Le sous-commissaire de la GRC Mike Duheme en conférence de presse à Ottawa, vendredi   
Le sous-commissaire de la GRC Mike Duheme en conférence de presse à Ottawa, vendredi   

Le suspect de l'intrusion à Rideau Hall jeudi fait face à 22 accusations

OTTAWA — La Couronne a déposé vendredi 22 accusations de nature criminelle contre un Manitobain de 46 ans qui aurait enfoncé jeudi avec sa camionnette la grille menant à Rideau Hall et se serait ensuite rendu, armé, jusqu'aux résidences officielles du premier ministre et de la gouverneure générale. 

Corey Hurren, un militaire et un homme d'affaires du Manitoba, a comparu en téléconférence, vendredi après-midi, une trentaine d'heures après son arrestation par la GRC à moins de 200 mètres de la porte d'entrée de la résidence actuelle du premier ministre Justin Trudeau et de sa famille. L'accusé demeurera détenu jusqu'à sa prochaine comparution, le 17 juillet.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a précisé plus tôt vendredi que le suspect avait plusieurs armes en sa possession, dont une arme à feu. Il a aussi pu marcher sur la propriété de Rideau Hall pendant 13 minutes avant d'être aperçu. Les policiers ont ensuite parlementé avec lui pendant plus d'une heure et demie avant qu'il ne se rende.

Hurren fait face à 22 accusations, la plupart relatives aux armes à feu; il est aussi accusé d'avoir proféré des menaces. Lors de sa brève comparution, vendredi, l'accusé a semblé calme, en déclinant son identité et sa date de naissance. Il a également confirmé au juge qu'il comprenait la procédure. Son avocat, Michael Davies, a demandé que l'affaire soit ajournée jusqu'au 17 juillet. La procureure adjointe Meaghan Cunningham s'est opposée à la libération de l'accusé et a accepté l'ajournement.

Ni le premier ministre Trudeau et sa famille, ni la gouverneure générale, Julie Payette, n'étaient présents au moment de l'incident. En conférence de presse, vendredi matin, M. Trudeau a exprimé sa reconnaissance aux policiers pour avoir résolu l'affaire sans que personne soit blessé.

Le sous-commissaire à la Police fédérale, Mike Duheme, déclarait plus tôt vendredi que l'incident avait entraîné des changements immédiats dans les mesures de sécurité à Rideau Hall. «Je ne saurais trop insister sur l'efficacité de nos membres à être vigilants, à réagir rapidement et à utiliser une technique de désescalade réussie pour résoudre rapidement cet incident très volatil, sans blesser personne», s'est félicité M. Duheme.

La GRC croit que Hurren, qui n'était pas connu de la police, a agi seul. Le sous-commissaire n'a pas voulu s'avancer sur le mobile qui a amené le suspect dans la capitale nationale, ou ce qu'il a fait juste avant de franchir la grille de la vaste propriété: cela fait partie de l'enquête en cours, a déclaré M. Duheme.

Les Forces armées ont précisé vendredi que M. Hurren est caporal-chef au sein du 4e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, dans l'Ouest; il est actuellement réserviste à plein temps à cause de la pandémie. L'armée assure toutefois qu'il n'était pas en service jeudi matin et qu'il n'était pas en possession de son arme militaire.

Tout près de «Rideau Cottage»

Le sous-commissaire de la GRC a raconté en conférence de presse, vendredi matin, le fil des événements qui ont débuté vers 6 h 30, jeudi, lorsque l'homme a embouti avec sa camionnette la grille «Thomas», à Rideau Hall. Il s'agit d'une entrée secondaire, près de la grille principale de la propriété, assez large pour laisser passer un véhicule, mais généralement utilisée pour les piétons.

L'homme a poursuivi sa route sur une distance d'environ 120 mètres, le long d'un sentier, avant que la camionnette ne rende l'âme, a raconté M. Duheme. Le suspect, portant ce qui semblait être un fusil, a alors marché jusqu'à la roseraie de Rideau Hall. Il s'y est caché pendant trois minutes avant de poursuivre le long des sentiers menant aux serres, qui sont rattachées à l'arrière de la résidence officielle de la gouverneure générale, Julie Payette.

Par ailleurs, un court chemin mène de l'arrière des serres, à travers un boisé, jusqu'à «Rideau Cottage», qui est actuellement la résidence officielle du premier ministre Justin Trudeau et de sa famille, pendant que le «24, Sussex» est en restauration.

Selon M. Duheme, ce sont des employés de la Commission de la capitale nationale qui ont très rapidement remarqué la camionnette abandonnée et qui ont alerté les Commissionnaires sur place à Rideau Hall. Les Commissionnaires, une agence fédérale de sécurité, ont alors repéré l'homme qui marchait avec un pistolet vers les bâtiments et ils ont alerté la police.

Le service de sécurité de la GRC sur le terrain a ensuite repéré le suspect vers 6 h 40 et a bouclé le secteur, mais la police n'a confirmé avoir eu un contact visuel avec le suspect qu'à 6 h 43.

À 6 h 45, les policiers, qui étaient en sécurité, ont commencé à parler au suspect, a déclaré M. Duheme. L'homme n'a pas répondu avant 6 h 53, en donnant à la police son nom et d'autres informations. La police et le suspect ont discuté pendant une heure et 42 minutes avant que l'homme ne soit placé en détention, à 8 h 29.

Une équipe spécialisée dans les explosifs et autres armes chimiques, biologiques, radioactives et nucléaires avait été dépêchée sur place jeudi pour fouiller le véhicule du suspect, par mesure de précaution, a aussi déclaré le sous-commissaire Duheme.

Théorie du complot sur la COVID-19

Une image liée à une théorie du complot sur la COVID-19 a été publiée sur les pages de médias sociaux d'une entreprise appartenant au suspect de l'intrusion à Rideau Hall 35 minutes avant qu'il ne fasse irruption sur la propriété à Ottawa.

La photo concernant «Event 201» a été publiée sur les pages de réseaux sociaux de GrindHouse Fine Foods de Corey Hurren, une entreprise connue pour la vente de saucisses épicées.

«Event 201» fait référence à un exercice d'entraînement en cas de pandémie qui a été souligné par les théoriciens du complot au sujet de la crise sanitaire mondiale.

Les comptes Facebook et Instagram de GrindHouse ont également relayé de nombreuses images récentes sur la COVID-19, avec des blagues se demandant si la situation de 2020 pouvait encore empirer.