Les archéologues du Site du Poste de traite de Chicoutimi ont découvert cette année les vestiges du four à pain du presbytère, datant du début du 18e siècle.

Le four à pain du presbytère de Chicoutimi découvert

Les archéologues qui fouillent le Site du Poste de traite de Chicoutimi ont eu une belle surprise en découvrant cette année les fondations du four à pain du presbytère, datant de l’occupation du site sous le régime français, au début du 18e siècle.

La structure, dont l’état de conservation est excellent, se trouve sur une terrasse située en contrebas du deuxième presbytère du site, datant de 1728, habité par le père Laure, prêtre en résidence permanente du site.

Après avoir terminé les fouilles dans le secteur du presbytère l’été dernier, les archéologues ont identifié le four à pain en déplaçant cette année leurs recherches dans les alentours, sur le site archéologique situé à la limite de la partie navigable de la rivière Saguenay et à l’embouchure de la rivière Chicoutimi.

« Il [le four à pain] a pris de l’importance, du fait que son vestige est resté en place, étonnamment, car il est proche de la surface. Cette pierre-là, elle sortait de la surface », explique l’archéologue Gisèle Piédalue, en pointant la partie du bâtiment secondaire qui a été dégagée.

Les archéologues du Site du Poste de traite de Chicoutimi ont découvert cette année les vestiges du four à pain du presbytère, datant du début du 18e siècle.

« Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il soit encore relativement intact, jusqu’à ce niveau-là », se réjouit la chargée de terrain, pendant que des archéologues s’affairaient, lors de notre passage, à dégager minutieusement les vestiges du four à pain.

La sole du four à pain, endroit où le pain cuisait, est déjà bien visible, ainsi que le mur arrière, et on peut déjà visualiser la forme en voûte caractéristique qui devait recouvrir la structure. Selon les premières constatations, de l’argile tirée de la rivière Chicoutimi aurait été utilisée pour fabriquer la sole.

L’archéologue Gisèle Piédalue, chargée de terrain sur le Site du Poste de traite de Chicoutimi, montre une reproduction d’une carte estimée à 1748, qui représente le site lors de l’occupation française.

La structure, qui s’annonce tout de même imposante, aurait été construite vers 1720 pour la cuisson du pain, évidemment, mais aurait aussi pu servir à faire chauffer des tissus, de l’écorce de canot ou encore à faire cuire de la poterie.

Une carte du site, estimée à 1748, seule cartographie disponible de l’endroit sous le régime français, a permis de guider les recherches vers cette terrasse, en espérant y trouver le bâtiment secondaire. Gisèle Piédalue, qui partage toujours avec passion ses connaissances sur le site archéologique, conserve avec elle une reproduction plastifiée du document d’archives pour appuyer ses explications.

Les vestiges d’une poudrière construite sous le régime anglais sont également dégagés par les archéologues cet été.

Poudrière du régime anglais

Les archéologues ont également commencé cette année à dégager les vestiges d’une poudrière, sur une autre terrasse du site archéologique, dont la construction est estimée à 1774, sous le régime anglais.

« Ce qu’il y a de particulier pour ce bâtiment-là, c’est la façon dont les fondations sont équarries. C’est vraiment très différent de la maçonnerie qu’on trouve pour le régime français », explique Mme Piédalue, en montrant la profondeur des fondations dégagées.

Les dimensions de la poudrière du Site du Poste de traite de Chicoutimi sont semblables à celles de la poudrière retrouvée au Poste de traite de la Métabetchouane, à Desbiens, érigée à la même époque.

La poudrière, située dans un secteur à l’abri des vents, aurait probablement été munie d’un système de paratonnerre, que les archéologues espèrent trouver au fil des fouilles.

Les vestiges, dont les dimensions sont estimées à environ six pieds sur sept pieds, sont semblables à ceux de la poudrière du Poste de traite de la Métabetchouane, à Desbiens, érigée à la même époque.

Les six archéologues poursuivront leur travail cet été afin de dégager les deux structures, tout en continuant d’explorer la portion orientale du site patrimonial, principalement, tout en tentant également de localiser des éléments liés à la scierie construite sur le site par Price, dans la deuxième moitié du 19e siècle.

