Jean Caron, professeur à l’Université Laval, est le titulaire d’une nouvelle chaire de recherche créée pour étudier le phénomène d’extinction des terres noires et trouver des solutions.

Le «potager du Québec» voit sa précieuse terre se volatiliser

C’est le «potager du Québec», les meilleures terres maraîchères de la province, mais elles sont en train de se volatiliser, presque littéralement : les fermes maraîchères au sud-ouest de Montréal perdent environ 2 centimètres de leur précieuse terre par année, et si rien n’est fait, il pourrait bien ne plus en rester d’ici une cinquantaine d’années.

«C’est un problème qui a été mis au jour par les scientifiques, mais qui reste encore très peu connu du grand public», commente Jean Caron, chercheur à l’Université Laval et titulaire d’une chaire de recherche industrielle lancée mercredi matin, visant justement à trouver une solution. Ce sont principalement des entreprises maraîchères, au nombre d’une quinzaine, qui financeront ces travaux, à hauteur d’environ 7 millions $ sur 5 ans. Environ 4 millions $ d’argent public s’y ajoutera, provenant principalement d’organismes subventionnaires de la science comme Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada.

Il y a essentiellement deux grandes sortes de sols, explique M. Caron : les sols minéraux, faits d’argile, de sable, etc., et les sols organiques, qui sont d’anciens lits de lacs ou de rivières où de la matière organique s’est déposée. «Ce sont des sols qui donnent d’excellents rendements», commente le chercheur. Dans le cas du sud-ouest de Montréal, d’où sort la moitié de la production maraîchère du Québec en termes de valeur, il s’agit de matière organique qui est restée là après le retrait de la mer de Champlain, à la suite de la dernière glaciation.

«Ces terres-là perdent environ 1 cm de sol par année à cause du vent, et 1 cm à cause de la dégradation par les microbes, comme dans un tas de compost. Alors s’il y a encore 1 mètre de sol, parce que c’est ce qu’il reste actuellement, faites le calcul : dans 50 ans, il n’y en aura plus», dit M. Caron.

Les solutions testées par la nouvelle chaire de recherche sont de deux ordres. D’une part, identifier la direction des vents érosifs, qui est souvent très locale, afin de construire des pare-vent efficaces. Et d’autre part, voir si on peut consacrer une partie de ces terres à la production de matière organique, qui viendrait remplacer celle qui est dégradée par les microbes.