La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a annoncé dimanche que la province demanderait aux entreprises produisant plus de 10 000 barils de pétrole par jour de réduire leur production d’environ 8,7 %.

Les gagnants et perdants des baisses de production de pétrole en Alberta

CALGARY — Les réductions de la production de pétrole annoncées par le gouvernement de l’Alberta devraient produire le résultat souhaité, soit amoindrir les fortes réductions de prix imposées au pétrole brut de l’Ouest canadien. Mais elles pourraient aussi créer des gagnants et des perdants, préviennent des analystes financiers.

Les actions des sociétés les plus susceptibles de profiter de la décision de réduire la production de pétrole brut à partir du 1er janvier ont grimpé en flèche lundi, alors que l’écart des prix du pétrole s’amenuisait.

Entre-temps, les actions de la plupart des producteurs pétroliers qui bénéficiaient des baisses de prix ou en étaient isolés montraient peu de changements.

«Un certain nombre de producteurs vont porter la plus grande partie du fardeau de la réduction de 325 000 barils par jour imposée par le gouvernement de l’Alberta pour le pétrole brut et de bitume (notamment les producteurs de sables bitumineux)», a estimé la firme AltaCorp Capital, de Calgary.

«Mais la santé générale de la province profitera probablement de la décision à moyen terme, en raison de la réduction des écarts de prix et de la hausse des revenus de redevances.»

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a annoncé dimanche que la province demanderait aux entreprises produisant plus de 10 000 barils de pétrole par jour de réduire leur production d’environ 8,7 % (pour un total de 325 000 barils par jour) jusqu’à ce que les pipelines disposent de suffisamment de capacité d’expédition pour améliorer les prix, ce qui devrait prendre environ trois mois.

Après cela, la réduction sera abaissée à 95 000 barils par jour pour le restant de 2019.

Des 378 exploitants qui produisaient du pétrole en Alberta en octobre, seulement 25 en produisent plus de 10 000 barils par jour, a noté AltaCorp.

L’action de Cenovus Energy a progressé lundi de 12 % par rapport à vendredi, clôturant à 10,99 $, tandis que celle de Canadian Natural Resources a progressé de 9,55 % à 36,58 $.

Dimanche, Cenovus et Canadian Natural ont publié des déclarations de soutien à la décision de l’Alberta, tout comme le producteur chinois de sables bitumineux CNOOC-Nexen.

«Je pense que chaque fois que le gouvernement doit intervenir pour aider un marché, ce n’est jamais le moment de célébrer», a pour sa part affirmé lundi le chef de la direction de Cenovus, Alex Pourbaix, soulignant qu’il était plus «soulagé» que satisfait de la décision de l’Alberta. M. Pourbaix avait demandé à la province d’imposer des réductions de production le mois dernier.

Les principales sociétés intégrées de Calgary - celles qui produisent et raffinent le pétrole -, notamment Suncor Énergie, la Pétrolière Impériale et Husky Energy, ont indiqué dans leurs déclarations qu’elles restaient opposées aux réductions.

Le titre de Suncor a pris lundi 9 cents à 42,93 $, tandis que celui de l’Impériale a perdu 1,5 % à 38,09 $. Les actions de Husky ont gagné 2,2 % à 16,87 $.

Le chef de la direction de l’Impériale, Rich Kruger, a mis en garde contre le danger de «conséquences involontaires» des réductions de production, y compris pour la compétitivité et le commerce.

Husky a également évoqué d’éventuelles «conséquences négatives graves sur les investissements, l’économie et le commerce».

Mais Cenovus a consulté des experts sur la question du commerce et estime que les réductions sont justifiées, a souligné M. Pourbaix.

«Cela ne vise pas un pays», a-t-il déclaré. «Chaque pipeline allant aux États-Unis était plein avant cette décision et chaque pipeline restera plein après cette décision.»

L’écart entre le prix du pétrole brut bitumineux Western Canadian Select et le baril de référence américain, le West Texas Intermediate négocié à New York, a varié entre 19,75 $ US le baril et 22,25 $ US lundi. Il s’agit d’une amélioration par rapport au prix de règlement de 28,50 $ US publié vendredi par Net Energy.

Les réductions pour le pétrole synthétique valorisé sont passées de 18,50 $ US vendredi après-midi à 13,50 $ US le baril lundi après-midi et l’écart de prix du pétrole léger à Edmonton est passé de 23,00 $ US à 15,25 $ US.

Gagnants et perdants

Dans son rapport, AltaCorp a souligné que parmi ceux qui devraient profiter de la baisse de production se trouvait le gouvernement provincial, qui calcule que les redevances lui rapporteront 1,1 milliard $ de plus au cours de l’exercice 2019-2020. Les autres gagnants devraient comprendre les producteurs d’énergie de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan, qui bénéficieront de meilleurs prix sans avoir à réduire leur production; les producteurs de condensat, puisque l’huile légère ne fait pas partie de la réduction; et les jeunes producteurs d’énergie exemptés du programme.

Du côté des perdants devraient se trouver les producteurs intégrés, qui vont probablement payer davantage pour leurs matières premières de raffinage, et les entreprises qui avaient l’intention d’augmenter leur production au premier semestre de 2019, a ajouté le rapport.

Les sociétés de services pétroliers sont également dans la colonne des perdants, a observé GMP FirstEnergy dans une note, car les budgets de forage vont probablement diminuer au début de 2019.

Les entreprises qui réduisaient auparavant volontairement leur production auront droit à un crédit dans le cadre du plan albertain.

Selon des analystes, cela signifie que le marché est déjà à mi-chemin de l’objectif provincial. Ils estiment qu’entre 130 000 et 160 000 barils par jour ont déjà été retirés, principalement par Cenovus et Canadian Natural.

M. Pourbaix a pour sa part indiqué que Cenovus évaluait les réductions volontaires à environ 200 000 barils par jour, dont plus de 40 000 barils par jour rien que pour Cenovus.