Les travaux archéologiques sur le site du presbytère de L’Ancienne-Lorette ont eu lieu pendant l’été 2018.

Les Hurons-Wendats, chasseurs et... fabricants de pipes?

Des fabricants de pipes? Des agriculteurs qui passaient des mois à la chasse? Et qui pour des raisons obscures auraient plus ou moins «boudé» le poisson? Le chantier archéologique majeur qui s’est tenu l’été dernier à l’endroit où se trouve maintenant le nouveau centre communautaire de L’Ancienne-Lorette a éclairé une partie fort méconnue de l’histoire des Hurons-Wendat de la région, mais il a aussi soulevé son lot de questions, a-t-on appris jeudi lors du congrès conjoint de l’Association des archéologues du Québec et de l’Association canadienne d’archéologie.

«Il y a eu d’autres missions [villages amérindiens établis par des missionnaires catholiques] qui ont été l’objet de fouilles archéologiques dans le passé, mais ce n’était rien de majeur et c’était sur des sites qui avaient été assez perturbés. Le site de la mission de L’Ancienne-Lorette est unique par son intégrité», indique Stéphane Noël, qui est maintenant archéologue pour la Ville de Québec mais qui a dirigé les fouilles sur le site huron, l’été dernier, à titre de chargé de projet pour la coopérative d’archéologie GAIA. M. Noël et quelques autres de ses collègues ont présenté ce qu’il décrit comme les «résultats préliminaires» de ce chantier.

Les Hurons sont originaires de la région de la baie Georgienne*, en Ontario, mais après avoir été défaits par les Iroquois en 1650, une partie d’entre eux est venue trouver refuge à Québec (ils étaient alliés des Français). Or ce n’est qu’un demi-siècle plus tard, en 1697, qu’ils s’établiront pour de bon dans ce qui est maintenant Wendake. Ce qui s’est passé entre les deux n’est pas bien connu. On sait, dit M. Noël, qu’ils ont vécu à l’île d’Orléans, mais qu’une nouvelle attaque iroquoise les a rapidement forcé à se rapprocher des fortifications de Québec jusqu’en 1668, après quoi ils se sont installés à Beauport un an, puis à Sainte-Foy jusqu’en 1673. Mais on n’a jamais trouvé l’emplacement de ces villages.

Par la suite, ils ont passé 24 ans à la mission jésuite de L’Ancienne-Lorette — et c’est cette période 1673-1697 que les fouilles de l’été 2018 viennent documenter. En tout, ces fouilles ont déterré pas moins de 106 000 artéfacts, mais la plupart n’avaient rien à voir avec les Hurons : le site a été occupé pendant 350 ans après leur départ. Mais quand même, dit M. Noël, les archéologues ont trouvé «quelques milliers» d’artéfacts clairement associés à la période huronne. «Le sol là-bas n’a pas été perturbé, il n’a pas été labouré, alors c’est très bien préservé», dit-il.

Quelques surprises

Ce qu’on a trouvé est dans l’ensemble typique du mode de vie des Hurons-Wendats de l’époque, mais avec quelques «écarts» intrigants. Ainsi, les analyses des restants de plantes ont révélé une prédominance du maïs, que les Hurons cultivaient depuis des siècles. En outre, leur arrivée à L’Ancienne-Lorette a coïncidé avec celle de nouvelles mauvaises herbes — signe qu’ils avaient défriché, ce qui a permis à des plantes adaptées aux milieux ouverts de pousser.

«Comme ils s’installaient là de manière permanente, dit M. Noël, je m’attendais à voir des signes qu’ils avaient développé des systèmes d’approvisionnement en viande plus stables que la chasse, parce qu’à la chasse, tu peux être chanceux ou non. Mais ils ne semblent pas l’avoir fait : le seul élevage qu’ils ont fait, c’est le porc.» Au contraire, les ossements d’animaux déterrés ont montré que la chasse a conservé une très grande place dans la vie des premiers Hurons de Québec.

Mais malgré cela, il semble que ceux-ci aient consommé assez peu de poisson (et surtout de l’anguille). C’est une trouvaille qui a semblé étonner d’autres chercheurs lors de la présentation, car les fouilles des sites hurons de l’Ontario produisent toujours une abondance d’os de poisson. On ignore pourquoi ceux de Québec auraient si peu exploité cette ressource.

Enfin, dernier signe distinctif, les archéologues ont trouvé plusieurs dizaines de pipes sur le site, ce qui est un nombre anormalement élevé. «Ça en fait une des plus grosses collections au Québec, dit M. Noël. On trouve souvent des pipes, mais c’est une ou deux par site, ce sont des pipes finies et ça reste isolé. Mais là, on en a trouvé beaucoup plus, et à toutes les étapes de la production : des ébauches, des pipes finies, des blocs pas encore travaillés. Donc on sait qu’ils en fabriquaient sur place. […] Comme presque tout le monde fumait à l’époque, il est très possible qu’ils en fabriquaient pour les vendre, pour les colons autour ou dans leurs réseaux d’échange.»

* Il existe une théorie voulant que les Hurons de Wendake soient les descendants des habitants de Stadaconné (aujourd’hui Québec), rencontrés par Jacques Cartier en 1534 et qui auraient par la suite migré en Ontario. C’est une thèse en vogue chez les leaders hurons-wendats, mais qui reste très controversée chez les historiens.