Jean Grenier (cofondateur du club), Geneviève Fiset Grenier, Maurice Gagné (cofondateur), Daniel Bédard (président sortant), le médaillé olympique Gaétan Boucher, Noémie Fiset, Juliette Larochelle

Les 50 ans du club aux 15 Olympiens

Depuis sa fondation en 1969 qui a mené aux débuts de Gaétan Boucher aux Jeux d’Innsbruck en 1976, le Club de patinage de vitesse de Sainte-Foy aura formé 15 Olympiens. Treize d’entre eux s’étaient déplacés samedi pour célébrer le cinquantième anniversaire de ce club perçu comme l’un des meilleurs au monde au Pavillon Maurice-Pollack de l’Université Laval.

«C’est un travail de longue haleine. Nous avons débuté ça en septembre. Parmi nos Olympiens, seuls Isabelle Doucet (Nagano, 1998) et Nathalie Grenier (Sarajevo 1984 et Calgary 1988) n’ont pas pu être présentes ce soir», explique Daniel Bédard, président sortant du club.

Celui-ci estime d’ailleurs que la présence d’athlètes de talent dès le début est ce qui a permis au club d’obtenir tant de succès, au point d’envoyer 15 athlètes aux Olympiques durant une période où ont eu lieu 13 Jeux d’hiver.

«Gaétan est arrivé à 11 ans, en 1969, et en 1976 il était à Innsbruck. En 1980, il gagnait sa première médaille à Lake Placid et à Sarajevo en 1984, il en ramenait trois autres», résume M. Bédard.

Attirés par le hockey

La création du Club de Sainte-Foy, c’est l’affaire de l’entraîneur Maurice Gagné du Dr Jean Grenier. Le Dr Grenier se souvient encore d’avoir vu son fils Louis revenir de l’école avec un bout de papier faisant la promotion de cours de patinage gratuits...

«Louis jouait au hockey, mais ne patinait pas très bien, alors il se disait que l’entraîneur le ferait peut-être jouer davantage s’il améliorait son coup de patin. Il est donc allé faire un tour. Gaétan Boucher s’est fait prendre de la même manière!» se souvient le Dr Grenier.

C’est que M. Gagné ne visait en fait pas à former de meilleurs hockeyeurs, mais bien à développer un sport très peu pratiqué au Québec à l’époque. «J’ai approché les directeurs des loisirs des villes pour développer des clubs et, peu de temps après, on a vu le potentiel avec des gars comme Gaétan, Louis...», se souvient-il.

Pour le Dr Jean Grenier, qui n’était pas encore engagé dans le milieu sportif à cette époque, ça a été le début d’une grande aventure. «Ma vie, ça a été de relever des défis à raison de 20 heures par semaine pendant 50 ans. Et ça continue aujourd’hui, car je reviens du Japon où je présidais un comité de l’International Skating Union [ISU]», indique-t-il.

Grands combats

Le Dr Grenier a été de tous les combats, notamment celui qui a permis au patinage de vitesse sur courte piste d’accéder aux Jeux olympiques d’Albertville en 1992 comme épreuve officielle.

«Ça a pris 20 ans! Olaf Poulsen, qui était président de l’ISU, ne voulait rien savoir de la courte piste. Il comparait le sport à «du roller derby sur glace» et avait juré que jamais dans sa vie ce sport ne serait aux Olympiques!» se souvient le Dr Grenier.

«C’est le fait que l’épreuve ait été acceptée comme épreuve de démonstration aux Jeux de Calgary qui a ouvert grand la porte. Un journaliste du Times avait même écrit que la seule chose intéressante aux Jeux de Calgary était le patinage de vitesse sur courte piste!» se rappelle-t-il.

«Et maintenant, lance fièrement le médecin retraité, le Canada a remporté plus de médailles olympiques sur courte piste que dans tous les autres sports réunis!» poursuit-il.

Le Dr Grenier jure d’ailleurs que quelques années avant son décès en 2008, son ami Olaf Poulsen avait finalement «avoué» que le Club de Sainte-Foy, dont il prononçait toujours le nom à l’anglaise, était le meilleur au monde...

