Des manifestants au Nathan Phillips Square, à Toronto

Le verdict de non-culpabilité d’un homme accusé d’avoir tué un Cri fait réagir

BATTLEFORD, Saskatchewan — Le procès d'un fermier Blanc de la Saskatchewan, qui a été acquitté vendredi soir après avoir accusé d'avoir abattu un jeune autochtone, a suscité l'émoi des Premières Nations de partout au pays et la sympathie du gouvernement fédéral.

Un jury de Battleford, en Saskatchewan, a délibéré pendant 13 heures avant de déclarer Gerald Stanley non coupable de meurtre non prémédité, relativement au décès de Colten Boushie, un résidant de la Première Nation de Red Pheasant.

Pendant que les Premières Nations ont décrié ce verdict, la ministre fédérale de la Justice Jody Wilson-Raybould et le premier ministre Justin Trudeau ont exprimé leur sympathie à la famille du jeune Cri et ont signifié leur intention «faire mieux» pour «assurer la justice à tous les Canadiens».

«Je ne vais pas commenter sur le processus qui nous a menés au point où nous en sommes aujourd'hui, mais je vais dire que nous en sommes là en tant que pays depuis beaucoup trop longtemps», a déclaré le premier ministre Trudeau en marge d'un événement à Los Angeles.

«Les Autochtones de partout au pays sont fâchés, ils ont le coeur brisé, et je sais que les Canadiens autochtones et non autochtones savent que nous devons faire mieux.»

Le chef néo-démocrate a lui aussi dénoncé le verdict. «Les jeunes autochtones, qui vivent déjà avec peu d'espoir pour leur avenir, se sont fait redire aujourd'hui que leurs vies sont moins importantes», a déclaré Jagmeet Singh sur Twitter.

Andrew Scheer, le chef conservateur, s'est montré plus réservé, soulignant l'importance de protéger l'indépendance du processus judiciaire.

«C'est approprié de montrer de l'inquiétude et du soutien pour la famille de la victime, mais je crois que c'est important que nous nous rappelions que les politiciens ne décident pas ce genre de choses», a-t-il déclaré devant les journalistes lors d'un événement à Halifax.

Sa collègue, la députée Lisa Raitt, a critiqué plus directement la réaction du gouvernement.

«Alors qu'ils [M. Trudeau et Mme Wilson-Raybould] critiquent tous les deux le résultat, je ne sais pas s'ils laissent entendre que la décision du jury était mauvaise. Si c'est le cas, il est interdit pour les jurés de s'expliquer», a-t-elle indiqué dans une série de micromessages.

«Personne, sauf les jurés, ne peut savoir ce qui s'est passé dans la salle de jury. Même un premier ministre n'a pas la capacité à discuter de cela avec eux.»

Alvin Baptiste (à gauche), l'oncle de Colten Boushie, et derrière lui, la mère de Colten, Debbie Baptiste, et son frère, Jace

Les Premières Nations outrées

Le chef de la Première Nation de Red Pheasant a qualifié le verdict «d'absolument pervers».

Clint Wuttunee a déclaré qu'un «jury complètement Blanc avait tordu la vérité» même si Colten Boushie avait été «tiré derrière la tête à bout portant». Il a ajouté que le verdict avait «anéanti l'esprit» des membres de sa communauté.

Perry Bellegarde, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, a exhorté le ministère de la Justice à se réformer pour, dit-il, s'attaquer au racisme systémique.

«Nous devons appeler les gouvernements à travailler avec nous et à élaborer un plan et une stratégie antiraciste», a-t-il déclaré lors d'un point de presse, samedi.

Alvin Baptiste, l'oncle de la jeune victime, a aussi plaidé pour que les choses changent.

«Quelque chose doit être fait là-dessus. Au gouvernement, à Justin Trudeau, nous vous demandons de rendre justice aux Autochtones», a-t-il déclaré.

Le nouveau premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, avait appelé les citoyens à réagir de façon «mesurée» au verdict, vendredi soir.

«Rappelons-nous notre responsabilité personnelle pour nos pensées, nos actions et nos commentaires - dont ceux sur les réseaux sociaux», a-t-il écrit sur Facebook.