Baraquements des Forces armées canadiennes à Trenton, en Ontario

Les infrastructures de la Défense canadienne minées par un sous-financement chronique 

OTTAWA - La maintenance de l’infrastructure de défense au Canada souffre d’un sous-financement chronique depuis des années, ce qui oblige les responsables à gratter les fonds de tiroirs et à faire des choix difficiles pour entretenir des pistes d’atterrissage, des jetées et des milliers de bâtiments vieillissants.

Le responsable chargé des infrastructures au ministère de la Défense affirme que des efforts sont en cours afin de mieux gérer le budget serré. Il doit par ailleurs veiller avant tout à la santé et la sécurité des militaires, et s’assurer que la formation et les opérations militaires ne sont pas perturbées par ce sous-financement.

«Nous n’acceptons aucun risque qui mettrait la santé et la sécurité en danger», a déclaré Rob Chambers, sous-ministre adjoint au groupe Infrastructure et environnement. «Nous nous adaptons donc constamment au fur et à mesure. C’est une discussion en cours en ce moment sur la façon d’aborder le budget total.»

Le sous-investissement chronique soulève néanmoins des questions au sujet de la détérioration continue de l’infrastructure de défense du Canada et des choix difficiles que les responsables doivent faire lorsqu’ils décident où investir les rares dollars pour l’entretien et la réparation des actifs.

Le ministère de la Défense possède le plus vaste portefeuille d’infrastructures de tous les ministères fédéraux, avec 20 000 bâtiments, 5500 kilomètres de routes et 3000 kilomètres d’égouts et de tuyaux pour l’eau et le chauffage. La majorité se trouve dans des bases militaires un peu partout au Canada.

Selon les normes de l’industrie, le ministère est censé investir chaque année dans l’entretien et la réparation 1,4 % de la valeur de remplacement du portefeuille des biens; cela représente environ 364 millions $, sur la base de la valeur de remplacement actuelle de 26 milliards $. Pourtant, les rapports et les chiffres du ministère de la Défense et du Vérificateur général montrent que cet objectif n’a pas été atteint depuis au moins 2010. En 2016-2017, il a atteint 1,31 %; l’an dernier, ce chiffre est tombé à 1,05 %.

«On fait ce qu’on peut»

Bien que les responsables de la Défense n’aient pas pu chiffrer le montant total des retards en matière de réparation et d’entretien en raison du sous-financement chronique au fil des ans, les données du ministère révèlent un déficit cumulé de 247 millions $ depuis 2015-2016 seulement.

Un audit interne publié en mai 2016 n’a examiné que les égouts, les routes et les systèmes électriques, de chauffage et d’eau potable des bases militaires, dont plus de la moitié avait plus de 50 ans: l’arriéré cumulé pour ces seuls secteurs était d’au moins 1,1 milliard $, jusqu’en 2018. L’audit a rappelé par ailleurs les risques de pannes d’électricité, de refoulements d’égouts et d’autres interruptions de service dans les bases militaires, qui pourraient menacer les opérations ainsi que la santé et le bien-être des personnes qui y vivent ou y travaillent.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, le sous-ministre Chambers a déclaré que les responsables comme lui «font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont», en accordant la priorité à la santé et à la sécurité des militaires, au respect des codes et normes du bâtiment et au soutien des opérations militaires.

«Parfois, on doit choisir entre le maintien d’une piste ou le maintien d’un immeuble», a-t-il déclaré. «Mais en général, on peut garder les avions en vol parce que nous sommes en mesure de faire ce genre d’ajustements.»

Le sous-ministre adjoint se console un peu avec les récents changements apportés au ministère de la Défense et dans les Forces armées, notamment la décision prise en 2016 de centraliser la gestion de toutes les infrastructures militaires au sein de son bureau. Cette centralisation offre une flexibilité bien nécessaire pour décider où dépenser les fonds réservés à la maintenance et la réparation, a déclaré M. Chambers - une flexibilité qui n’existait pas lorsque la gestion des infrastructures était répartie entre les différents corps d’armée.

Pourtant, quatre ans plus tard, cet effort de centralisation n’est pas encore terminé; le personnel du sous-ministre adjoint recueille toujours des informations sur les 20 000 bâtiments et autres infrastructures, y compris leur état actuel. Les responsables ont d’ailleurs déclaré que c’est la raison pour laquelle ils ne pouvaient chiffrer le coût total de l’arriéré de maintenance.