Le maire Régis Labeaume
Le maire Régis Labeaume

Le projet de ciné-parcs de Québec torpillé par les distributeurs

Les distributeurs refusent de rendre disponibles les films que souhaite présenter la Ville de Québec cet été parce que l’entrée serait gratuite. Régis Labeaume parle d’un «boycott» inacceptable et d’un manque flagrant d’empathie.

Le projet de ciné-parc si cher au maire de Québec a du plomb dans l’aile. L’administration Labeaume a récemment appris que Les films Séville et le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ) refusent de distribuer les oeuvres de leur catalogue respectif parce que les représentations prévues à l’Aéroport de Québec et à ExpoCité sont gratuites.

«Le libéralisme économique a ça comme défaut parfois. Ça fait que le monde n’a pas de coeur.» Régis Labeaume n’a su contenir sa colère devant la décision des distributeurs. 

«Je trouve ça affreux. Je ne sais pas s’ils parlent à du monde, ajoute le maire, en faisant notamment référence au président des films Séville, Patrick Roy et à celui du RDIFQ, Andrew Noble. Il y a de la lassitude, les gens sont fatigués. 30 % ont perdu leur emploi. On est dans un environnement de crise sanitaire. C’est à peu près la seule activité culturelle qu’on peut faire dans le respect des règles de distanciation», fulmine-t-il.

M. Labeaume ne pouvait dire, mardi, si cette «action concertée» des distributeurs résulte de pressions des propriétaires de salles de cinéma qui craignent une concurrence déloyale. Cependant, il soutient que la présentation de films anciens en plein air ne nuirait en rien à l’achalandage des cinémas s’ils devaient rouvrir dans un proche avenir.

 «Crazy, Chérie, j’ai réduit les enfants, Karaté kid, le Grand bleu, Astérix et les Jeux olympiques, Ding et Dong, le Film, énumère le maire. Je ne vois pas comment ça peut compétitionner les autres salles. Ils n’ont absolument pas compris. Ce n’est pas le film qui intéresse, c’est l’idée d’avoir du plaisir. Karaté Kid, je n’en ai rien à taper. Mais j’y aurais été avec des enfants. L’idée de vivre un ciné-parc et de voir les enfants triper, prendre l’air», lance le maire, visiblement irrité par la situation.

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Celui-ci refuse même d’envisager un prix d’entrée symbolique pour satisfaire l’exigence des distributeurs. «On ne mettra pas une billetterie parce que c’est gens-là nous imposent de le faire. Il y a un boycott actuellement. On ne veut pas faire payer parce qu’on prend l’argent de la Ville.»

L’injustice atteint son paroxysme lorsqu’il pense au fait que les distributeurs empêchent la population de voir gratuitement les films québécois sélectionnés alors qu’ils sont produits à même l’argent public. Le maire parle même de fonds publics pris en otage.

La Ville a fait parvenir une lettre aux distributeurs leur demandant d’accepter d’ouvrir leur catalogue d’ici vendredi 12h. Sans quoi, elle devra mettre fin au projet.

La Ville a déjà engagé 27 000 $ des 835 000 $ nécessaires à l’organisation des ciné-parcs. L’ouverture est prévue le 2 juillet. Le premier écran serait installé au nord-ouest du Centre Vidéotron dans le stationnement P1 et peut accueillir 325 véhicules. Le deuxième écran de l’Aéroport international Jean-Lesage de Québec pourrait accueillir 120 véhicules. 

Du jeudi au dimanche, un premier film familial serait diffusé à 19h et un deuxième «pour la clientèle avertie» le serait à 21h30. Les diffusions se poursuivraient jusqu’au 23 août. Il n’y aurait pas de réservation, ce serait «premier arrivé, premier servi».