Sylvain Durand met en garde le public de la dangerosité du fentanyl, qui a fauché la vie de sa fille. « C’est une roulette russe. Tu ne sais jamais quand ça va te tuer. [...] C’est sournois. »

Le fentanyl a tué sa fille

Sylvain Durand a le vague à l’âme à l’approche de Noël. Une âme meurtrie par de douloureux souvenirs qui remontent à la surface. Il y a deux ans, sa fille a commis l’irréparable à cette période, chez lui, avec ses propres timbres de fentanyl. Il a décidé de dévoiler son histoire pour éveiller les consciences afin que cesse cette « folie des opioïdes ».

Sylvain Durand n’est pas le genre de gaillard à se laisser ébranler par le premier écueil. Jamais il n’aurait cru devenir une victime collatérale de la crise du fentanyl. Une réalité qui l’a happé, à la fois vicieuse et sans retour. « Quand tu vois ta fille, étendue par terre dans une marre de sang, ça fait mal. Mais le contrecoup est encore plus fort quand tu apprends qu’elle s’est enlevé la vie avec tes patchs de fentanyl, confie-t-il, faisant une longue pause, la gorge nouée par l’émotion. Tu as beau vouloir te déculpabiliser, c’est tough. »

Le résidant de Farnham a décidé de sortir de l’ombre après avoir lu le texte En croisade contre le fentanyl, relatant les déboires de la Granbyenne Gisèle Pomerleau dus à sa prise de fentanyl comme médication. « Je l’ai trouvée courageuse de parler publiquement de ce qu’elle vit. C’est le genre de drogue qui peut détruire une vie. Et je veux essayer, à ma manière, d’en sauver quelques-unes si possible. »

Désillusion

Sylvain a commencé à prendre du fentanyl sous forme de timbres à la suite d’un accident de travail, afin d’atténuer sa douleur. Cet opioïde était alors méconnu du grand public. « On m’a dit que c’était comme de la morphine, en plus fort. Je suis un gars plutôt corpulent et je peux dire que c’est le genre de narcotique qui frappe solide. »

La dangerosité du produit ne faisait aucun doute pour lui. Il a donc pris les moyens pour en limiter l’accès, notamment à sa fille, en rangeant ce puissant analgésique sous clé. « Julie avait 33 ans quand elle s’est suicidée. Elle était suivie depuis l’adolescence pour des problèmes de bipolarité. Elle consommait plusieurs drogues illicites, alors je voulais la protéger le plus possible. Mais rien ne laissait [présager] qu’elle allait faire quelque chose comme ça », se remémore-t-il.

C’est par ailleurs la « conscience tranquille » que Sylvain a entamé son voyage dans le Sud. « Je suis parti le 5 décembre. Quelques jours avant, ma fille m’avait confié que tout allait bien dans sa vie. Elle avait son appartement, dans la même ville que moi. C’était plus facile si elle avait besoin d’aide. » Or, au même moment, le drame se tramait.

La macabre découverte, à son retour à la maison huit jours plus tard, a eu tôt fait de désillusionner le vacancier. « Quand j’ai tourné le coin de la rue et que j’ai vu l’auto de ma fille devant chez nous, à 4 h du matin, je savais qu’il y avait quelque chose qui clochait. Elle m’avait volé une clé pour s’en faire un double. Elle savait très bien ce qu’elle venait chercher. Mon fentanyl. Elle a pris au moins deux [timbres] avec toute une bouteille d’alcool. Personne ne peut survivre à ça », a-t-il confié, des trémolos dans la voix.

Tueur sournois

Sylvain a pris du fentanyl durant près d’un an et demi. Il a décidé d’arrêter d’utiliser cette médication après la mort de sa fille. « Le fentanyl, ça me rendait comme un zombie. C’est de la cochonnerie. Il y a d’autres moyens d’enlever la douleur. Et c’est une drogue, alors ça te rend dépendant. Mon sevrage a été assez difficile, même si j’étais déterminé à arrêter. »

Sylvain met en garde tous ceux qui seraient tentés de consommer cet opioïde, qu’il soit acheté légalement ou qu’il provienne du marché noir. « Le fentanyl, c’est une roulette russe, image-t-il. Tu ne sais jamais quand ça va te tuer. [...] C’est sournois. Jouer avec ta vie ou celle des autres en leur vendant cette drogue, c’est tout sauf banal. »