Les proches du motoneigiste Julien Benoit lui rendent hommage

Deux jours après l’annonce du décès de Julien Benoit, dans la tragédie du lac Saint-Jean au Québec, sa famille et ses amis ont dressé le portrait d’un jeune homme positif et attachant.

Collaboration spéciale

Anne Muller

Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA.fr)

« Julien était un sacré coquin ! Il a fait un premier cadeau à sa naissance, c’était la veille de la fête des Mères. Et en partant, il a fait un cadeau à Marie. Il a laissé à tout le monde une partie de lui », résume dans un sourire son papa. Son fils Julien Benoit est né le 1er juin 1985 à Sélestat, et son bébé est prévu pour le prochain mois de juin.

Mardi soir, sur les hauteurs de Sainte-Croix-aux-Mines, un petit comité s’est réuni dans le salon familial de Berbuche, avec les parents, Pierre-Paul et Béatrice, sa compagne enceinte Marie, et ses amis proches. Parmi eux Bruno, un des trois rescapés de l’accident au Québec le 21 janvier dernier, mais il est là pour raconter les bons moments, pas le drame. « Une enquête est encore en cours. » Et il y a encore deux jeunes hommes portés disparus, le Sainte-Marien de 24 ans, Jean-René Dumoulin, et le Vosgien de 25 ans, Arnaud Antoine.

Sur les téléphones portables et une tablette, les photos de Julien défilent. On s’arrête sur l’une ou l’autre, les anecdotes affleurent et éblouissent les visages. Autour de la table ronde, la tristesse s’envole par bribe, les sourires se dessinent sur les lèvres, les souvenirs sont si présents et si agréables… On  rit même à l’évocation de son institutrice du village, Jeanine Jeanclaude qui disait de lui, « Julien, il fait juste ce qu’il faut ! » Pas trop ni trop peu. Il descendait à pied de Berbuche, le lieudit qui surplombe le village à quelque 500m d’altitude, pour rejoindre l’école, prenant le raccourci qui va directement en bas, plus rapide qu’une voiture…

Après le collège à Sainte-Marie-aux-Mines, Julien fréquente le lycée Le Corbusier à Illkirch-Graffenstaden pour décrocher le bac puis un BTS STI génie civil, et être embauché dans la foulée par son unique employeur, les Transports & Travaux Publics Schmitt de Saint-Hippolyte.

Sportif, le jeune homme l’était indéniablement. Dès l’âge de 5 ans, il prend sa première licence de foot, et s’engage dans différents clubs : Sainte-Croix-aux-Mines, où il était capitaine, Lièpvre, Sélestat, et enfin Sermersheim. Dans le milieu, il est surnommé « La Masse » tout simplement parce qu’il était un solide arrière… Il tâte aussi un peu du basket, pendant deux ans, à son adolescence.

La moto lui vient à peine plus tard, une mini vers 6/7 ans, puis la puissance va crescendo jusqu’à son dernier bolide, une KTM 450 EXC. Pas question de manger du bitume, lui, ce qu’il préfère c’est aller sur les chemins en forêt, à moto-cross. Pas de compétition non plus, juste le plaisir de rouler.

Et puis il y a eu ce trek, trois semaines en août 2017, en Inde du Nord, avec quatre copains du village : Rolande, Valentine (sa cousine), Stéphan et Yves. Ce dernier précise : «c’était sa première aventure, il avait une petite appréhension, mais il s’est très vite adapté, on est monté à 5600m d’altitude quand même… Et puis il a trouvé les paysages jolis… »  À tel point qu’il décide, l’année suivante, de repartir en Himalaya, mais à moto cette fois, et d’embarquer Bruno avec lui au Ladakh. « On a fait huit cols à plus de 4000m, raconte le sexagénaire. On a fait la route carrossable la plus haute du monde. »

« Julien m’a appris à skier au Lac Blanc, il lui fallait sa dose de sport », s’exclame Dorlène, 23 ans, qui avait joué l’entremetteuse. Cela faisait deux ans que Julien formait un couple avec Marie Bormann, 23 ans, cuisinière de métier. La jeune femme enceinte évoque son compagnon avec émotion. « C’était un très bon vivant, toujours souriant, de bonne humeur, festif, le cœur sur la main, toujours là pour tout le monde. » Alicia témoigne du sérieux coup de main qu’il a donné pour rénover la ferme de Maxime, son meilleur ami, au Petit Rombach. « Il était comme son frère.»

« Il était content d’annoncer qu’il allait être père, juste avant les Fêtes », témoigne sa maman Béatrice. Marie et Julien prévoyaient de s’unir au retour du Québec, d’acheter une maison et de choyer leur futur enfant, dont il ne voulait pas connaître le sexe par avance. « Julien adorait les enfants, et les enfants l’adoraient. » D’ailleurs il était parrain deux fois : de Mathis, 4 ans, et d’Alice, 11 ans.

S’il aimait danser ? « Oui, à sa manière : il n’avait pas trop le rythme dans la peau, s’exclame Alicia, un brin moqueuse. Il aimait se déguiser, et pas seulement pour le carnaval de Lièpvre ! » Photos à l’appui, on le voit faire la grimace… « Il avait toujours un truc pour faire rire tout le monde, c’est lui qui faisait le clown ! »

La motoneige, c’est la première fois qu’il en pratiquait. Avec le groupe de huit copains, ils avaient décidé de partir une semaine au Québec. Surnommé « Le grand » en raison de sa taille, Bruno, qui a déjà fait plusieurs périples à motoneiges, témoigne. « Julien m’a dit : je t’ai emmené en Himalaya, tu m’emmènes au Canada ! » Ils avaient programmé un circuit à motoneige, avec un parcours quotidien, et quelque 1500km au total, entre le lundi et le samedi.

Marie a encore eu « Juju » au téléphone lundi soir. « Il était super content, il s’éclatait sur la motoneige, et il m’a parlé des beaux paysages, et j’ai encore eu un dernier message, le mardi matin.» Son regard s’assombrit, les parents reprennent la parole, pour remercier des nombreuses marques de sympathie qu’ils reçoivent, du soutien du maire, de la municipalité, et aussi pour l’efficacité des secours canadiens. Avec eux, ils avaient un contact quotidien pour un compte-rendu de la journée de recherches, vers 1h du matin, heure française.

Dehors, le vent et la pluie balaient la montagne, personne n’a envie de sortir. Maman Béatrice s’active, sert des bières à la tablée, accompagnées d’un pâté en croûte, d’un kougelhopf salé et d’une quiche lorraine maison, tout juste sortie du four. « C’est comme ça que je tiens. »