Cet individu est tombé dans les mêmes escaliers, à Rimouski, à Chicoutimi et à Québec, trois villes distinctes dans trois régions différentes du Québec...

Le Québec et ses hivers dénigrés en publicité

Pour attirer les professeurs du Québec, le Conseil scolaire catholique Providence, situé dans le sud-ouest de l’Ontario, a choisi de mettre en valeur ses températures clémentes dans son offensive publicitaire, tout en se comparant aux rudes hivers québécois. Utilisant des photos de tempêtes montréalaises pour illustrer le quotidien des citoyens de Rimouski, Gatineau, Québec et Chicoutimi, l’organisation qui regroupe 30 écoles voulait faire un clin d’œil humoristique aux deux réalités climatiques. Une stratégie publicitaire de mauvais goût, estime l’expert en marketing de l’Université du Québec à Chicoutimi, le professeur Damien Hallegatte.

Depuis quelques semaines, le Conseil scolaire catholique Providence mène une campagne publicitaire via les médias sociaux. On peut y voir, notamment, une photo d’une rue complètement enneigée et une autre d’une dame en vélo sous le soleil. Sur la première photo, des noms de villes, comme Chicoutimi ou Rimouski, et sur l’autre London ou Windsor. Les photos utilisées ont été prises sur des sites libres de droits, et il s’agit plutôt d’une photographie prise le 13 janvier 2018, à Montréal. Les photos utilisées sont les mêmes pour Gatineau, Rimouski, Chicoutimi ou Québec.

Sous les photos, un titre : Les professeurs du Québec choisissent le sud-ouest de l’Ontario.

Le Quotidien a joint la porte-parole du Conseil scolaire catholique Providence, Lyne Cossette, afin d’en apprendre davantage sur cette démarche publicitaire. D’entrée de jeu, Mme Cossette a affirmé que le Conseil scolaire catholique Providence regroupe 23 écoles élémentaires (primaires) et sept écoles secondaires. « Il s’agit d’un des plus grands employeurs francophones du sud-ouest de l’Ontario. Chaque année, nous participons à des foires et des salons de l’emploi au Québec pour attirer les professeurs, ce n’est pas nouveau. Mais nous constations une baisse de l’embauche à ce niveau-là, alors que nous avons de nombreux postes à combler. Nous avons donc pensé à une nouvelle approche de recrutement en déployant de nouveaux moyens pour attirer des employés potentiels et sensibiliser les gens sur la qualité de vie que nous avons à offrir. Nous voulions aussi montrer la réalité de la région, qui est collée à la frontière des États-Unis », a expliqué Lyne Cossette. Mais pourquoi comparer la région à des villes du Québec, ensevelies sous la neige ou montrant un individu tombant dans des escaliers glacés ?


«  Nous voulions simplement faire un clin d’œil aux deux réalités climatiques, ça n’a rien de négatif.  »
Lyne Cossette

« Nous voulions simplement faire un clin d’œil aux deux réalités climatiques, ça n’a rien de négatif. C’est vrai qu’au Québec, il y a de fortes précipitations », a expliqué la porte-parole, expliquant que l’équipe de la publicité ne pouvait se déplacer dans les villes visées pour prendre de réelles photos, d’où le choix de la photographie prise durant une tempête à Montréal.

La photo utilisée pour illustrer Rimouski est la même que celle pour illustrer Chicoutimi, alors que la scène a été plutôt photographiée à Montréal.

« Il n’y avait pas de mauvaise intention, nous voulions miser sur la météo, car dans le sud-ouest de l’Ontario, les températures sont très clémentes. Par exemple, il fait 5 degrés présentement et les gens font du vélo », a ajouté Mme Cossette, répétant qu’il n’y avait rien de péjoratif derrière cette campagne de publicité.

Lorsqu’on clique sur le lien en question, on en apprend davantage sur les salaires, les conditions de travail et sur le coût de la vie dans la région ontarienne francophone.

Pour le professeur en marketing de l’Université du Québec à Chicoutimi, Damien Hallegatte, ce genre de stratégie publicitaire est plutôt mauvaise.

« Disons que dénigrer un concurrent, en publicité, est rarement une bonne idée », a indiqué l’expert, lorsqu’invité à commenter cette campagne. « On peut comprendre que le but était de faire rire, mais lorsqu’on rit des personnes visées dans la publicité, c’est assez malhabile. Dans ce cas-ci, nous avons un bon exemple de personnes en publicité qui se trouvaient bien drôles, mais qui ont oublié de se mettre à la place des personnes à qui s’adresse la pub. Je ne pense pas que c’est une très bonne idée de rire, voire d’insulter la réalité québécoise, quand ce qu’on veut, c’est justement attirer des professeurs du Québec. C’est malhabile, presque ridicule », a développé Damien Hallegatte.

Questionné à propos des photos qui ne représentent pas les bonnes villes, le spécialiste de la publicité a affirmé que ce n’était pas illégal. « Ça manque un peu de sérieux, surtout que la photo utilisée n’est pas représentative des villes de taille moyenne comme Rimouski ou Chicoutimi. Mais ce n’est pas non plus un grand manque d’éthique à mon avis. Mais l’utilisation de l’humour en publicité peut toujours se retourner contre nous, c’est une arme à double tranchant. »