Le tout premier roman de Pier Courville, <em>Petits géants</em>, déconstruit un à un les tabous qui entourent la prématurité et pose des questions sur la maternité en générale.
Le tout premier roman de Pier Courville, <em>Petits géants</em>, déconstruit un à un les tabous qui entourent la prématurité et pose des questions sur la maternité en générale.

Les Petits géants de 930 et 635 grammes

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Ils sont nés à 26 semaines. Ils sont de grands prématurés. Pendant 109 jours, nous suivons le développement de leur cœur, de leurs os et de leur chair qui ne sont dorénavant plus protégés par l’utérus. Le tout premier roman de Pier Courville déconstruit un à un les tabous qui entourent la prématurité et pose des questions sur la maternité en générale. Sans jugement ni diagnostic précis.

«C’est cliché à répondre parce qu’on dit souvent que les congés de maternité nous donnent du temps pour écrire, mais c’est un peu ça», admet d’emblée l’autrice. D’origine franco-ontarienne, montréalaise depuis maintenant 35 ans, Pier Courville est tout d’abord traductrice. Quand ses clients la désertent, en raison de son indisponibilité due à son congé, elle décide de plonger dans la rédaction de Petits géants. Une fois les jumeaux à la garderie, la nouvelle romancière a tout son temps pour coucher sur papier son histoire.

«Je ne pense pas que j’aurais eu envie d’écrire sur la maternité si quelque chose d’aussi tragique ne nous était pas arrivé. Je savais que j’allais commencer à oublier, pareil comme on oublie les douleurs de l’accouchement ou les douleurs qu’on vit en général. Mais je ne voulais pas oublier», confie-t-elle. 

Pier Courville livre à son public un roman très intime, voire «autobiographique». Parce qu’à quelques détails près, le récit de Noam et Lou, ces deux petits jumeaux nés avant la fin de leur développement fœtal, c’est l’histoire de ses fils. Et la souffrance, la peur et l’amour qu’elle met en scène sont des sentiments qui lui appartiennent.

Cet ouvrage, qu’elle dédie d’ailleurs à ses fils, elle l’a écrit avant tout pour eux, pour leur raconter leur naissance, le récit de leur survie, comme un legs. Mais elle a aussi rédigé ces 378 pages pour partager son expérience.


« Je ne pense pas que j’aurais eu envie d’écrire sur la maternité si quelque chose d’aussi tragique ne nous était pas arrivé. Je savais que j’allais commencer à oublier, pareil comme on oublie les douleurs de l’accouchement ou les douleurs qu’on vit en général. Mais je ne voulais pas oublier »
Pier Courville

«Je trouvais important d’écrire cette histoire pour parler de ce qui arrive à ces bébés-là en milieu hospitalier. […] Je pense qu’il y a encore des tabous envers la souffrance en général. Qu’on parle de maladie mentale, de dépression, d’isolement, etc. La souffrance, une fois que c’est parti, on fait comme si tout était beau. Mais ça fait partie de la vie et ça laisse des traces chez tout le monde. Je pense qu’il faut en parler. Il ne faut pas la cacher», affirme-t-elle. 

Sans parler de critique, Petits géants dresse donc un «portrait réaliste» du milieu hospitalier qui peut être froid, voire cruel, mais qui, au bout du compte, sauve des vies. Devant les cicatrices, les respirations saccadées et la panoplie de tubes et de drogues à ingérer, l’écrivaine réfléchit au rôle d’un parent, au futur de ces petits êtres si fragiles et à ce droit de se demander si ces actes médicaux sont contre nature. 

«Ce sont des questionnements qui sont au présent dans le livre parce que, quand ce genre d’événements arrive, on se pose ces questions-là. Mais après, quand on retrouve nos enfants, on ne se les pose plus jamais, souligne-t-elle. Ce sont, malgré tout, des questions importantes parce que beaucoup de séquelles peuvent découler [de la prématurité], mais beaucoup de belles vies aussi.»

Si on sent bien ce que les personnages pensent – la mère qui éprouve beaucoup de cynisme alors que le père est un éternel optimiste, Pier Courville s’est assuré de ne pas poser de jugement sur la maternité et ses enjeux. Elle ouvre plutôt un dialogue humain, sensible, pour tous, peu importe notre sexe ou notre expérience avec les poupons. Elle se dit d’ailleurs particulièrement curieuse de voir la réception du livre auprès de la gent masculine.

L’amour avant toute chose

Pour pallier les moments lors desquels le cœur ralentit, lorsque la vie tangue, l’autrice a glissé dans son livre des doses d’amour à n’en plus finir, avec une prescription renouvelable quotidiennement. 

Parce que selon elle, c’est là que Petits géants trouve ses racines : «L’essence même du roman, c’est le discours qu’a la mère envers ses bébés. C’est l’histoire d’amour de parents envers leurs bébés. Je voulais surtout qu’il y ait beaucoup d’amour dans ce livre-là, malgré toute l’adversité dans laquelle ils baignent.»