Le président Xi Jinping devant la garde d’honneur de l’armée chinoise à Pékin, lundi

Le président Xi Jinping déterminé à gagner le conflit avec le Canada

PÉKIN, Chine - Le président chinois Xi Jinping semble déterminé à tout mettre en oeuvre pour contraindre le Canada à faire marche arrière dans le dossier de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei arrêtée le mois dernier.

Même si Pékin dément formellement tout lien, l’arrestation de deux Canadiens en vertu de vagues accusations relatives à la sécurité nationale et la condamnation à mort soudaine d’un trafiquant de drogue canadien témoignent d’une campagne musclée d’intimidation et de représailles.

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Et même si cette campagne risque de malmener les perceptions globales de l’adhésion de la Chine au libre-échange et à la règle de droit, les enjeux sont tout simplement trop importants pour M. Xi et d’autres dirigeants communistes hautement nationalistes.

«Les Chinois ne reculeront devant rien, car ce serait une énorme humiliation, à la fois pour le gouvernement chinois et pour Xi Jinping en particulier», a expliqué Willy Lam, un sinologue de l’Université chinoise de Hong Kong.

Le Canada a arrêté Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois des télécommunications, le 1er décembre à la demande des États-Unis. Les États-Unis veulent que Mme Meng, qui est également la fille du fondateur de Huawei, soit extradée pour faire face à des accusations selon lesquelles elle aurait commis une fraude en induisant les banques en erreur au sujet des transactions commerciales de la société en Iran.

La Chine a répondu neuf jours plus tard en arrêtant l’ancien diplomate canadien Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor. Lundi, un tribunal chinois a condamné Robert Lloyd Schellenberg à la peine capitale, annulant une peine de prison de 15 ans prononcée précédemment.

Ces gestes sont typiques de la réponse de la Chine aux pays qui l’offensent, et qui s’étend parfois à leurs citoyens en sol chinois. Les incidents précédents ont démontré que la Chine est prête à endurer de longs gels dans ses relations diplomatiques et même à nuire à son image nationale.

La Chine a suspendu son accord commercial bilatéral avec la Norvège et restreint les importations de saumon norvégien lorsque le prix Nobel de la paix a été décerné au prisonnier politique Liu Xiaobo en 2010. Le Royaume-Uni et d’autres pays ont fait l’objet de représailles en raison de leurs échanges avec le dalaï-lama, le chef spirituel tibétain que Pékin qualifie de «séparatiste dangereux». Et en 2014, un couple canadien a été arrêté dans le nord-est de la Chine et accusé d’espionnage à la suite de l’arrestation par le Canada d’un homme accusé d’avoir volé des secrets de l’aviation américaine pour la Chine.

Des analystes se disent convaincus que les dossiers de MM. Kovrig et Spavor sont liés à celui de Mme Meng. L’imposition d’une peine plus sévère en appel est aussi suffisamment rare pour éveiller les soupçons.

«Cela fait vraiment mal à la Chine» et à ses efforts pour promouvoir son influence dans le monde entier, a expliqué David Zweig, un Canadien qui dirige le Centre sur les relations transnationales de la Chine à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong.

«Xi Jinping a tellement parlé de la promotion de la ‘puissance douce’ (...) Je pense certainement que cela nuit au pouvoir de convaincre de la Chine et à son argument selon lequel elle soutient la règle de droit», a ajouté M. Zweig.

Les représailles contre le Canada, un pays largement perçu comme une influence bénigne sur l’ordre mondial, offrent également moins de dividendes à la Chine qu’un affrontement avec les États-Unis, que plusieurs membres de la communauté internationale perçoivent comme étant une brute comparable à la Chine, a ajouté M. Zweig.

«La Chine ne gagne aucun point en maltraitant le Canada», a-t-il dit.

Vision binaire du monde

Cependant, l’attitude irrespectueuse de Pékin envers le Canada semble correspondre à sa vision binaire d’un monde divisé entre les «grandes» nations qui doivent être traitées avec doigté et les «petites» que la Chine peut se permettre de piétiner, a déclaré Steve Tsang, le directeur du China Institute à la School of Oriental and African Studies de Londres.

La Chine s’en prend au Canada «parce qu’elle le peut, a dit M. Tsang. Cela aura de nombreux effets négatifs sur la position de la Chine dans le monde et sur les perceptions internationales de la Chine».

Il a dit que la gestion de l’affaire par Pékin témoignait de son refus de reconnaître le concept d’un pouvoir judiciaire indépendant, chose inconnue en Chine, où le Parti communiste au pouvoir contrôle les tribunaux. En tant que fille du fondateur de Huawei, une firme étroitement liée à la puissante armée chinoise et considérée comme un trésor national, Mme Meng bénéficie d’un statut spécial, a expliqué M. Tsang.

Même s’il prédit de nouvelles mesures de Pékin pour faire pression sur le Canada, M. Tsang doute qu’elles aient une incidence sur le résultat.

«Cela n’aura aucun impact sur la manière dont le gouvernement canadien traitera l’affaire Meng», a-t-il déclaré.

Les observateurs internationaux ont également souligné les manières extrêmement différentes dont les cas sont traités par les deux pays. Tandis que Mme Meng a bénéficié d’un avocat et a été libérée sous caution, MM. Kovrig et Spavor sont détenus dans des cellules ne disposant que d’un accès consulaire minimal. Le Canada s’est également plaint du fait que M. Kovrig, en tant qu’ancien diplomate, devrait bénéficier d’une certaine immunité.

Le moment et les circonstances de la condamnation à mort de Schellenberg font également sourciller. Alors que son cas était en appel, la rapidité avec laquelle la nouvelle audience a eu lieu, avec seulement quatre jours de préavis, a suscité les critiques du premier ministre canadien Justin Trudeau - ce qui lui a valu d’être ensuite brutalement rabroué par Pékin.

En fond de trame du comportement de la Chine se trouve la conviction apparente que la détention de Mme Meng était un acte politique auquel il fallait réagir. Compte tenu du peu d’informations autorisées par les censeurs du gouvernement, les Chinois n’ont «aucune raison de penser que Mme Meng a été arrêtée pour des raisons autres que politiques», a dit M. Zweig.

«Et si c’est complètement politique, alors je suppose que, selon eux, l’enlèvement de personnes est une réponse appropriée», a-t-il dit.