Pierre-Mathieu Fortin, directeur du projet La Forge Québec Cinéma, supervise le projet de mentorat des douze candidats retenus, dont le duo formé de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné, qui planchent sur un projet de long métrage intitulé «Aux urnes».

Le futur du cinéma québécois prend forme

SAINT-PAULIN — Le futur du cinéma québécois est sans doute en train de prendre forme ces jours-ci en Mauricie. La région accueille le projet La Forge Québec Cinéma, un événement financé par Netflix et qui se veut un grand atelier de mentorat des futurs artisans des longs métrages québécois.

Tout au long de la semaine, six duos de réalisateurs et scénaristes de la relève ont la chance d’assister à une multitude d’ateliers afin de les aider à faire naître un scénario et un projet de long métrage, qui sera par la suite présenté à un jury et à de potentiels producteurs à Montréal, à l’occasion des Rendez-vous du cinéma québécois, au début du mois de mars.
Le projet est en réalité l’une des manifestations concrètes des engagements pris par Netflix lors de son arrivée au Canada. La Forge Québec Cinéma a pu voir le jour grâce à l’engagement du géant du visionnement en ligne de financer des organismes qui accompagnent le cinéma québécois sous toutes ses formes, explique le directeur du projet La Forge, Pierre-Mathieu Fortin. «Nous nous sommes engagés sur la voie du long métrage de fiction. Quelques programmes accompagnent déjà le long métrage, mais ce sont des projets déjà scénarisés et avec un producteur. On voulait arriver dans un mode de complémentarité, partir de la base et accompagner les talents émergents», explique M. Fortin.
Ainsi, sur 80 candidatures déposées pour cette première édition, six duos de scénaristes et réalisateurs ont été retenus. Des créateurs qui œuvrent déjà dans le milieu, soit à la télévision ou à l’origine de courts métrages ayant connu du succès, dont certains ayant même été primés à la Berlinade et à Sundance, mais qui souhaitent désormais faire le pont vers le long métrage.
Mercredi matin, lors du passage du Nouvelliste, les créateurs étaient en pleine séance de brassage d’idées. À leurs côtés, le scénariste Benoît Pelletier, qui a notamment collaboré aux longs métrages québécois Égo-Trip et Le trip à trois, insistait sur l’importance de développer davantage les personnages à travers différentes techniques. Car entre le court métrage et le long métrage, il y a un monde lorsque vient le temps d’augmenter la psychologie et le vécu des personnages de l’histoire.
Ainsi, les créateurs sélectionnés pour participer à La Forge ont la possibilité de rencontrer des réalisateurs, des scénaristes des producteurs, des directeurs de la photographie et même des avocats qui leur permettront de raffiner leur travail, dans le but de le présenter au jury au terme de l’exercice.
«Oui, on souhaite qu’ils raffinent leur scénario et leur synopsis, mais aussi de travailler sur le pitch de vente. On veut les amener à connecter avec un producteur, qu’il les prenne sous son aile et les aide à développer leur projet. En cinéma, tu es toujours en train de vendre ton projet, tout au long du processus. Que ce soit aux institutions financières, aux distributeurs, au public, aux journalistes, aux comédiens pour les embarquer dans le projet. Ça fait partie du travail aussi et on veut les outiller pour ça», considère Pierre-Mathieu Fortin.
Mentors



Le projet de mentorat pour la relève du cinéma québécois rassemble de nombreux participants au Baluchon cette semaine, sous la supervision du directeur du projet, Pierre-Mathieu Fortin (à gauche). On le voit en compagnie d’Olivier Champeau de La Forge Québec Cinéma.

Mentors

À travers tous le processus, trois producteurs et producteurs associés agissent comme mentors afin de guider les participants dans cette aventure. Parmi ceux-ci, Jeannette Garcia, qui a notamment travaillé sur la série La Galère de même que les films C.R.A.Z.Y, Rebelle et Brooklyn, se dit impressionnée de la qualité des projets qui ont été soumis.
«Il y a vraiment ici, au mètre carré, du talent, je n’ai jamais vu ça. La relève est là, elle est forte. Il y a un renouveau dans le cinéma. Beaucoup de femmes, du multiculturalisme, des projets qui se passent à Parc-Extension et d’autres en Gaspésie. C’est moins centré sur Montréal, c’est très éclaté», signale-t-elle.
Les candidats seront également épaulés par Stéphanie Morissette, qui a notamment produit Les Affamés de Robin Aubert, de même que Sylvain Corbeil, producteur de Juste la fin du monde de Xavier Dolan et La femme de mon frère de Monia Chokri.

EN RÉGION

Les duos de créateurs venant à peu près tous de Montréal, le choix de la région peut nous paraître comme étrange pour tenir un tel projet. Or, Pierre-Mathieu Fortin estime plutôt qu’il s’est imposé de lui-même.
«On cherchait un site à environ 1h30 de Montréal, car nous recevons plusieurs invités internationaux et il faut aussi pouvoir les voyager facilement. Mais chez Québec Cinéma, nous tendons le plus possible à faire des événements carboneutres, et j’aimais la mission écoresponsable du Baluchon. Et quand nous sommes arrivés ici, on a vite été séduits par le site. C’est juste merveilleux», explique le directeur du projet.
Lors de la présentation finale des projets à Montréal, le 4 mars prochain, le duo gagnant du meilleur pitch recevra un prix de 5000 $ en argent. Outre le jury composé de grands noms comme la réalisatrice Louise Archambault et le cinéaste, auteur compositeur et interprète Stéphane Lafleur, quelques producteurs devraient également se trouver parmi les spectateurs, à la quête du prochain succès du box-office québécois. Une conclusion espérée pour les artisans de La Forge, dont le concept sera financé pour encore deux autres éditions au minimum.