Le «tyran de la Beauce» condamné à 23 ans de pénitencier

Le «tyran de la Beauce» est condamné à une peine de 23 ans de pénitencier pour plus d’une décennie de sévices physiques, psychologiques et sexuels sur ses neuf enfants, leur mère et trois jeunes filles du voisinage.

Pour sa «violence sans bornes», le père tortionnaire, aujourd’hui âgé de 64 ans, s’est vu imposer jeudi ce qui devient la peine la plus sévère du genre au Québec. Son châtiment dépasse celui du bourreau de Beaumont (22 ans) et de Jacques Vachon (18 ans).

Pour dénoncer à leur juste mesure les atrocités commises, le procureur de la Couronne, Me Nicolas Champoux, réclamait une peine de 23 ans de pénitencier. Le juge René de la Sablonnière de la Cour du Québec est arrivé au même constat.

De son côté, la défense évaluait à six ans la peine raisonnable pour l’accusé, détenu depuis quatre ans et demi.

En raison de la gravité du cas, le tribunal a accepté d’émettre une ordonnance pour que le tyran purge la moitié du reliquat de sa peine avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle. Il sera obligatoirement détenu durant huit ans et six mois.

Le tyran a aussi été déclaré délinquant à contrôler. À sa libération, il sera soumis à une surveillance des services correctionnels pour 10 ans. Il lui sera notamment interdit de communiquer avec toutes les victimes.

Durant de très longues et lourdes minutes, le juge René de la Sablonnière de la Cour du Québec, qui avait déclaré l’accusé coupable de 47 des 62 accusations, a évoqué les «gestes cruels et répétés» du tyran qui se sont perpétués durant 13 ans, à Beauceville et Saints-Anges principalement.

«Les victimes vivent dans un climat de peur, sous l’emprise d’un homme malveillant, évoque le juge de la Sablonnière. Leur quotidien est fait d’injures, de coups et de menaces. Comme du bétail ou de pauvres esclaves, les enfants sont utilisés pour faire des tâches trop ardues pour eux ou pour assouvir les bas instincts de l’accusé.»

Courageusement, les victimes qui ont témoigné au procès ont dû replonger dans leurs souvenirs atroces, a souligné le juge de la Sablonnière.

Les garçons se sont rappelé avoir été battus si souvent qu’ils espéraient que leur père les tue pour ne plus avoir à souffrir. D’autres enfants ont raconté comment le tyran les alignait dans le salon et les pointait avec sa carabine .22 en annonçant l’ordre dans lequel ils allaient être tués. Les filles ont témoigné des agressions sexuelles subies la nuit, aux mains de leur père. Et tous ont raconté péniblement comment leur mère, décédée en 2008, a dû endurer les coups, les insultes et les viols, parfois devant ses enfants. La mère est restée, car le tyran menaçait de tuer les enfants si elle quittait.

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Une ancienne gardienne des enfants a douloureusement détaillé comment, lorsqu’elle avait 14 ans, le tyran l’a violée à la pointe d’un couteau.

Résilience des victimes

La juge a insisté sur l’immense résilience de ces enfants, aujourd’hui dans la trentaine, qui ont su se reconstruire après avoir vécu tant d’horreurs.

«Le Tribunal a été à même de voir et d’entendre ces victimes qui ont témoigné en toute simplicité, humilité et sans esprit de vengeance, note le juge. Ils sont de bons adultes, devenus des éléments positifs pour la société.»

En citant les paroles particulièrement troublantes d’une victime, le juge René de la Sablonnière a été submergé par l’émotion. Il a fait une longue pause avant de retirer ses lunettes pour essuyer ses larmes.

À ce moment, bon nombre des enfants du tyran pleuraient silencieusement en regardant le juge ou serraient les poings.

Dans le box de détention, leur père gardait un air détaché. Avant de repartir vers la prison, il a fait la forme d’un cœur avec ses doigts en direction de ses enfants.

Cet accusé, manipulateur, agressif et contrôlant, n’a aucune empathie pour les victimes, conclut le juge de la Sablonnière, rappelant que le tyran criait au complot et blâmait sa défunte femme.

«Dénoncez!»

Les crimes du tyran sont tellement hors de proportion que la peine doit avoir un effet dissuasif spécifique et général, estime le juge. «Les personnes qui commettent actuellement des actes de la nature de ceux commis par l’accusé doivent réaliser que les enfants qu’ils maltraitent aujourd’hui seront plus tard des adultes en mesure de les dénoncer, fait remarquer le juge. Ces personnes tentées de commettre les mêmes infractions doivent réaliser qu’une sentence importante sera prononcée contre eux s’ils ne cessent pas leur comportement.»

Luc*, un des fils du tyran, veut garder dans son cœur ce dernier passage de la décision du juge. «Le juge de la Sablonnière, il vient de dire à plein de monde : “Dénoncez! Endurez pas ça!”, explique Luc. À plein de jeunes adultes, il leur dit : “Vous avez vécu l’enfer. Mais les bourreaux et les manipulateurs, ça va aussi en prison et ça ne manipule pas la justice. Ça manipule les enfants, parce que c’est fragile.”»

* Prénom fictif