Le lock-out à l’ABI était encore sur la sellette mardi à l’Assemblée nationale.

Legault évoque à nouveau le salaire des travailleurs d’ABI: «Beaucoup de Québécois aimeraient être à leur place»

BÉCANCOUR — Au lendemain du dépôt d’une plainte par les Métallos auprès de l’Organisation internationale du Travail à l’encontre du gouvernement du Québec, le premier ministre François Legault a évoqué à nouveau la rémunération des travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour tout en critiquant la position syndicale après 17 mois de lock-out.

Une sortie qui survenait le jour même où le président de la section locale 9700, Clément Masse, joignait sa voix à celle des représentants de l’industrie du taxi, à l’invitation de Québec solidaire, pour dénoncer le parti pris gouvernemental en faveur des multinationales, au détriment des travailleurs.

Déjà, en mêlée de presse, M. Legault affirmait ne pas regretter ses propos. «Je maintiens ce que j’ai dit. Ce que j’ai dit, c’est la vérité, c’est ce que je pense et je n’ai pas changé d’idée», a-t-il déclaré.

Par la suite, en chambre, le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, lui a demandé d’admettre son erreur politique de s’être mêlé du dossier. 

«Je l’ai dit à plusieurs reprises, le conflit chez ABI a duré depuis beaucoup trop longtemps. On a 1000 employés à un salaire de 90 000 dollars par année qui refusent l’offre de l’employeur. Pourtant, c’est le même employeur qui s’est entendu avec ses employés à Baie-Comeau. Je pense que les employés devraient considérer très sérieusement l’offre qui est là», a-t-il répondu tout en rappelant l’impact du conflit sur l’économie régionale.

«Quand on regarde les qualifications, ce qui est demandé aux travailleurs de l’aluminerie,
90 000 $, c’est un très bon salaire, et malheureusement, je pense, ça ne serait pas facile, pour plusieurs des employés, de trouver un emploi comparable avec un salaire comparable», renchérit le chef du gouvernement caquiste.

Le premier ministre du Québec, François Legault, ne regrette pas ses propos dans le dossier d’ABI.

Une déclaration qui a fait bondir Clément Masse. «C’est insultant ce qu’il a dit, il vient parler de l’instruction des gens par rapport aux salaires, un gars qui n’a jamais travaillé dans une usine. Ce n’est pas nos salaires qui sont trop hauts, mais c’est le salaire du reste de la population qui ne l’est pas assez. Des conditions dans lesquelles les travailleurs travaillent, je n’ai pas honte du tout de ça. C’est baveux d’entendre un premier ministre venir parler des qualifications par rapport aux salaires et de dire que le gars ne se trouvera pas une job ailleurs. C’est insultant pour nos travailleurs», a fait savoir le président syndical.

«C’est indécent. Tu vois que c’est une mentalité de boss, notre premier ministre. J’espère qu’un jour, les gens vont s’en rendre compte. Quand il s’est fait élire, il avait un beau discours qu’il allait être le premier ministre de tous les Québécois. Ça devait être de tous les Québécois incorporés», a-t-il ajouté.

Lors de la période des questions, Pierre Arcand lui a demandé s’il pouvait au moins rassurer les travailleurs d’ABI «à l’effet qu’il n’a pas été question de délocaliser les emplois» lors de sa rencontre avec le grand patron d’Alcoa à Washington.

«Je l’ai dit au syndicat, je suis inquiet de la position qui est prise par le Syndicat des Métallos. Actuellement, le prix de l’aluminium est relativement bas, que ça soit Alcoa ou d’autres entreprises qui ont des usines à beaucoup d’endroits dans le monde. Donc, pour moi, c’est très important que l’usine d’ABI rouvre ses portes», a rétorqué M. Legault.

Et en réponse à une question de la cheffe du deuxième groupe d’opposition, Manon Massé, il a rappelé qu’une offre était sur la table, à 90 000 dollars par année. «Il y a beaucoup de Québécois qui aimeraient être à la place des travailleurs d’ABI», soutient le premier ministre.

Par ailleurs, suite à une première rencontre entre des représentants de l’industrie du taxi et des lockoutés d’ABI, Ruba Ghazal et Alexandre Leduc, responsables pour Québec solidaire en matière de transports et de travail, appellent les travailleurs et travailleuses de la classe moyenne à former un vaste mouvement de solidarité afin de défendre leurs emplois et leurs conditions de travail, menacés par des multinationales qui profitent de la complaisance du gouvernement de la CAQ.

«Il faut combattre ça et démontrer de la solidarité, même si on n’est pas dans le même domaine. D’autres vont subir les mêmes choses que nous dans le futur. En prenant le parti de la multinationale Alcoa de façon répétée et en entretenant une interprétation erronée du dossier, le premier ministre a fait échouer les négociations et conforté la compagnie dans ses demandes de réduction des emplois et des conditions de travail», a dénoncé M. Masse.

Mardi, une vingtaine de lockoutés de l’ABI ont tenté de rencontrer le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, alors qu’il participait à une activité à l’Auberge Godefroy à Bécancour. D’ailleurs, un entretien était prévu, mais celui-ci fut annulé la veille, à la suite du dépôt de la plainte syndicale auprès de l’OIT contre le gouvernement caquiste.

«On s’est organisé pour lui envoyer un petit comité d’accueil. On voit que la plainte les dérange. C’est sûr qu’on surveille où sont les ministres, on aime bien ça aller leur dire bonjour», conclut M. Masse.