Environ 200 retraités des six quotidiens du Groupe Capitales Médias ont manifesté devant les bureaux montréalais de Power Corporation, mercredi.

Les retraités de GCM manifestent au siège de Power Corporation

Quelque 200 retraités en colère des six quotidiens de Groupe Capitales Médias se sont présentés devant les bureaux montréalais de la multinationale Power Corporation, mercredi, pour réclamer que celle-ci assume sa «responsabilité morale» face à ses ex-employés.

La récente déroute financière du groupe de presse, dont le bilan était lourdement grevé par une caisse de retraite déficitaire, se traduira par une liquidation du régime des quelque 950 ex-employés, ainsi que des 350 employés actifs, qui verront conséquemment leurs rentes réduites d’environ 30 % à compter du 1er janvier prochain.

«Zéro sens moral», «Les orphelins de Power floués et abandonnés», «Merci Power pour le beau compte de Noël», «Et si on coupait 30 % de votre salaire?», «Power abandonne les régions», pouvait-on lire, entre autres, sur les pancartes des manifestants.

«C’est une compagnie qui est considérée comme l’une des plus généreuses au Canada, Power Corporation, mais on ne comprend pas qu’ils ne le soient pas un petit peu pour leurs ex-employés. On leur demande de reconsidérer leur refus du mois de novembre de garantir nos fonds de pension et de faire en sorte que tout le monde puisse passer un bon Noël», a déclaré le porte-parole de l’Association des retraités du Soleil, Pierre Pelchat, en mêlée de presse.

Un lourd passif

Gesca, une filiale de Power Corporation, avait vendu les six quotidiens — Le Soleil de Québec, La Tribune de Sherbrooke, La Voix de l’Est de Granby, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d’Ottawa et Le Quotidien de Saguenay — à l’avocat et ex-ministre Martin Cauchon en 2015. Le passif du régime de retraite, estimé autour de 60 millions $, était inclus dans la transaction.

«Power a vendu ses journaux régionaux à Martin Cauchon en 2015. On se questionne sur les modalités de cette transaction. On a l’impression qu’ils se sont délestés de leurs responsabilités et que M. Cauchon n’avait peut-être pas les moyens de se lancer dans cette aventure et c’est nous les grands perdants», a pour sa part avancé Jeannot Bernier, président de l’Association des retraités de La Tribune.

Puis, il y a un peu plus d’un an, Gesca se départait de La Presse, devenue depuis lors un organisme à but non lucratif. Toutefois, Power Corporation a conservé la gestion du fonds de retraite des employés de La Presse, une décision que leurs collègues de GCM voudraient voir étendue à leur propre situation.

«On a l’impression qu’il y a deux poids, deux mesures, a fait valoir Pierre Pelchat. On est bien contents pour nos collègues de La Presse, mais on ne comprend pas pourquoi on n’applique pas le même traitement aux journalistes et aux autres ex-employés des six journaux de Groupe Capitales Médias dont ils ont été propriétaires pendant une cinquantaine d’années dans certains cas.»

«Aucune obligation légale»

Rejoint par La Presse canadienne, le vice-président de Power Corporation, Stéphane Lemay a qualifié de «malheureuse» la situation des retraités de GCM. Il a toutefois précisé que «même avant la transaction de 2015, Power Corporation n’a jamais eu aucune obligation légale eu égard à ces régimes de retraite» et que depuis la vente de 2015 «aucune société du groupe de Power Corporation n’a été impliquée dans la gestion des journaux régionaux».

Les employés et syndicats des six quotidiens sont dans le processus d’acquérir les actifs sous forme de coopératives regroupées, mais ni eux ni n’importe quel autre repreneur éventuel n’aurait accepté de prendre le passif des caisses de retraite à leur compte et les retraités en sont fort conscients.

«Les repreneurs n’ont pas d’obligation, reconnaît Jeannot Bernier. On avait peu d’espoir qu’un repreneur se pointe en disant qu’il allait reprendre à son compte la responsabilité des fonds de pension.»

«La coopérative a eu beaucoup de difficulté à ramasser son financement. On comprend que le reste de l’argent, ils ne voulaient pas le mettre dans le fonds de pension. Ils ont des préoccupations plus urgentes, soit de sauver leurs journaux et, en même temps, on a toujours appuyé les coopératives et je pense que les autres syndicats aussi, mais on comprend qu’il y avait des risques financiers énormes et qu’ils ne pouvaient pas garantir les fonds de pension», ajoute Pierre Pelchat.