Nouvelle lauréate du Nobel de chimie en compagnie de deux autres chercheurs, Frances Arnold avait reçu le prix Millenium Technology en Finlande, en mai 2016.

Le Nobel de chimie récompense une femme pour la cinquième fois

STOCKHOLM - Le prix Nobel de chimie a récompensé mercredi deux Américains et un Britannique qui se sont inspirés des principes de l’évolution darwinienne pour modifier les propriétés des protéines à des fins thérapeutiques ou industrielles.

La lauréate et les deux lauréats du prix de chimie 2018 ont «dompté les principes de l’évolution», ouvrant la voie à la production de nouveaux matériaux ou de biocarburants plus propres, et à des thérapies innovantes, a indiqué l’Académie suédoise royale des sciences qui décerne le prix.

Le Nobel récompense pour moitié l’Américaine Frances Arnold, 62 ans, et pour l’autre moitié son compatriote George Smith, né en 1941, et le Britannique Gregory Winter, 67 ans.

«Ils ont répliqué les principes de Darwin dans des éprouvettes. Ils ont mis à profit la compréhension de la molécule que nous tirons des processus de l’évolution pour les recréer en laboratoire», a précisé au cours d’une conférence de presse le président du comité Nobel du prix, Claes Gustafsson.

L’évolution dirigée est un ensemble de technologies permettant d’améliorer une protéine ou un acide nucléique, en reproduisant artificiellement le processus naturel de l’évolution, mais en cherchant à l’orienter dans une direction choisie.

«Désormais, nous pouvons exploiter les mécanismes de l’évolution pour produire des choses que l’homme ne sait concevoir», affirmait en 2016 Frances Arnold, lorsqu’elle a reçu le prix Millenium Technology en Finlande.

Mme Arnold est la cinquième femme à recevoir le prix Nobel de chimie depuis sa création en 1901. Avant elle, seules Marie Curie (1911), Irène Joliot-Curie (1935), Dorothy Crowfoot Hodgkin (1964) et Ada Yonath (2009) ont été distinguées dans cette discipline.

La médecine a ouvert le bal des Nobel 2018 lundi avec le sacre d’un duo de chercheurs nippo-américain, James Allison et Tasuku Honjo, honorés pour leurs travaux sur la capacité du corps à se défendre contre les cancers virulents comme le cancer du poumon et le mélanome.

Le prix de physique est allé mardi au Français Gérard Mourou et à son étudiante canadienne Donna Strickland, ainsi qu’à l’Américain Arthur Ashkin, pour avoir révolutionné la technique des lasers, utilisés notamment aujourd’hui dans l’étude de l’infiniment petit et la chirurgie de l’oeil.

Le lauréat du Nobel de la paix sera dévoilé vendredi à Oslo avant le prix d’économie qui conclura cette saison lundi.

Pour la première fois depuis 1949, l’annonce du prix de littérature a été reportée d’un an par l’Académie suédoise, enferrée dans des divisions internes et le retrait de plusieurs membres l’empêchant de fonctionner normalement.

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Les lauréats du prix Nobel de chimie ont été annoncés mercredi à l’Académie suédoise royale des sciences, à Stockholm.

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LAURÉATS DES 10 DERNIÈRES ANNÉES

Voici la liste des dix dernières éditions du Nobel de chimie après que le prix 2018 a été attribué mercredi par le comité Nobel de l’Académie royale des sciences de Suède.

2018: Frances H. Arnold (Américaine), George P. Smith (Américain) et Gregory P. Winter (Britannique) pour leurs travaux exploitant les mécanismes de l’évolution pour créer de nouvelles et de meilleures protéines en laboratoire.

2017: Jacques Dubochet (Suisse), Joachim Frank (Américain) et Richard Henderson (Britannique) pour avoir mis au point la cryomicroscopie électronique, une méthode révolutionnaire d’observation des molécules couplée à l’imagerie 3D.

2016: Jean-Pierre Sauvage (France), Fraser Stoddart (Grande-Bretagne) et Bernard Feringa (Pays-Bas), pères des minuscules «machines moléculaires» préfigurant les nanorobots du futur.

2015: Aziz Sancar (Turquie/États-Unis), Paul Modrich (États-Unis) et Tomas Lindahl (Suède) pour leurs travaux sur la réparation de l’ADN.

2014: Eric Betzig et William Moerner (États-Unis), et Stefan Hell (Allemagne) pour l’amélioration du microscope, lui permettant de voir l’infiniment petit.

2013: Martin Karplus (États-Unis/Autriche), Michael Levitt (États-Unis/Grande-Bretagne) et Arieh Warshel (États-Unis/Israël), pour la mise au point de modèles pour les systèmes chimiques complexes permettant d’optimiser les catalyseurs, les médicaments et les cellules photovoltaïques.

2012: Robert Lefkowitz et Brian Kobilka (États-Unis), pour leurs travaux sur des récepteurs qui permettent aux cellules de comprendre leur environnement, une percée essentielle pour l’industrie pharmaceutique.

2011: Daniel Shechtman (Israël), pour avoir découvert l’existence d’un nouveau type de matériau, un «quasi-cristal».

2010: Richard Heck (États-Unis), Ei-ichi Negishi et Akira Suzuki (Japon), pour avoir créé l’un des outils les plus sophistiqués de la chimie ouvrant la voie à des traitements du cancer et à des produits électroniques et plastiques révolutionnaires.

2009: Venkatraman Ramakrishnan, Thomas Steitz (États-Unis) et Ada Yonath (Israël), pour leurs travaux sur les ribosomes qui ouvrent la voie à de nouveaux antibiotiques.