L’auteur d’<em>Autoportrait d’un paysan rebelle</em>, Christian Barthomeuf, en compagnie du sommelier, auteur et animateur Jacques Orhon, qui signe une des préfaces du livre.
L’auteur d’<em>Autoportrait d’un paysan rebelle</em>, Christian Barthomeuf, en compagnie du sommelier, auteur et animateur Jacques Orhon, qui signe une des préfaces du livre.

Le paysan rebelle Christian Barthomeuf se raconte

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
Le pionnier de la vigne dans Brome-Missisquoi, créateur du cidre de glace et défenseur de l’agriculture biologique, Christian Barthomeuf ajoute une corde à son arc. Il signe Autoportrait d’un paysan rebelle, lancé ce mercredi aux Éditions du passage.

L’ouvrage a été réalisé avec la collaboration de la nutritionniste Julie Aubé et de la photographe Virginie Gosselin. L’écologiste Laure Waridel ainsi que les sommeliers Jacques Orhon et Véronique Rivest ont chacun rédigé une préface.

«Ce qu’on prêche là-dedans, sans vraiment le prêcher, c’est la décroissance et l’agriculture à échelle familiale, sans aucuns intrants», a relevé mardi M. Barthomeuf en entrevue.

Ce dernier porte bien l’étiquette de paysan rebelle. Il a quitté sa France natale pour le Québec en 1974, a toujours fait les choses à sa façon et n’a jamais craint de marcher hors des sentiers battus.

Christian Barthomeuf a planté les premières vignes de Dunham en 1980 sur le site du Domaine des Côtes d’Ardoise, premier vignoble commercial de la Belle province. Il a créé le cidre de glace en 1989, ce qui lui a valu plusieurs reconnaissances au fil des ans. Il a aussi planté les premières vignes de Sutton au vignoble de la chapelle Ste-Agnès dans les années 1990.

<em>Autoportrait d’un paysan rebelle</em> sera en librairie à compter de ce mercredi.

Fondements

Depuis 2003, lui et sa conjointe Louise Dupuis sont propriétaires d’une terre à Frelighsburg. Ils y ont aménagé le Clos Saragnat, où ils cultivent la vigne, les pommes et d’autres arbres fruitiers, selon les principes de ce que Christian Barthomeuf qualifie de «culture fondamentale».

«Je me suis inspiré des débuts de l’agriculture il y a 10 000 ans, où les gens ne faisaient que cueillir», explique-t-il.

Au Clos Saragnat, les insectes et les animaux — avec leurs crottins qui servent d’engrais — font une bonne partie du travail. Les interventions de l’homme sont limitées dans cet écosystème naturel. Et les résultats sont au rendez-vous.

Autoportrait d’un paysan rebelle témoigne des différentes expériences de Christian Barthomeuf, de ses essais et erreurs, ainsi que de ses réflexions sur l’agriculture, depuis sa naissance en 1950 et son enfance dans la campagne auvergnate en France jusqu’à ce jour.

«En cette ère de grands bouleversements écologiques et de montée des inégalités sociales et économiques, la lecture de ce livre donne un élan d’espoir. Il donne le goût de prendre soin de la vie. Celle que l’on boit. Celle que l’on mange. Celle que l’on habite et qui nous habite. Celle qui constitue notre bien commun le plus précieux», écrit Laure Waridel en préface.

Rupture de stock

Environ 70 % de la production du Clos Saragnat est aujourd’hui composée de cidres mousseux. «On est les seuls au Québec à avoir des cidres mousseux faits avec des pommes à cidre. Pas avec des MacIntosh, des Lobo et des Cortland, mais avec des pommes à cidre françaises, anglaises, russes, espagnoles», fait valoir Christian Barthomeuf.

«On ne fournit pas à la demande et on ne veut pas fournir. Ça reste une entreprise familiale et un modèle de décroissance», ajoute-t-il.

Selon l’agriculteur bio fort en verve, un nombre suffisant de bouteilles, entre 15 000 et 20 000, est ainsi produit annuellement pour permettre aux deux familles qui y travaillent d’avoir «une qualité de vie» et un revenu suffisant. Comme la demande excède la production, le Clos Saragnat est toujours en rupture de stock.

«Si tout le monde faisait ça, il n’y aurait pas de problème aujourd’hui sur la planète. En fait, il y en aurait peut-être, mais ça ne serait pas les mêmes», lance le vigneron qui a aussi élaboré un vin de paille.