère aux chercheurs de l’UQAR de comparer l’écriture du message portant la signature de Joseph Gagné à celle de la lettre qui aurait pu être composée par Mathilde Lefebvre, provenant supposément du Titanic et également découverte sur une plage du Nouveau-Brunswick.

«On a apporté le papier au Centre de conservation du Québec qui a analysé qu’il pouvait être de l’époque, poursuit M. Kirouac. Le papier avait été arraché d’un carnet. En raison des microperforations sur la feuille, le Centre de conservation a émis un doute. «Pour eux, c’était assez incertain que ce soit vrai», relate le muséologue.

Réponse venue de la bouteille

L’équipe du Musée naval est allée remettre la bouteille à un spécialiste de la cave de garde de la Société des alcools du Québec à Montréal, qui possède une expertise sur les types de bouteilles depuis les années 1800, de l’avis de M. Kirouac.

«Le monsieur a regardé la bouteille et il nous a confirmé que c’était une bouteille de l’année d’avant, indique le muséologue. La réponse n’est pas venue du verre en tant que tel, mais elle est venue du fond de la bouteille. C’est ça qui avait conclu la recherche.»

Par conséquent, après «des recherches amusantes» et la rédaction d’un volumineux rapport, le Musée naval en était venu à la conclusion qu’il s’agissait d’un canular.

Pour expliquer l’histoire, André Kirouac croit que la meilleure piste se trouve probablement du côté d’un ou de touristes qui avaient visité l’exposition alors qu’ils étaient en vacances en Gaspésie et qui ont envoyé une bouteille à la mer. 

«On avait étudié les courants marins. En l’envoyant du côté de la baie des Chaleurs, les courants font que l’objet va être amené du côté du Nouveau-Brunswick. Donc, c’était très logique qu’une bouteille lancée à la mer le long des côtes gaspésiennes aboutisse à Lamèque. Il y a peut-être des gens qui partent en vacances l’été et que leur plaisir annuel, c’est d’envoyer une bouteille à la mer! Ça ne me surprendrait pas que l’un de ces jours, on retrouve, sur une plage du Nouveau-Brunswick ou de la Nouvelle-Écosse, une bouteille lancée par un passager de l’Empress of Ireland! Il y a tellement d’information sur l’Empress of Ireland.»