En forçant la mise en faillite de Groupe Capitales Médias, propriétaire notamment du Soleil et du Nouvelliste, le gouvernement s’assure que le repreneur n’aura pas la responsabilité du régime de retraite fortement déficitaire, déplore l’association des retraités.

Les retraités de GCM accusent le gouvernement de les avoir abandonnés

Les retraités des quotidiens Le Soleil et Le Nouvelliste accusent le gouvernement Legault de les avoir abandonnés.

En forçant la mise en faillite de Groupe Capitales Médias (GCM), propriétaire de ces journaux, le gouvernement s’assure que le repreneur n’aura pas la responsabilité du régime de retraite fortement déficitaire, déplore l’association des retraités dans une lettre ouverte transmise à La Presse canadienne vendredi.

Donc, à moins d’un revirement, au 1er janvier prochain, les prestations des centaines de retraités de GCM seront réduites abruptement de près du tiers, soutient-on.

Rappelons que Québec est le créancier principal de GCM, en raison d’une aide financière de 10 millions $ versée en 2017. Le groupe s’est mis sous la protection de la Loi sur la faillite en août dernier.

Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a toujours assuré qu’il voulait, par la mise en faillite, préserver les emplois et les journaux avec l’aide d’un repreneur. Or les retraités soutiennent avoir ainsi été sacrifiés.

«En provoquant la faillite de GCM, le gouvernement caquiste a signé l’arrêt de mort des régimes de retraite, écrit le président de l’Association des retraités syndiqués du journal Le Soleil, Robert Fleury. Il était tout à fait prévisible qu’aucun repreneur ne voudrait garantir ces régimes à moins d’y être obligé.»

En 2015, le déficit de la caisse de retraite des journaux de GCM était de 52 millions $. Les retraités reprochent aussi à l’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard d’être en partie responsable de la situation actuelle.

Ils accusent les libéraux d’avoir autorisé la vente des journaux par Power Corporation à Martin Cauchon, en sachant qu’il n’avait pas les avoirs suffisants pour combler le déficit de la caisse de retraite.

Selon les retraités, le stratagème était légal, mais il était «inacceptable et immoral».

L’association soutient qu’il n’est pas trop tard pour corriger la situation. Elle demande à Québec de surseoir à la terminaison des régimes de retraite afin de dégager une solution moins coûteuse pour les retraités et les employés.

«Jusqu’à maintenant, les retraités [...] ont été considérés comme des moins que rien. C’est totalement inacceptable et méprisant. Il est plus que temps de mettre un terme à cette attitude», conclut M. Fleury.

GCM comprend six journaux, Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien, Le Droit et La Voix de l’Est. Le groupe a reçu un prêt d’urgence de 5 millions $ du gouvernement Legault à la fin d’août. Quatre repreneurs potentiels se seraient manifestés.

GCM est un client de La Presse canadienne.

L’entreprise réagit

Par ailleurs, l’entreprise a tenu à faire des «précisions importantes» à la suite de la sortie publique des retraités.

Dans un communiqué, le président exécutif intérimaire de GCM, Stéphane Lavallée, rappelle que l’entreprise n’est pas en faillite et que les activités des six quotidiens se poursuivent.

Il ajoute que «la terminaison des régimes de retraite est malheureusement une option à envisager dans le cadre de la transition».

«C’est pourquoi, dès la mise sous protection de l’entreprise, de nombreuses démarches ont été effectuées conjointement par GCM, les actuaires des centrales syndicales et d’autres intervenants spécialisés en la matière. Des représentants des employés actifs et des groupes de retraités ont été réunis à plusieurs reprises dans le but d’explorer toutes les pistes de solutions possibles et d’éviter la terminaison des régimes ou de diminuer les impacts d’une terminaison, le cas échéant», écrit-il. Avec Le Soleil