***

GAÉTAN BOUCHER PATINERAIT ENCORE S'IL HABITAIT QUÉBEC

Gaétan Boucher a revécu beaucoup de souvenirs samedi en participant aux festivités du cinquantième anniversaire du Club de patinage de vitesse de Sainte-Foy. Le quadruple médaillé olympique qui a remisé ses patins assure qu’il patinerait encore s’il habitait toujours Québec.

«Si ça me manque? Oui et non... J’habite à Rosemère et on n’a pas d’anneau de glace ici», indique celui qui est directeur général de l’aréna de sa municipalité, qui appartient à des intérêts privés.

La légende du patinage de vitesse sur longue piste a en effet délaissé un peu son sport depuis plusieurs années. Il n’y est plus associé que comme analyste lors de la diffusion des Jeux olympiques.

«Mais si j’habitais encore Québec, c’est sûr que je patinerais encore», poursuit celui qui fêtera son 61e anniversaire cette année. «J’aimerais ça être plus jeune aujourd’hui quand je vois les nouvelles installations qui s’en viennent», poursuit-il en parlant de l’anneau de glace couvert qui doit ouvrir ses portes en 2021.

«Aujourd’hui, la longue piste est un sport différent parce qu’il peut se pratiquer à l’intérieur. Nous, on patinait alors qu’il neigeait, qu’il pleuvait. J’ai même connu des vents de 40 km/h qui te poussaient dans le dos ou travaillaient contre toi de face en plus de souffler toutes sortes de choses sur la piste. C’était très déstabilisant», se remémore-t-il.

Boucher n’a que de bons mots pour les fondateurs du Club, Jean Grenier et Maurice Gagné, ainsi que pour tous les parents impliqués dans sa création il y a un demi-siècle.

«Pour qu’un club amateur fonctionne, ça prend de bons parents, de bons bénévoles et on avait ça. Maurice était un bon entraîneur et il a su développer une bonne chimie», poursuit-il.

Boucher se souvient que les clubs devaient trimer dur auprès des municipalités pour grappiller des heures de glace avec un sport qui commençait à peine à percer au Québec. «J’étudiais au Séminaire Saint-François et mon père Cyrénus partait de Québec tous les mercredis midis pour me chercher et m’amener à la patinoire», se souvient-il.

La compétition avec le Club de patinage de vitesse de Québec aurait aussi grandement contribué aux succès des Fidéens. «On courait constamment contre les meilleurs alors c’est comme ça qu’on pouvait s’améliorer. Je me souviens qu’à Sainte-Foy, il y en avait un autre de mon âge un peu meilleur que moi. J’ai travaillé fort et j’ai fini par le dépasser. Et il en arrivait un autre et c’était toujours comme ça. Il y en avait toujours un autre qui se pointait et qui m’aidait à devenir meilleur!» conclut-il.

***

Les Olympiens du Club de patinage de vitesse de Sainte-Foy

  • Gaétan Boucher, Innsbruck 1976, Lake Placid 1980, Sarajevo 1984, Calgary 1988
  • Natalie Grenier, Sarajevo 1984, Calgary 1988
  • Benoît Lamarche, Sarajevo 1984, Calgary 1988
  • Jean Pichette, Sarajevo 1984, Calgary 1988
  • Louis Grenier, Calgary 1988
  • Marcel Tremblay, Calgary 1988
  • Robert Tremblay, Calgary 1988
  • Marie-Pierre Lamarche, Calgary 1988
  • Sylvain Bouchard, Lillehammer 1994, Nagano 1998
  • Patrick Bouchard, Lillehammer 1995, Nagano 1998, Salt Lake City 2002
  • Sylvie Cantin, Nagano 1998
  • Isabelle Doucet, Nagano 1998
  • Éric Brisson, Salt Lake City 2002
  • François-Olivier Roberge, Turin 2006, Vancouver 2010
  • Alexandre Saint-Jean, PyeongChang 2018