Érik Langevin (à droite), directeur des fouilles archéologiques du Site du Poste de traite de Chicoutimi et responsable du Laboratoire d’archéologie de l’UQAC, discute avec l’un des six archéologues de l’équipe, Marc-André Béchard.

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55 000 ARTEFACTS: UN SITE ARCHÉOLOGIQUE RICHE

Le Site du poste de traite, considéré comme le lieu de fondation de Chicoutimi, n’a pas fini de livrer ses secrets afin de mieux comprendre son occupation. Le site archéologique, dont seulement 20 % ont été fouillés jusqu’à maintenant, a permis de constituer une collection de 55 000 artefacts.

L’endroit ne cesse d’étonner les archéologues qui y font de nouvelles découvertes chaque année.

« On a peut-être 20 % du site qui a vraiment été expertisé. Chaque année, on est surpris par le fait de trouver des éléments qui ont pu résister au temps – résister entre autres aux activités de la scierie Price – et qui datent, parfois, du 18e siècle », souligne Érik Langevin, directeur du projet et responsable du Laboratoire d’archéologie de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

La richesse de la culture matérielle qu’on y retrouve s’explique par le fait que le site, situé à la limite navigable du Saguenay, a été un important carrefour de rencontre. Fréquenté tout d’abord par les Amérindiens, puis occupé pour la traite de la fourrure sous le régime français, puis anglais, il a finalement été exploité par la famille Price, dans la deuxième portion du 19e siècle.

Gisèle Piédalue, chargée de terrain, précise que 55 000 artefacts ont été retrouvés sur le site patrimonial, au fil des fouilles archéologiques et inventaires, menés au courant des années 1960 et 1970, ainsi qu’au début des années 1980 et 2000, et, plus récemment, depuis 2013. 

Certaines collections de calumets retrouvés sur le site comptent parmi les plus belles de la province.« Je pense qu’il y en a encore pour plusieurs années de fouilles, estime l’archéologue. […] On essaie d’aller chercher des éléments nouveaux à chaque année qui nous aident à mieux comprendre le site et comprendre aussi les gens qui ont vécu sur le site. »

Le directeur des fouilles Érik Langevin mentionne que les recherches, financées actuellement à la hauteur d’environ 70 000 $ par année, sont réalisées grâce à un partenariat entre La Pulperie, la Ville de Saguenay et l’UQAC. 

Le projet est réévalué chaque année afin de décider si les fouilles archéologiques se poursuivent l’année suivante.

Par ailleurs, l’installation de panneaux d’interprétation, dont l’installation était initialement projetée lors de la saison précédente, doit être complétée cet été. Quelques-uns des socles qui doivent accueillir les panneaux ont été installés dans les sentiers.

Quelques-uns des socles qui doivent accueillir des panneaux d’interprétation sur le site ont été installés dans les sentiers.

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Archéologue d’un jour

La popularité des fouilles publiques organisées dans les dernières années amène Saguenay à consacrer cet été deux fins de semaine à l’activité, qui propose aux participants de se mettre dans la peau d’un archéologue le temps d’une journée.

L’activité gratuite, présentée sur le site la Vitrine Saguenay, est offerte les 27 et 28 juillet ainsi que les 3 et 4 août (réservations au 418 698-3000 poste 4158).

Mois de l’archéologie

Des visites guidées du Site du Poste de traite de Chicoutimi et de l’exposition Chek8timi, consacrée au site, sont proposées par La Pulperie en août, dans le cadre du Mois de l’archéologie.

L’activité est proposée les dimanches 4, 11, 18 et 25 août, de 10 h 30 à 12 h et de 13 h 30 à 15 h, précise par voie de communiqué La Pulperie (coût de 10 $ par personne, 5 $ pour les membres de la Pulperie ; réservations au 418 698-3100 poste 1318).

Jusqu’au 18 août

Il est également possible de rencontrer les archéologues sans s’inscrire à une activité. Ils sont présents sur le site du jeudi au dimanche, de 7 h 30 à 15 h 30, jusqu’au 18 août. Les sentiers du site sont accessibles à l’angle des rues Dréan et Price Ouest.

Les fouilles archéologiques, dans le secteur du deuxième presbytère, datant de 1728, ont été complétées l’été dernier. L’endroit a été recouvert afin de protéger les vestiges.