Des amateurs de cannabis se sont rassemblés au parc Trinity Bellwoods à Toronto, mercredi, pour célébrer la légalisation en fumant un joint. Les gens de Québec ne pourront toutefois pas faire de même sur les plaines d’Abraham et d’autres territoires de juridiction fédérale dans la capitale.

Les plaines d'Abraham bannissent le cannabis

Fumer ou ne pas fumer, là est la question. La Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) a jugé «pertinent» mercredi de «clarifier certains points quant à sa position sur la consommation de cannabis sur son territoire», sans quoi elle paraissait confuse. D’autres organismes installés en territoire fédéral, comme le Port de Québec et l’aéroport Jean-Lesage, ont tranché net pour l’interdiction.

«Il n’est pas permis de consommer du cannabis sur le territoire de la CCBN comme le stipule le règlement interne», indique la CCBN dans un avis transmis aux médias peu avant midi, deux heures après le début de la vente de cannabis par la Société québécoise du cannabis. 

La CCBN précise qu’elle est actuellement en discussion avec la Ville de Québec «afin d’harmoniser l’application du Règlement sur la paix et le bon ordre de la Ville de Québec sur le territoire de la CCBN».

Pour rappel, la Ville de Québec interdit la consommation de cannabis dans tous les lieux publics, faisant fi des recommandations de la Direction de santé publique.

Mardi, Radio-Canada rapportait qu’il serait possible de consommer du cannabis sur les plaines d’Abraham. «À l’heure actuelle, rien dans notre réglementation n’interdit formellement le cannabis», admettait Nathalie Allaire, porte-parole de la CCBN. «Des discussions sont en cours. La modification de notre réglementation est envisagée, mais ça ne se fait pas en criant ciseau», ajoutait-elle.

Il semble donc que la réglementation de la CCBN ait finalement pu être rapidement modifiée afin d’inclure la consommation de cannabis dans la liste des interdictions. Il n’a pas été possible de savoir si l’interdiction de consommer du cannabis vaut aussi pour le parc des Braves et l’avenue du même nom, qui sont aussi sous la responsabilité de la CCBN. Nos demandes d’entrevue avec la porte-parole de la CCBN sont restées sans réponses, mercredi.

À croire que la légalisation a été décrétée il y a une semaine, le Lieu historique national Cartier-Brébeuf à Limoilou, qui est sous la même administration que la terrasse Dufferin et les fortifications, ne pouvait dire, mercredi, s’il était possible ou non de consommer sur ses sites. Nous n’avions toujours reçu aucun retour à notre demande en début de soirée. 

Au final, Le Soleil a appris, en consultant la documentation, que l’usage du cannabis y était interdit puisque la réglementation des lieux historique est assujettie aux règlements municipaux.

Au Port de Québec, la réponse était claire. «C’est déjà interdit de consommer des drogues ou de l’alcool sur notre territoire. Mais nous ne ferons pas de chasse aux sorcières», lance la porte-parole Marie-Andrée Blanchet. Même son de cloche à l’aéroport de Québec qui interdit toute consommation sur son territoire. 

Le flou qui persiste est le pouvoir de la police de Québec à remettre un constat d’infraction à un contrevenant. Dans le cas de l’aéroport, la porte-parole, Laurianne Lapierre, souligne que la politique est de sensibiliser les gens qui seraient pris sur le fait en leur demandant de cesser de consommer. L’appel à la police se fait seulement si un contrevenant refusait de collaborer ou devenait turbulent. 

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SAINT-AUGUSTIN-DE-DESMAURES SUIVRA LA TENDANCE

La consommation de cannabis est encore permise dans les lieux publics à Saint-Augustin-de-Desmaures. Mais pour un temps limité. À l’instar d’une majorité de villes au Québec, la municipalité en interdira l’usage.

Le maire Sylvain Juneau ne voyait pas l’urgence de réglementer. «Il n’y a pas d’inquiétude. Je n’ai pas vu de drames dans la rue», blaguait-il, mercredi, au sujet de la première journée de légalisation. 

N’empêche, son conseil municipal interdira l’usage du cannabis dans les lieux publics. «On s’arrime sur la Ville de Québec. On attendait de voir ce qu’elle allait décider. Comme la police œuvre sur tout le territoire de l’agglomération, ça va être beaucoup plus simple comme ça à gérer», explique-t-il. L’Ancienne-Lorette a aussi opté pour une interdiction totale.

L’avis de motion devrait être déposé à la prochaine séance du conseil début novembre. Le règlement devrait entrer en vigueur lors de son adoption deux semaines plus tard.

Comme la majorité des administrations municipales, le maire Juneau préfère une réglementation plus stricte au départ quitte à l’assouplir. «On va s’adapter au fur et à mesure. Il y a un comité de suivi qui a été formé à la Ville de Québec. On va voir les recommandations qui seront émises.»

Patrick Lemieux, conseiller aux communications pour l’Union des municipalités du Québec (UMQ), confirme que la tendance est à l’interdiction totale. «La majorité des municipalités semblent préférer cette option.»

L’UMQ compte 360 membres, représentant 85 % de la population. Comme Saint-Augustin, encore plusieurs n’ont pas adopté leur réglementation.  Jean-François Néron