Image tirée du compte Facebook du Journal de Mourréal

Le Journal de Mourréal génère des revenus modestes par rapport au WNDR

MONTRÉAL — Le «Journal de Mourréal» n’a généré que des revenus très modestes, voire minuscules, comparativement à ceux produits par le «World News Daily Report» (WNDR), l’autre site web géré par les deux créateurs du site satirique qui parodie le Journal de Montréal.

Janick Murray-Hall, qui fait face conjointement avec le «Journal de Mourréal» à une poursuite de Média QMI, la filiale de Québecor qui chapeaute le Journal de Montréal, a présenté ses états financiers, mercredi, au jour trois du procès au palais de justice de Montréal.

On y a appris que pour les mois d’août, septembre, octobre et novembre 2018, le «Journal de Mourréal» lui a rapporté un total de 1109 $, alors que le WNDR, un site de fausses nouvelles satiriques qui s’adresse surtout au public américain, a généré des revenus d’un peu plus de 73 000 $.

Bien que son témoignage n’ait pas permis de détailler, pour l’année, la part de chacun des deux sites, leurs revenus combinés ont atteint un peu moins de 150 000 $ en 2018.

Janick Murray-Hall a ainsi fait valoir devant la juge Micheline Perrault de la Cour supérieure qu’il ne produisait pas le «Journal de Mourréal» dans le but de faire de l’argent, mais bien par plaisir et qu’il l’aurait abandonné s’il n’avait tenu compte que de sa rentabilité.

Il a ajouté qu’il ne se serait ainsi pas trouvé «à venir passer une semaine à ne pas être payé, à risquer de ruiner ma famille, le futur de mon enfant et de ma copine», puisque Média QMI lui réclame, outre de cesser d’utiliser sa marque de commerce, de lui remettre les revenus générés de 2013 à 2016, soit une somme de plus de 53 000 $.

«Je prends des risques parce que je suis une personne intègre. C’est un plaidoyer pour la liberté d’expression, pour la parodie et la satire. Si j’avais à en subir les conséquences, je les subirai, mais je ne pouvais pas être de l’autre bord de la clôture dans ce dossier», a-t-il affirmé.

«On a planté tout le monde»

La Cour a été saisie d’extraits d’entrevues radio sur différentes chaînes qui, avec son témoignage, ont raconté la genèse du «Journal de Mourréal».

On a ainsi appris qu’il avait envoyé des textes satiriques à des sites existants et que ceux-ci les avaient refusés. Dans une entrevue à Radio X, de Québec, il avait dit: «On s’est fait le nôtre, esti, pis on a planté tout le monde.»

Dans ces entrevues, il a répété à tout coup que ce n’était pas sa responsabilité de «prendre les gens par la main» pour leur expliquer qu’il s’agissait de parodie et de satire.

Il a aussi raconté que dans une des entrevues mises en preuve, réalisée le 13 juillet 2016 à Radio-Canada, la recherchiste lui avait préalablement demandé si cela le dérangeait «que ce soit l’avocat de Radio-Canada qui a écrit les questions de Patrick Masbourian, qui ne maîtrise pas bien ces questions-là», afin d’expliquer pourquoi une de ses réponses semblait confuse puisque la question contenait plusieurs éléments.

Les limites de l’inexpérience

Janick Murray-Hall, qui se défend lui-même, a heurté le mur de son inexpérience malgré une préparation étonnante, lorsqu’il a tenté de mettre en preuve des documents pour contester la crédibilité du chroniqueur Jeff Yates, aussi connu sous le nom de l’Inspecteur viral, un des pionniers de la vérification des faits dans les médias québécois.

L’objectif de M. Murray-Hall était de «rétablir sa crédibilité» après que celle-ci eut été mise en cause la veille par des références à des articles de M. Yates où le WNDR était qualifié d’un des pires sites de désinformation au monde. Le jeune homme espérait ainsi établir qu’il produit de la fausse nouvelle satirique et non de la simple fausse nouvelle, puisqu’il le fait avec une intention humoristique.

L’avocat de Média QMI, Me Marek Nitoslawski, s’est objecté à cette démarche, tout comme la juge Perrault qui lui a expliqué qu’il ne pouvait prendre cette direction sans faire comparaître M. Yates.

Il s’est heurté à la même objection en voulant présenter des documents d’experts parce que la Cour n’était pas en mesure d’établir s’il s’agissait ou non d’experts puisqu’ils ne témoignaient pas et aussi parce qu’il était impossible d’établir la crédibilité des documents en question à distance.

La juge Micheline Perrault a, jusqu’ici, fait preuve de beaucoup de compréhension envers Murray-Hall, qui n’a aucune formation de juriste, et ce dernier l’a remerciée avant de quitter pour la pause du midi en lui disant: «Je suis la brebis égarée et vous êtes mon berger!», ce qui a provoqué la réplique suivant de Me Nitoslawski: «Est-ce que ça veut dire que je suis le loup?», déridant l’auditoire.

Depuis le début, ce procès qui aurait pu facilement tourner au cirque se déroule au contraire dans une atmosphère étonnamment détendue et respectueuse, malgré quelques écarts de procédure imputables à l’inexpérience de Janick Murray-Hall.